Petites
histoires de la mondialisation : quelques instants volés
au temps qui passe.
Il neige sur
Tokyo et, le temps d’une nuit, aucun avion ne peut y atterrir
; quelque part entre Tokyo et nulle part, un avion s’est posé,
les voyageurs envahissent un aéroport étroitement
surveillé, leur irritation laisse la place à la lassitude,
puis à la promesse du repos dans les quelques hôtels
de la ville qui n’ont pas été pris d’assaut
par les délégués gouvernementaux venus assister
à une réunion au sommet… La compagnie leur a
trouvé un lit à tous, seuls treize passagers sont
condamnés à passer la nuit sur les sièges de
l’aéroport ; résignés à leur sort,
ils s’accommodent néanmoins de la situation peu ordinaire
jusqu’à totalement l’oublier : l’un d’entre
eux a fait une proposition peu commune à ses compagnons ;
que chacun, l’un après l’autre, raconte une histoire…
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Le
roman, sans en être un en apparence, se constitue peu
à peu, sur le modèle du célèbre
Décaméron de Boccace ou des Contes
de Canterbury de Chaucer, au fil des treize récits
imaginés, réinventés ou vécus
(nul ne le saura jamais) par ces hommes et ces femmes anonymes
dont on n’apprendra finalement rien. Car en définitive,
ce qui compte ici, ce sont les liens à la fois temporaires
et éternels qui se nouent entre ces inconnus, par le
biais du langage narratif, du rêve et de l’imagination
; un partage simple et extraordinaire qui célèbre
la puissance du verbe comme pont entre les êtres humains,
brisant les barrières des origines, des nationalités
et des cultures. |
De la part de
Rana Dasgupta, jeune écrivain britannique dont c’est
le premier roman, rien ne trahit le besoin ou la volonté
d’imposer un modèle culturel, humain ou littéraire
(ne serait-ce que, dans les remerciements, une reconnaissance éprouvée
pour la ville de Delhi, « Le terrain fertile où
ce livre, de façon inattendue, a pris racine »)
: la forme très libre des récits, entre contes modernes
et fables intemporelles, onirisme et anticipation, fantastique et
naturalisme, les différents milieux et pays évoqués,
les pérégrinations et épreuves diverses des
protagonistes, tout s’assemble et s’entremêle,
permettant la naissance d’une texture narrative aux mille
facettes, finement élaborée, où percent quelques
motifs récurrents, plus ou moins fondés sur la double
notion du hasard et de la coïncidence : imprévu des
rencontres et des amours, retrouvailles inattendues, signes du destin…
dans un double mouvement d’opposition et d’union.
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Certains
des récits, comme The house of the Frankfurt mapmaker,
entre Allemagne et Turquie, The rendezvous in Istambul,
entre Odessa et Marseille, ou encore The Doll, marquent
peut-être davantage les esprits, pour longtemps, mais
chacune des histoires joue son rôle et le lecteur va
à leur rencontre avec plaisir. Ce beau voyage littéraire,
fresque humaine et nomade, est un mixe de croisements, à
l’image de l’aéroport : il est l'incarnation
d’un ailleurs potentiel, rêvé ou sublimé,
géographique ou narratif, le lieu privilégié
de rencontres fortuites et provisoires entre départ
et arrivée, de l’élaboration de réseaux
complexes qui se reflètent dans la trame du roman lui-même,
un lieu dont on oublie très vite, tout comme les voyageurs
en transit, la matérialité, pour se mettre à
l'écoute de l’un des treize narrateurs… |
Blandine
Longre
(juin 2005)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en
chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.

http://www.4thestate.co.uk/
http://www.ranadasgupta.com/
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