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Jeux
d'amour et d'enfance
Le dernier roman
de Ramona Pereze est une belle évocation ensoleillée
qui éveille les sens du lecteur, le cheminement tout à
la fois paisible et douloureux d'un jeune adolescent sur la route
qui le mène de l'innocence à la connaissance ; Olivier
se remémore quelques épisodes d'été
à la campagne, chez mémé Rosa et Papi Paul
(deux personnages pittoresques qui cachent de lourds secrets de
famille) : fragments d'un bonheur enfantin teintés d'érotisme
avec sa précoce cousine Amanda, de quatre ans sa cadette,
puis les premières souffrances suscitées par un désir
coupable, son impatience à grandir (afin de pouvoir aimer
Amanda autrement...), les supplices de l'attente, la jalousie qui
s'éveille quand Amanda préfère la compagnie
de Clara, une petite voisine ("Je n'ai pas la préférence
aujourd'hui. Pas les faveurs de jeux d'Amanda dont le manège
me craquelle le coeur.").
Les jeux d'Amanda sont en surface innocents mais le troublent profondément
et le garçon a déjà quatorze ans quand il tente
de percer le mystère féminin. "Les filles
ne sont pas méchantes, elles aiment autrement !"
lance Papi Paul, d'ordinaire peu loquace. Mais cela ne l'empêche
pas de faire de sa cousine une obsession qui jamais ne quitte ses
pensées ("elle est mon premier souvenir"),
excepté lorsqu'il se souvient de leur tante Jeanne, qui jouait
si bien du piano, mais qui a quitté la maison de ses parents
quatre ans plus tôt, dans d'étranges circonstances,
et dont le nom ne doit plus être prononcé : depuis,
mémé Rosa a condamné la chambre de sa fille
Jeanne et l'a transformé en volière, une prison pour
une multitude d'oiseaux enfermés là (un lieu qu'Amanda
décrit comme un "enfer", mais qui un "paradis
perdu" pour mémé Rosa) ; depuis, Papi Paul
s'est exilé dans un cabanon, parce qu'il "ne pouvait
plus vivre entre des murs où l'on enferme les oiseaux, et
où le piano ne sert plus à personne...".
Paradoxalement, "Petit Ol" aime entendre les
oiseaux dans la maison, car ils lui rappellent que sa vie à
lui, en dépit de ses frustrations, est "mieux"
que la leur : "Je serai bien là-haut, les fesses
sur les tomettes, le dos à la porte, contre laquelle parfois,
je percevrai les coups de bec de la liberté qui veut sortir..."
Les oiseaux dans la maison est un roman d'apprentissage
grave et chaleureux, l'exploration familiale, sentimentale et physique
d'un jeune garçon sensible, dont la pudeur va de pair avec
les non-dits du récit, quand l'on devine, par exemple, que
le personnage de mémé Rosa n'est pas si sympathique
que cela. De même, les silences des adultes, quand ces derniers
se refusent à parler simplement de la vie, de l'amour ou
de la mort avec les enfants, retentissent comme autant de preuves
de leur froideur et leur méfiance vis-à-vis de l'enfance
et de la vie tout court. Mais ce beau roman est aussi l'évocation
poétique et quasi-bucolique d'un amour naissant et émouvant,
dont on devine qu'il ne peut s'arrêter là : "Mais
ceci est l'anecdote d'un été à venir..."
confie le jeune Olivier.
Un roman et une auteure à découvrir ; en attendant
ses prochaines publications, il est fortement conseillé d'aller
découvrir son site Internet, et certains de ses poèmes
"animés", qui valent le détour.
Blandine
Longre
(mai 2003)

http://www.ramonapereze.com
voir aussi :
Les Andalouses (Manuscrit.com, 2001)
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