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Quand
parlent les armes…
D’abord,
un éclaircissement : une saga (d’un verbe germanique
signifiant « dire, raconter ») n’est pas un roman
et tient davantage du récit médiéval hybride,
entre roman historique (auquel il ne faut pourtant pas se fier si
l’on cherche du véridique) et conte mythologique. Sont
ici relatés les faits et les « dits », les actes
et les paroles, et toute références aux sentiments
ou au monde intérieur des personnages demeure rare ; ces
considérations n’entravent toutefois en rien la lecture
car le récit est ici fluide et la narration plaisante —
pas aussi décousue que dans certains textes anciens —
et l’imagerie poétique (par le biais de synonymes ou
de métaphores, les kenning, en particulier dans
les passages en vers) est rendue de manière limpide ; les
néophytes éviteront cependant de s’arrêter
sur les notes de bas de page, certes éclairantes, mais les
points de détails qu’elles développent ne sont
pas nécessaires à la compréhension… Laissons
aux spécialistes comme Jean Renaud le soin de démêler
le vrai du faux, de chercher à retrouver sur la carte les
lieux dont il est question, à confronter Histoire et fiction,
ou à remonter aux récits source, et laissons-nous
plutôt porter par les péripéties de ce texte
jusqu’alors inédit en français.
Il suffit pour cela d’accepter l'invraisemblable et d’entrer
dans un univers narratif mi-réaliste (souvent factuel et
froidement énoncé) mi-fantastique (plus amusant) et
incroyable, peuplé de rois téméraires, de reines
vaillantes et autres « jarls » vikings cherchant
à asseoir leur puissance, à défendre leur territoire
ou à l’étendre, à combattre des animaux
imaginaires ou dotés de pouvoirs magiques capables de faire
reculer de solides armées (telle la vache Sibilja), à
organiser de longues et lointaines expéditions (de l’Islande
ou la Norvège jusqu’en Italie ou au Moyen-Orient),
à déjouer les pièges ennemis ou à venger
leurs proches (comme le fait si habilement le sage Ivarr, fils de
Ragnarr, en Angleterre) – des ingrédients qui donnent
l’impression de se retrouver en présence de certains
passages des tragédies grecques antiques ou de l’Iliade.
Les femmes ne sont pas absentes de cet univers que l’on pourrait
croire, a priori, exclusivement masculin : le rôle d’Aslaug,
figure multiforme, est indissociable de celui de son époux
Ragnarr ; d’abord rebaptisée Kráka par ses parents
adoptifs, puis renommée Randalin après qu’elle
a pris les armes aux côtés de ses fils, elle règne
durant les (longues et fréquentes) absences de son époux
et parvient à assurer, grâce à la magie, son
statut d’épouse légitime.
Les textes qui
accompagnent La Saga de Ragnarr, le Dit
des fils de Ragnarr et le Chant de Kráka,
permettent un regroupement thématique intéressant,
offrant un beau prolongement à l’histoire de Ragnarr
; le premier ne peut cependant supplanter la Saga
elle-même et en offre plutôt une synthèse factuelle,
tout en introduisant quelques variantes et des précisions
généalogiques. Au contraire, le Chant
de Kráka s’attarde sur un épisode
précis de l’existence du héros Ragnarr : le
moment précédant sa mort, qui survient dans une fosse
remplie de serpents après qu’il a été
fait prisonnier par le roi anglais Ella. Ragnarr y retrace son existence
et ses hauts faits, ses expéditions et ses batailles, et
ce bel exemple de poésie scaldique est un poignant chant
d’adieu au monde, que le guerrier quitte « en riant
», sachant que ses fils « ne pourront rester
impassibles », quand ils apprendront comment est mort
leur père. Ce destin singulier frappe l’imagination,
débutant et s’achevant sur le motif du serpent, un
symbole ambivalent, à l'origine de sa réputation valeureuse
et de sa chute.
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Tout
comme la Saga de Hrolfr sans Terre (traduite de
l’islandais ancien par Régis Boyer et publiée
chez le même éditeur) celle de Ragnarr appartient
au cycle des « sagas légendaires », et
son héros éponyme, qui gagne très jeune
son surnom en tuant un serpent géant, est l’une
de ces figures nordiques qui ont fasciné, entre autres,
les poètes romantiques (à une époque
où commença à s’élaborer
le mythe simpliste du Viking sanguinaire mais valeureux…).
Il est difficile de dire avec exactitude si ces récits
ont d’abord été véhiculés
oralement mais on sait qu’ils ont été
couchés sur le papier entre le XIIe et le XIVe siècle.
Il reste que ces récits lointains et merveilleux
ont de quoi séduire le lecteur du XXIe siècle,
ne serait-ce que par leur dimension épique.
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Blandine
Longre
(janvier 2006)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; elle s’intéresse
tout particulièrement aux écritures contemporaines
(francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à la
littérature pour la jeunesse, au théâtre (texte
et représentation) et aux relations qu’entretiennent
fiction et réel.

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aussi une présentation
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