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Ce roman, écrit
en anglais, à pour auteure une australo-allemande née
à Oxford et qui vit aujourd'hui à Berlin... C'est
à l'Allemagne qu'elle s'intéresse ici, plus particulièrement
aux Allemands et au poids de leur passé : la montée
du nazisme, l'incohérence de la guerre et son irrévocable
lot de traumatismes et d'horreurs.
Mais
l'originalité de ce roman tient au fait d'avoir choisi
une perspective plus originale et dans le même temps
délicate, en parlant de l'autre "camp", le
camp que l'on croit être uniquement celui des bourreaux
et des puissants, face aux millions de victimes. Et pourtant,
les trois personnages créés par la romancière
sont eux aussi, à leur façon, des victimes,
même si leur sort peut paraître enviable à
ceux qui ont péri ou tout perdu dans l'hécatombe
mondiale : victimes d'une sombre histoire évoquée
par la "chambre noire" du titre, une métaphore
de ce pays ravagé mais aussi, de façon plus
littérale, un refuge possible pour le premier des personnages
; trois personnages dont les parcours sont des tentatives
de reconstruction de ce passé. |
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Le premier récit
est consacré à Helmut, un jeune photographe dans le
Berlin des années 30 ; puis la romancière se concentre
sur Lore, une fillette de douze ans dont les parents nazis sont
prisonniers de guerre ; enfin, nous rencontrons Micha, un jeune
professeur de notre époque, qui découvre, horrifié,
les abominations commises par son grand-père aujourd'hui
décédé ; tous trois incarnent la culpabilité
de tout un peuple, et Rachel Seiffert retrace le passé d'un
pays malmené par l'histoire et ses soubresauts, mis à
feu et à sang par la faute de la mégalomanie de ses
chefs, avides d'une insensée "purification"...
Helmut, handicapé et légèrement autiste, observe
la guerre de loin, sans pourtant quitter Berlin, la ville qu'il
apprend à aimer à travers l'objectif de son appareil
photo ; il envie les soldats, car la guerre est pour lui inaccessible,
un événement lointain : on lui refuse sa part de bataille,
jusqu'au jour où Berlin n'est plus à l'abri des bombardements
des alliés...
L'histoire de la petite Lore nous fait sombrer plus profondément
dans l'horreur d'une débâcle qui n'épargne pas
les enfants : sa mère, épouse d'un dirigeant nazi,
se rend aux autorités américaines et charge sa fille
aînée de rejoindre Hambourg, où vit leur grand-mère,
et d'y emmener ses quatre frères et soeurs plus jeunes ;
un long périple à pied et en train attend ces enfants
affamés et épuisés, et c'est une fresque courageuse,
teintée de désespoir et d'optimisme enfantin, dont
on se détache à grand-peine.
Le dernier récit tient davantage de l'introspection et relate
en détail les découvertes de Micha : son grand-père
SS aurait participé à des massacres en Biélorussie,
des actes sans nom qui accablent Micha. Un peu malgré lui,
et contre l'avis de son entourage, il part en quête d'indices
qui lui permettront peut-être d'innocenter ce grand-père
aimé, et rencontre, lors de ses investigations, un autre
bourreau.
Ces trois récits distincts mais qui tous dénoncent
l'holocauste et son héritage traitent, indirectement et sans
morale déplacée ni préjugés, du pardon
et de la culpabilité d'un peuple, tout en offrant au lecteur
une belle prose, simple mais serrée, non dénuée
d'une légère poésie.
B.
Longre
(février 2002)

L'éditeur
http://www.randomhouse.co.uk
Premier
chapitre
http://books.guardian.co.uk/bookerprize2001/story/0,1090,562670,00.html
Booker
Prize
http://www.bookerprize.co.uk
http://www.scottishpen.org/html/SP_News_Rachel.htm
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