The dark room
(W. Heinemann/ Random House, 2001)

La chambre noire
R. Laffont, 2002
parution chez 10-18, 17 mars 2005

 

Ce roman, écrit en anglais, à pour auteure une australo-allemande née à Oxford et qui vit aujourd'hui à Berlin... C'est à l'Allemagne qu'elle s'intéresse ici, plus particulièrement aux Allemands et au poids de leur passé : la montée du nazisme, l'incohérence de la guerre et son irrévocable lot de traumatismes et d'horreurs.

Mais l'originalité de ce roman tient au fait d'avoir choisi une perspective plus originale et dans le même temps délicate, en parlant de l'autre "camp", le camp que l'on croit être uniquement celui des bourreaux et des puissants, face aux millions de victimes. Et pourtant, les trois personnages créés par la romancière sont eux aussi, à leur façon, des victimes, même si leur sort peut paraître enviable à ceux qui ont péri ou tout perdu dans l'hécatombe mondiale : victimes d'une sombre histoire évoquée par la "chambre noire" du titre, une métaphore de ce pays ravagé mais aussi, de façon plus littérale, un refuge possible pour le premier des personnages ; trois personnages dont les parcours sont des tentatives de reconstruction de ce passé.

Le premier récit est consacré à Helmut, un jeune photographe dans le Berlin des années 30 ; puis la romancière se concentre sur Lore, une fillette de douze ans dont les parents nazis sont prisonniers de guerre ; enfin, nous rencontrons Micha, un jeune professeur de notre époque, qui découvre, horrifié, les abominations commises par son grand-père aujourd'hui décédé ; tous trois incarnent la culpabilité de tout un peuple, et Rachel Seiffert retrace le passé d'un pays malmené par l'histoire et ses soubresauts, mis à feu et à sang par la faute de la mégalomanie de ses chefs, avides d'une insensée "purification"...
Helmut, handicapé et légèrement autiste, observe la guerre de loin, sans pourtant quitter Berlin, la ville qu'il apprend à aimer à travers l'objectif de son appareil photo ; il envie les soldats, car la guerre est pour lui inaccessible, un événement lointain : on lui refuse sa part de bataille, jusqu'au jour où Berlin n'est plus à l'abri des bombardements des alliés...
L'histoire de la petite Lore nous fait sombrer plus profondément dans l'horreur d'une débâcle qui n'épargne pas les enfants : sa mère, épouse d'un dirigeant nazi, se rend aux autorités américaines et charge sa fille aînée de rejoindre Hambourg, où vit leur grand-mère, et d'y emmener ses quatre frères et soeurs plus jeunes ; un long périple à pied et en train attend ces enfants affamés et épuisés, et c'est une fresque courageuse, teintée de désespoir et d'optimisme enfantin, dont on se détache à grand-peine.
Le dernier récit tient davantage de l'introspection et relate en détail les découvertes de Micha : son grand-père SS aurait participé à des massacres en Biélorussie, des actes sans nom qui accablent Micha. Un peu malgré lui, et contre l'avis de son entourage, il part en quête d'indices qui lui permettront peut-être d'innocenter ce grand-père aimé, et rencontre, lors de ses investigations, un autre bourreau.
Ces trois récits distincts mais qui tous dénoncent l'holocauste et son héritage traitent, indirectement et sans morale déplacée ni préjugés, du pardon et de la culpabilité d'un peuple, tout en offrant au lecteur une belle prose, simple mais serrée, non dénuée d'une légère poésie.

B. Longre
(février 2002)

L'éditeur
http://www.randomhouse.co.uk

Premier chapitre
http://books.guardian.co.uk/bookerprize2001/story/0,1090,562670,00.html

Booker Prize
http://www.bookerprize.co.uk

http://www.scottishpen.org/html/SP_News_Rachel.htm