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Trente
cinq ans après la publication de Du côté
des petites filles, où en sommes-nous ?
En 1973, Elena
Gianini Belotti publiait aux éditions Des Femmes un livre
fondateur sur l’origine sociale des inégalités
entre les deux sexes. De manière claire et irréfutable,
elle mettait en évidence le caractère socialement
construit des différences entre le masculin et le féminin
: «La soi-disant infériorité des femmes
naît de leur conditionnement, elle n’est pas plus naturelle
que ne l’est la supériorité de l’homme
et si l’éducation ne visait qu’à développer
des qualités humaines de l’enfant, sans tenir compte
de son sexe, cette inégalité s’effacerait d’elle-même.
» Trente cinq ans plus tard, le livre de Christian Baudelot
et Roger Establet, Quoi de neuf chez les filles ? Entre
Stéréotypes et libertés, en filiation
directe avec le premier, dresse un panorama des continuités
et des ruptures intervenues depuis, en s’appuyant sur les
derniers travaux issus de différents champs disciplinaires
(sociologie, histoire, neurobiologie, psychanalyse, psychologie).
L’école est devenue mixte, les mères travaillent
et, paraît-il, les pères font la vaisselle… Pour
autant les attentes et les comportements des adultes à l’égard
des filles et des garçons ont-ils réellement changé
? Les petites filles ne sont-elles plus traitées différemment
des garçons ? Leur position sociale s’est-elle améliorée
?
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Cet
ouvrage pédagogique grand public est rédigé
à deux plumes, sous la forme de questions/réponses.
L'analyse synthétique est complétée par
trois courts éclairages de Colette Chiland, psychiatre,
Catherine Marry, sociologue et Joëlle Beaucamp, historienne.
Christian Baudelot et Roger Establet reviennent dans un premier
temps sur les enseignements de la psychologue italienne, à
savoir que l’éducation des petites filles et
des petits garçons est différenciée,
véhiculant ainsi des stéréotypes de genre.
Belotti montrait que les objectifs visés par les parents
en fonction du sexe des enfants sont complètement opposés.
Les petites filles sont destinées dès le plus
jeune âge à être des «femmes accomplies
», c'est-à-dire de bonnes épouses et mères
de famille. Les garçons, ayant d’emblée
une valeur sociale supérieure, sont élevés
en futurs chefs de famille responsables, ayant obligation
de travailler pour nourrir les siens. De ce fait, l’écriture
et le calcul, actes plus créatifs à destination
professionnel, sont réservés aux garçons.
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Trois décennies
après le sombre tableau dressé par Elena Gianini Belotti,
bien des choses ont changé. Les recherches universitaires
motivées depuis, par l’explosion des taux d’activité
féminins et par les progrès considérables des
performances scolaires des filles, ont « réduit
à néant, sur la base des faits, la plus grande part
des justifications par la biologie des inégalités
entre hommes et femmes. Ainsi la domination masculine cesse d'être
une donnée naturelle. » Le fait est désormais
bien établi, les filles réussissent mieux que les
garçons à l’école. Or, cette supériorité
des filles dans le domaine scolaire ne se traduit pas par une amélioration
de leur statut sur le marché du travail. Percevant un salaire
moindre, à travail égal, les femmes occupent des emplois
hiérarchiquement plus bas et accomplissent des tâches
professionnelles proches des leurs dans la sphère familiale
: éducation, soin, assistance. Ainsi les professions d’infirmières,
d'aides-soignantes, d'assistantes maternelles et de secrétaires
sont peu mixtes et 2/3 des postes sont toujours occupés par
des femmes.
Les deux auteurs
reviennent ensuite sur l'intégration des "différences
de genre" par les enfants, sur leur accentuation due à
la non neutralité de nombreux jouets, ou aux archétypes
véhiculés dans la littérature jeunesse. Ils
évoquent les travaux de plusieurs chercheuses, dont Anne
Dafflon Novelle, qui confirment un phénomène commun
aux albums et aux romans pour enfants et adolescents, à savoir
que les stéréotypes sont toujours vivants et que les
rôles traditionnels restent attribués à chacun
des sexes. Une large partie de cette production littéraire
est sexiste et cela a des conséquences regrettables sur les
jeunes, et notamment les filles. En effet, ces dernières
lisent plus que les garçons et pourtant les livres proposent
peu de personnages féminins innovants et modernes. Cela ne
leur permet pas d’intégrer une représentation
valorisante d’elles-mêmes.
Les auteurs
interrogent également la transformation des rôles parentaux
en lien avec les phénomènes actuels de recomposition
familiale. Malgré cela, la division traditionnelle des rôles
parentaux demeure : les mères restent spécialisées
dans les soins corporels, l'écoute et l'affection, tandis
que les pères demeurent cantonnés à l'éducation
ludique et notamment au sport. Les activités des filles et
des garçons restent différenciées. On exige
toujours beaucoup plus de docilité de la part des filles,
qui restent donc en général plus soumises que les
garçons au contrôle parental. Paradoxalement, les filles
disposent de plus grandes marges de liberté et de créativité
dans la construction de leur identité. En effet, elles ont
davantage le droit de s'aventurer dans les domaines dit masculins,
mais la réciproque n’est pas vraie car "le
fantasme de l'homosexuel hante les parents d'aujourd'hui".
Les auteurs laissent le dernier mot à l'anthropologue Françoise
Héritier qui nous dit, fort judicieusement, que c'est en
essayant de connaître les différences de l'autre que
l'on peut lutter le plus efficacement contre les inégalités.
Le triste constat dressé par Belotti s'est donc considérablement
éclairci, quoique la domination masculine existe toujours
bel et bien : le combat en faveur de l'égalité des
hommes et des femmes reste plus que jamais d'actualité.
Caroline
Scandale
(décembre 2007)
Caroline
Scandale,
professeure documentaliste, poursuit en parallèle des recherches
en littérature, spécialité Masculin/féminin.
http://sorcieres-jeunesse.hautetfort.com/

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