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Passage
en revue
"On
a confiance, on se concentre et voilà, c'est très
simple. On vole."
(Agnès Desarthe)
Qu'est-ce que
Quoi ? Le nom choisi pour cette revue
pourrait laisser supposer que ses créateurs ne le savent
pas eux-mêmes, mais il n'en est rien : "Quoi
?" relève davantage de l'interrogation
du lecteur potentiel face à une toute nouvelle revue artistique,
un objet littéraire qu'il découvre ; un titre qui
résonne aussi à la manière d'une légère
provocation, un aspect qui se retrouve de ci et de là dans
la revue, mais qui va aussi à l'encontre des fausses certitudes,
en particulier dans les domaines artistiques, où l'interrogation,
comme mode de pensée et de fonctionnement, prime.
Quoi ? se veut avant toute chose pluridisciplinaire,
à la croisée des arts et des lettres, et incite à
un décloisonnement esthétique, voire un enchevêtrement
synesthétique : tous les sens du lecteur sont ici convoqués,
du goût (à travers une évocation culinaire signée
Kathleen Evin) au toucher (on apprécie l'épaisseur
et le doux grain du papier), et l'ensemble tient davantage du "beau
livre" (reproductions pleine page, excellente qualité
d'impression) que de la simple publication périodique.

©
Flor Garduño 2001
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Le
désir d'ouverture en est la clef de voûte et
le thème choisi pour ce premier numéro, "Envol",
en dit long : envol vers des ailleurs linguistiques (on ne
saurait qu'apprécier de trouver en fin d'ouvrage la
traduction en anglais de chacun des textes), artistiques (photographie,
installations, performances et peintures), et littéraires
(quatre nouvelles inédites) ; sans oublier la place
accordée aux sciences dites "exactes" (qui,
une fois n'est pas coutume, ne sont pas ennemies des arts),
avec plusieurs pages dédiées à Louis
Pasteur (un texte de Nicolas Witkowski et des photographies
de Eleonora Petrovanu) ou une brève évocation
d'Einstein et de Charlie Chaplin... |
On navigue ainsi
parmi la multiplicité des créations humaines, d'une
époque à l'autre, d'une figure ou d'un contexte à
l'autre, et le souci d'être novateur en restant fidèle
à des racines humaines communes est évident (hommage
à Rimbaud, cité en exergue, ou encore à Kafka)
à travers ces allées et venues temporelles éparpillées.
Ce qui est vrai pour le temps l'est aussi pour l'espace géographique
et la volonté de proposer des oeuvres venues de tous pays
permet enfin d'oublier les frontières concrètes et
figurées et les sombres murs qui souvent s'érigent
entre les cultures.
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Ainsi,
on lit une nouvelle de l'écrivain russe Iouri Bouïda
(Le nortic et le reirual), pour ensuite admirer les
photographies de l'artiste mexicaine Flor Garduño (superbes
natures mortes et vivantes en noir et blanc, qui remettent
en question l'idée d'exotisme tout en en jouant), ou
découvrir un Icare finlandais étonnant, Janne
Lehtinen (photographies extraites de Sacred Bird),
qui renouvelle encore et encore ses tentatives qu'il sait
pourtant vaines (mais là réside son obsession
d'explorateur), et les portraits japonais de Martine Locatelli,
commentés par Eva Almassy ; plus loin, on rencontre
l'étonnante série intitulée "Arrangement
en vert et noir : La mère de la photographe",
réalisée par Aline Smithson, qui a mis en scène
sa propre mère dans une suite bien ordonnée
de tableaux figés, où d'ingénieuses mises
en abyme participent de la fascination que l'on éprouve
à les contempler. |
Après
un petit tour dans l'atelier du peintre Miquel Barcelò (entre
pigments, larges toiles et work in progress), ce sont les
installations atypiques du sculpteur Julian Olariu que l'on observe,
rassemblées sous le titre "Un arbre" :
sur un fond blanc qui évoque les nuées, des objets
sont comme suspendus ; un oiseau, des plumes immaculées,
puis des cages vides, des arbres emprisonnés, un assemblage
de lettres, et un mot qui revient en boucle, évoquant les
anges - des oeuvres qui, sous leur allure de légèreté,
convoquent en filigrane la mort et sa cohorte de symboles.

©
Julian Olariu 2005
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Ailleurs,
on lira avec grand plaisir la nouvelle d'Agnès Desarthe
(dont le titre, Une leçon de vol libre, renvoie
explicitement à la thématique de ce premier
numéro) et celle de Geneviève
Brisac : Aux Aguets, récit épistolaire
composé d'une lettre de vacancière (l'auteure
elle-même) qui explore, lors d'un séjour en Toscane,
"le mystère de l'envie d'écrire"
et parle des vacances, qu'elle redoute profondément,
comme d'un " piège à malheurs"
; l'envol n'est pas toujours aussi aisé que l'on croit...
On promènera aussi son regard sur les clichés
minutieux du photographe d'origine sud-africaine Koto Bolofo,
qui capte bulles et gouttes d'eau en mouvement, des images
accompagnées d'un poème sous forme de leçon
écologique de Virilio Efron, La douche en plein
air. |
Anne-Marie Pilon-Olariu,
peintre et graphiste, qui, avec Julian Olariu, a imaginé
Quoi ?, aime à dire que la revue
s'apparente à "une conversation de papier en paroles
et en images", et le désordre irrévérencieux
de surface laisse entendre que chacun doit trouver librement son
chemin dans ce dédale hétéroclite, et naviguer
entre texte et icône selon son bon plaisir - une façon
de favoriser l'émergence de parcours en écho et de
réseaux de sens, de réponses et de questionnements
polysémiques entre les formes d'arts et les oeuvres présentées.
Après un départ transdisciplinaire si encourageant,
que peut-on souhaiter à Quoi? de
mieux qu'un beau vol prolongé ?
Blandine
Longre
(novembre 2005)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; elle s’intéresse
tout particulièrement aux écritures contemporaines
(francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à la
littérature pour la jeunesse, au théâtre (texte
et représentation) et aux relations qu’entretiennent
fiction et réel.

http://www.revue-quoi.com
Janne
Lehtinen
http://www.galeriechateaudeau.org/expos%202002/lehtinen.htm
Martine
Locatelli
http://perso.wanadoo.fr/durupt/loc/index.html
Aline
Smithson
http://www.alinesmithson.com/
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