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Avis
aux amateurs :
Parution le 15 mai 2002
Raymond Queneau,
Romans I (Oeuvres complètes II)
Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade.
Edition publiée dous la direction d'Henri Godard,
avec, pour ce volume, la collaboration de Jean-Philippe Coen, Jean-Pierre
Longre, Suzanne Meyer-Bagoly, Gilbert Pestureau, Emmanuël Souchier
et Madeleine Velguth.
Ce volume contient: Le chiendent, Gueule de pierre, Les derniers
jours, Odile, Les enfants du limon, Un rude hiver, Les temps mêlés,
Pierrot mon ami.
Appendices: "Technique du roman", textes
et documents inédits relatifs aux romans publiés.
Préface, chronologie 1922-1942, notes sur la présente
édition, notices, notes et variantes.
68 euros; prix de lancement 59 euros (jusqu'au 31/07/2002).
En
Passant
La seule pièce
de théâtre vraiment élaborée que Raymond
Queneau accepta de publier (en 1944) se présente sous une
forme particulièrement modeste : " Un plus un acte pour
précéder un drame ", mention laissant à
penser que ce texte ne constitue qu'un " lever de rideau ", une
sorte d'introduction à un spectacle plus important dont on
ne trouve pas trace dans les écrits queniens. Mais, sans
parler du fait que l'auteur n'aime pas les oeuvres inachevées,
et donc qu'il n'aurait pas laissé publier ni jouer une oeuvre
à laquelle il n'aurait pas mis son point final, on sait qu'En
passant était bien prévu comme un vrai
" lever de rideau ", écrit à la demande d'Albert Camus,
et joué en avril 1947 au théâtre Agnès
Capri, dans une mise en scène de Pierre Gout, avant une tragédie
de Luigi Pirandello (La vie que je t'ai donnée)
mettant en scène l'illusion et la réalité de
la mort. La modestie de l'enjeu est donc bien réelle, mais
ne nous empêche pas de considérer En passant
comme une pièce à part entière, à compter
au nombre des oeuvres de Queneau et dans le patrimoine théâtral
contemporain.
De construction
rigoureusement symétrique et doublement circulaire, la pièce
s'inscrit manifestement dans la lignée de l'écriture
quenienne et répond au goût de l'auteur pour les figures
géométriques. Quant à la thématique,
elle témoigne de plusieurs préoccupations illustrées
dans l'oeuvre romanesque et poétique : le rêve qu'on
ne peut réaliser, le temps qu'on ne peut maîtriser,
le néant auquel on ne peut échapper. Le désespoir
qui filtre de ces constantes thématiques ne laissera pas
oublier qu'elles se cachent sous la bonne humeur et la poésie.
Tout cela,
les éditeurs d'En passant dans
la nouvelle collection " Folio Junior / Théâtre " l'ont
bien vu. Cette collection, qui a publié aussi Prévert
et Tardieu, tente avec beaucoup de clairvoyance de placer le texte
dans la perspective de la mise en scène et du jeu théâtral,
ce qui n'est pas sans présenter des difficultés ;
Françoise Valon, auteur du "petit carnet de mise en scène",
le reconnaît d'emblée, mais justifie ce choix par ces
difficultés mêmes : la pièce "contient un secret",
dû au caractère multiple d'un texte qui paraît
pourtant si facile… Avant cela, la postface de Michel Lécureur
place En passant dans son contexte bio-bibliographique
et littéraire, en insistant sur ce qui peut vraisemblablement
intéresser les enfants. On peut bien sûr chipoter sur
le choix des romans ou des recueils poétiques cités
(pourquoi Courir les rues et pas Battre la campagne
et Fendre les flots ? Pourquoi tous les romans sauf
Saint Glinglin et Sally Mara ?), ou sur l'assimilation
trop rapide et trop directe de Queneau à Valentin Brû
et à Pierrot ; mais l'essentiel est là, partiellement
condensé dans le dernier paragraphe (le travail, la culture,
les recherches, les mathématiques…).
Le "petit carnet
de mise en scène", structurellement quenien, joue sur les
reflets du miroir. Il sert la pièce et se sert d'elle. Les
conseils prodigués aident à en mieux connaître,
mieux déchiffrer la composition et la thématique (la
double rencontre et son terrain, à la fois lieu d'enfermement
et de passage, les êtres, en couple et seuls, le rôle
complexe des personnages et des objets, l'importance de certains
détails et de certaines images rappelant qu'au théâtre
tout est langage…), et mettent en évidence les aspects véritablement
scéniques de l'ensemble (notons au passage un bon exercice
d'improvisation et de mise en place à partir des didascalies
de Zazie dans le métro : " (geste) "). Et sans démagogie,
sans mièvrerie, sans simplification abusive, Françoise
Valon propose une bonne initiation à la mise en scène,
à l'improvisation, au jeu théâtral, à
la lecture et à la représentation plurielles, montrant
par là qu'apprendre le théâtre à des
enfants n'est pas une mince affaire, et qu'En passant,
pièce exigeante, se prête parfaitement à ce
genre de projet. Certes, les contraintes éditoriales d'un
"petit carnet" (mais même une cosmogonie peut être petite)
ne permettent pas de dire tout ce que l'on pourrait attendre. Certains
conseils restent un peu flous, et il est abusif d'écrire
que "chez Queneau, rien n'est sérieux" (au contraire,
tout est sérieux, le jeu et le rire au premier chef). Le
chapitre " Comment jouer " (d'autres aussi) ne prend pas suffisamment
en compte les dimensions onirique et poétique de la pièce
(comment représenter le rêve au théâtre ?),
et ne met pas assez en évidence l'importance de la langue :
En passant est d'abord un texte, un tissu
élaboré de mots, d'images qui se superposent et se
répondent. Enfin, certaines pages méritent correction,
orthographique ou littéraire : la page 101, en particulier,
accumule les bourdes, telles que l'invention d'un titre lafontainien
(Le chêne et le chien), et la confusion entre Exercices
de style et Cent mille milliards de poèmes…
Mais bon. Les enfants et leurs maîtres ne pourront que profiter
de cette publication, qui s'accompagne d'excellents éléments
d'analyse, d'utiles conseils de lecture et de mise en scène,
et qui rend compte avec beaucoup de pertinence de la pièce,
contribuant ainsi à l'inscrire ouvertement au répertoire,
entre le "théâtre de l'absurde" et la "comédie
du langage".
J.P.
Longre
(Juillet 2000)
Article
paru dans la revue Les amis de Valentin Brû n° 19-20, juillet
2000.
Jean-Pierre
Longre,
enseignant en littérature du XXème siècle à
l'Université Jean Moulin Lyon 3, est l'auteur d'une thèse
sur Raymond Queneau,
de divers ouvrages ou articles sur des écrivains contemporains
et sur la comparaison des langages littéraire et musical.
Il a participé à l'édition des romans de Queneau
dans la " Pléiade ", et effectue des recherches sur les littératures
francophones (Roumanie, Belgique, Québec).

Queneau
et le théâtre
Sites
dédiés à Queneau
http://users.skynet.be/queneau/
http://www.ac-versailles.fr/pedagogi/Lettres/queneau/queneau.htm
Bibliographie
annotée
http://www.creighton.edu/~chaskest/queneau.html
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