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La nouvelle
est un genre fort répandu dans la littérature québécoise
contemporaine, à tel point qu'elle concurrence le roman du
point de vue éditorial. L'existence de revues spécialisées
comme XYZ (avec la maison d'éditions du même
nom) ou Stop y est sans doute pour beaucoup, ainsi que celle
d'éditeurs comme L'instant même, qui a publié
plus de 60 recueils en 10 ans. La nouvelle québécoise
commence à traverser l'Atlantique ; c'est une nouveauté,
mais ce n'est que justice : le monde littéraire français,
qui jusqu'à une période récente considérait
ce « petit » genre comme un simple avatar du roman, a beaucoup à
apprendre en ce domaine des écrivains et des critiques du
Québec.
Justice est
donc (partiellement, car ce ne doit être qu'un début)
rendue à la « jeune » nouvelle québécoise par
la maison d'éditions française 00h00. Ce bref
recueil de neuf nouvelles donne un aperçu significatif des
talents et des caractéristiques d'une génération
de nouvellistes dont on ne peut pas dire qu'elle prenne la relève
(car la génération précédente, celle
des Monique Proulx, Robert Lalonde, Gaëtan Brulotte et de tant
d'autres, en pleine activité, n'a pas besoin de relève),
mais plutôt qu'elle commence à donner sa mesure et
à faire jouer sa spécificité.
Une spécificité
qui n'est pas une rupture. Depuis un certain temps, la littérature
narrative du Québec s'est débarrassée d'une
coloration « folkloriste » qui lui collait à la peau, mais
aussi, plus récemment, de la revendication identitaire nationale
qui marqua les années 70. La thématique des nouvelles
présentées ici n'est pas propre à un pays,
mais à la civilisation occidentale contemporaine, avec sa
culture essentiellement urbaine, ses préoccupations individuelles
et collectives. Nous assistons à une mise en forme narrative
de l'intimité et du sentiment amoureux, de la fuite, de la
marginalité, de la quête d'une identité personnelle,
de la solitude… Modernité donc, mais aussi appel à
certaines pratiques devenues traditionnelles : coloration fantastique
ou étrange, références à certains « noms »
de la littérature, sans exclusive (aussi bien Réjean
Ducharme que Francis Ponge, par exemple)… La jolie nouvelle intitulée
La première fois, dans laquelle un enfant découvre
avec fascination la bibliothèque familiale, étonné
et rassuré à la fois de voir que ses parents ont finalement
les mêmes goûts que lui, symbolise l'esprit du recueil :
de la nouveauté, oui, sans renier la tradition ; se tourner
vers l'avenir, oui, mais pour assurer la continuité.
Dans l'ordre
du recueil, d'un recueil qui trouve son unité non seulement
dans la jeunesse, mais aussi dans la thématique et l'écriture,
Jean-Pierre Girard, Denises Blais, Alain Roy, Vincent Sicotte,
Andrée Plaisance, Hugo Roy, Mauricio Segura, Agnès
Bonnin et Katherine Caron nous livrent un bon témoignage
de la solidité du genre de la nouvelle, et surtout de la
littérature française d'outre-Atlantique, effaçant
les clichés faciles. La littérature francophone se
porte bien, et c'est d'elle que s'enrichira ce que nous avons coutume
d'appeler « littérature française ».
J.P.
Longre
Jean-Pierre
Longre, maître de conférences en littérature
du XXème siècle à l'Université Jean
Moulin Lyon 3, est l'auteur d'une thèse sur Raymond
Queneau, de divers ouvrages ou articles sur des écrivains
contemporains et sur la comparaison des langages littéraire
et musical.
Il participe actuellement à l'édition des romans de
Queneau dans la " Pléiade ", et effectue des recherches sur
les littératures francophones (Roumanie, Belgique, Québec).

00h00.com
http://www.00h00.com/
De
nombreux liens en ligne
http://www.republique-des-lettres.com/pays/quebec.shtml
Centre
de documentation virtuel sur la littérature québécoise
http://www.litterature.org/
La
littérature québécoise
http://www.multimania.com/vigno/
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