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Quand
on garde l’envie d’être aimé…
Gérard
Pussey écrit depuis 1981 pour la jeunesse. Les héros
de ses romans sont souvent des enfants : il raconte une tranche
de leur vie quotidienne, familiale, leur prête des histoires
souvent affectives, les fait évoluer dans des fantaisies
pleines d’humour et de tendresse.
Avec Mamy Ward, il nous offre encore une
histoire dédiée à l’enfance, mais cette
fois c’est la sienne. Il nous emporte avec lui dans ce recueil
de souvenirs où nous découvrons les origines de sa
passion pour la jeunesse et pour l’écriture.
Né en
1947, Gérard Pussey passe son enfance à Villeneuve
Saint-Georges dans une famille simple et chaleureuse. Son père,
Maurice, est ajusteur chez Renault à Choisy-le-Roi. Sa mère
Andrée, née Fallet (c’est important) est sténodactylo
à Paris.
Le petit Gégé vit déjà avec son père
des moments inoubliables comme lorsque, juché sur ses épaules,
il se sent « invulnérable », protégé
et puissant. Avec sa maman, les relations sont plus distantes, elle
est très occupée… Ils se rattraperont plus tard.
Mais Gégé s’ennuie quand même chez ses
parents avenue de Valenton ; la vraie vie pour lui est rue de la
Bretonnerie, chez Mamy Ward : en effet, jusqu’à l’âge
du collège, le petit Gérard est gardé du lundi
au vendredi par Alice Ward, une amie de la mère d’Andrée,
et son mari Fredo. Cette Mamy Ward est d’un naturel grincheux,
ses souvenirs à elle ce sont « les coups de trique
», alors elle est bien contente, elle, de s’être
débarrassée de son enfance… Cependant, entre
deux colères, il lui arrive de chanter et d’entraîner
toute la marmaille dans la gaieté. Car des enfants, il y
en a beaucoup qui passent chez Mamy Ward, il y en a même qui
sont « recalés » à « l’examen
d’entrée »: ceux qui mangent comme quatre
pour le prix d’un, ceux qui chapardent… Pas de souci
pour Gégé : lui, c’est un timide, un gentil,
qui s’intègre vite dans la vie du quartier, qui se
fait aimer facilement. Mamy Ward et Fredo l’adorent et le
considèrent même parfois comme « leur gars
». La mère de Gérard en est un peu jalouse…
Gégé lui, entre ces deux couples qui le chérissent,
goûte l’enfance à pleines dents, «ce
moment pendant lequel nous étrennons le monde comme un jouet
neuf».
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Cinquante
ans après, les souvenirs reviennent par petites touches
et ce sont des «vestiges de pur bonheur»
: la juxtaposition de ces flashes, comme une série
de photos qu’on pourrait réunir, nous permet
de reconstruire le quotidien du petit garçon de banlieue,
mais livre également une mine de détails et
d’informations sur cette tranche de siècle, de
1950 à 1960. L’atmosphère est plutôt
candide, on écoute la TSF, on se réunit chez
une voisine qui a un téléviseur, les enfants
se régalent des farces de Pif le chien et dévorent
Miroir-Sprint au moment du Tour de France ; en hiver on fabrique
des luges dans la rue, en été on construit des
huttes dans les bois tout proches, là où maintenant
se trouve la Résidence de la Forêt… On
partage aussi des tristesses, les souvenirs de guerre de Fredo,
le chagrin de tout un quartier quand une fourgonnette rapporte
un jeune tué en Algérie… |
Tout cela c’est
le temps de Mamy Ward, empreint d’émotion, de tendresse,
de douceur, d’amour reçu et donné. C’est
tellement bon que le petit Gégé pense tout de suite
à Mamy Ward lorsqu’il lit un jour que le sérum
d’éternité est sur le point d’être
inventé ; si Mamy Ward pouvait en profiter, ils pourraient
vivre ensemble « jusqu’à la fin des temps
» !
Gérard Pussey n’est pas nostalgique mais il ne veut
pas guérir de son enfance, il en est fier et il se sent redevable
de ce bonheur, peut-être parce que tous les enfants n’ont
pas eu cette chance…
Parmi les adultes
très présents autour de Gégé, il y a
René Fallet, son oncle, le frère d’Andrée,
qui commence alors une carrière d’écrivain.
C’est un original aux yeux de Mamy Ward, mais tellement passionnant,
il connaît tant de monde à Paris ! Il dit qu’il
s’amuse du matin au soir ; le petit est fasciné par
cet adulte qui parvient à préserver en lui une part
d’enfance. René entraîne Gégé dans
des séances de dédicaces, c’est là que
naît LA vocation. En voyant la passion dans les yeux des lectrices
de son oncle, le garçon a une révélation :
« Je serai écrivain. J’ai 7 ans et j’ai
trop envie d’être aimé comme René ».
A partir de ce moment, Gérard s’essaye à des
rédactions, sa mère fait des lectures à voix
haute pour ses amies, René l’appellera « le
petit Victor Hugo » en le présentant à
son complice de l’époque Georges Brassens. Tout naturellement,
le petit Gérard se lance même dans un premier roman
: il ne cherche pas longtemps le personnage principal, c’est
évident, ce sera Mamy Ward !
Plutôt « bath » ce recueil autobiographique, doublé
d’une peinture d’époque, où Gérard
Pussey livre une part de lui-même, le meilleur du bonheur
sous la protection de Mamy Ward. Il commence par planter rapidement
le décor de ses souvenirs, il place des « repères
» de temps, de lieux, puis il s’y installe clairement
avec les personnages essentiels qui gravitent autour de lui. Toutes
ses petites aventures intègrent naturellement le cadre. Enfin,
il a soin de nous parler de « maintenant » et de ce
que sont devenus les acteurs de son récit.
Voilà un bel hommage à sa famille, à Mamy Ward,
à son enfance à lui et à l’enfance en
général…
Les jeunes lecteurs aimeront certainement la facilité avec
laquelle Gérard Pussey les transporte dans les années
1950, ils partageront sans nul doute les émotions du petit
garçon dans ses jeux et ses rencontres. Leurs parents et
grands-parents y trouveront aussi de quoi nourrir et activer leur
mémoire. De cette façon Mamy Ward gagne un peu d’éternité,
des générations se retrouvent complices autour d’elle
: que d’occasions pour Gérard Pussey de continuer à
être aimé…
Martine
Falgayrac
(décembre 2003)

http://www.ecoledesloisirs.fr
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