création 2002
Théâtre Les Ateliers, Lyon

une pièce de
Roland Schimmelpfennig
Mise en scène et scénographie
Gilles Chavassieux
Texte français Henri-Alexis Baatsch

 

Dates à venir
16 - 25 janvier 2004, Théâtre des Ateliers, Lyon
27 et 28 janvier 2004 à Neuchâtel (Suisse)
3 février 2004 à Chartres

"Il y a quelques années j’ai découvert, à l’Arche, le manuscrit de Une nuit dans le désert de Roland Schimmelpfennig et j’ai voulu mettre ce texte à l’épreuve du public. Les Européennes approchaient, l’occasion était belle, l’accueil du public ne le fut pas moins. Puis un autre manuscrit arriva Push up et je souhaitais le porter à la scène.
A corps perdus, Angelika et Sabine, Patricia et Robert, Hans et Frank se lancent dans des dialogues vifs, au cours de rencontres mémorables. De celles qui laissent une trace – il s’agit de l’emporter sur l’autre- d’obtenir un résultat indiscutable. Nous sommes dans l’univers de l’obligation de résultats (Tiens ?!) A leur corps défendants, quelque chose d’inattendu se glisse dans le déroulement de ces affrontements. Cette chose dite, cette parole, aussi surprenante soit-elle, c’est bien Angelika ou Sabine ou Robert ou… qui nous la dit ? S’oublient-ils ? Ou ignorent-ils ce qu’ils disent à cet instant ? A cet autre eux-même qui s’exprime vraiment ils ne commandent pas - quoi qu’il en aient.
Mais Heinrich et Marie les (anges ?) gardiens des seize étages du building qui les enferment sont là pour nous rappeler que tout est relatif ". Gilles Chavassieux

Avec Maud Rayer, Morjane Kjäck, Céline Morisson, Béatrice Jeanningros, Jean-Pierre Reboulet, Renaud Dehesdin, Gilles Chavassieux, Cédric Weber.

Théâtre Les Ateliers
5, rue du petit david
69002 Lyon
réservations 04 78 37 46 30

Texte publié chez L'Arche Editeur (2002)

 

Pièce douce-amère

 

Le théâtre de Schimmelpfennig intègre les évolutions de nos vies, avec la prégnance de la télévision, de la société de consommation, et de la manière dont cela influe sur notre vie. Dans Push Up, il exploite ses thèmes favoris, appartenant à la sphère du quotidien : les conflits humains dans une entreprise, à la manière d'un feuilleton télévisé. En anglais, " to push up " signifie " élever ", et dans ce contexte du monde de l'entreprise, il symbolise la lutte que chaque humain entame pour parvenir au sommet, pour monter en grade. Ici le sommet est matérialisé par le 16ème étage d'une grosse multinationale, où Patricia, Sabine, Hans, Robert… briguent un poste.


Photo © Christian Ganet

Les rapports humains au sein d'une entreprise
Le rideau s'ouvre sur un plateau blanc immaculé, aux décors très épurés : le regard du spectateur plonge sur un ascenseur futuriste au fond de la scène, grâce à l'effet de profondeur rendu par une enfilade de panneaux blancs. Les scènes successives présentent des couples de personnages en conflit, comme autant de duels où se jouent les guerres intimes (les relations professionnelles dévient…). " Il s'agit de l'emporter sur l'autre " analyse justement Gilles Chavassieux. Tout s'extériorise au travers de ces joutes verbales : jalousie, déception, solitude, mal-être… Angelika (superbe Maud Rayer, qui occupe l'espace malgré un incident, l'obligeant à jouer sur un fauteuil roulant) essaie d'enfoncer la jeune Sabine par jalousie, alors que toutes deux mènent en parallèle la même vie, partagent les mêmes angoisses de solitude, et pourraient s'épauler mutuellement plutôt que de se détruire. La vie moderne, faite de compétition et d'obligation de résultat, font de chaque homme des adversaires, noyés dans une paranoïa bien légitime, qui les empêche de voir en l'autre un semblable. Belle mise en abîme du jeu théâtral, où chaque personnage endosse un rôle, ne dévoilant jamais ses faiblesses devant l'autre.

Mais face au public, ils se mettent à nu dans des monologues intérieurs, révélant leurs profondes ressemblances : ils décrivent leurs expériences, souvent identiques, en employant exactement les mêmes mots. Dans chaque couple de personnages, au bord de la fêlure, Robert et Patricia, Hans et Franck, l'un est le pendant de l'autre, sans jamais le savoir, aveuglé par une trop grande fierté. Hans (un Gilles Chavassieux émouvant), obsédé par le vélo d'appartement, se demande pour quelle raison il a besoin de remplir sa vie de cette manière. "Pourquoi ? A quoi bon ?" est un questionnement qui sous-tend toute la pièce. Pour rythmer ces faces à face, les gardiens, Heinrich et Marie, entament un ballet d'ouverture et de fermeture des grandes portes de l'entreprise, et par la simplicité de leur regard, relativisent de façon burlesque ces rapports conflictuels.

Une écriture de l'intime mise en scène avec sensibilité


Photo © Christian Ganet

Schimmelpfennig parvient à se mettre dans la peau des personnages masculins aussi bien que féminins. Sabine ne supporte pas son visage fatigué le matin devant la glace, et masque son mal être à coup de maquillage et d'essayage compulsif de vêtements. " Le maquillage est difficile, surtout quand dehors il fait encore nuit ", prononcent successivement Angelika et Sabine. Chavassieux permet aux comédiens d'occuper l'espace, et d'éviter un aspect trop statique que la pièce peut prendre parfois (la mise en scène de Ramin Gray, au Royal Court Theatre, obligeait les acteurs à rester assis autour de tables de réunion).

Voilà une magnifique pièce douce-amère, dont la scénographie est à l'image du texte : simple et épurée, profondément accessible au spectateur. On rit beaucoup, mais l'on ressort touché par l'intemporalité de son message sur la difficulté des rapports humains, faits de domination et de violence rhétorique, arme la plus terrible qu'aient trouvé les personnages, et qui se retourne contre eux-mêmes.

Emilie Jullin
(octobre 2002)

Théâtre Les Ateliers
http://www.theatrelesateliers-lyon.com

http://www.colline.fr/site/avant_bio.htm

http://www.theatre-contemporain.net/auteurs/schimmelpfennig/default.asp