un court métrage
et un film d' Emmanuelle Bercot

sortie le 17 novembre 1999


LES VACANCES

couronné par le grand prix du jury court métrage, Cannes 97.
France, 1997, 18mn.

Scénario : Emmanuelle Bercot, Marcia Romano
Avec : Catherine Vinatier, Isild Le Besco.

Les Vacances analyse avant tout les réactions d'une femme surendettée, Anne, et de sa fille Mélodie, qui cherchent désespérement un peu d'argent pour partir en vacances. Ce petit film est ainsi une critique sociale réaliste, dénonçant aussi l'attitude méprisante de ceux qui détiennent l'argent (le banquier, le régisseur, le patron) envers ceux qui n'ont rien, même lorsqu'ils travaillent honnêtement, comme Anne dans une cafétéria de supermarché.
Elles ne partiront sûrement pas en vacances, mais le lien qui unit cette mère et sa fille est un signe salvateur, en particulier lorsque c'est Mélodie qui tente d'amuser sa mère et qu'elles dansent sur une chanson de Souchon qui,( ironie ou espoir ?) parle de "la vie en rose" et dénonce la société de consommation. Malgré les querelles et les reproches, on a le sentiment que rien n'est perdu pour elles.
Une tranche de vie émouvante, la caméra collant aux personnages, interprétés de façon remarquable par Catherine Vinatier et Isild Le Besco.

LA PUCE
France, 1999, 1 h 18. Cannes 99 (Ciné Fondation)
Scénario et dialogues : Emmanuelle Bercot avec la collaboration de Michel Meyer

avec
Isild Le Besco et Olivier Marchal

Les émois physiques d'une puce(lle).

Une plage de Normandie. Des vacances qui trainent pour Marion (on retrouve la Mélodie des Vacances), quatorze ans, un désoeuvrement traduit par la caméra qui se pose longuement sur des gestes ou des scènes précis (une main jouant dans le sable, des cheveux emmêlés ...). Marion s'intéresse peu aux garçons de son âge, ne supporte plus sa mère ou son petit-frère, bref, est en conflit avec le monde, comme peut l'être une adolescente qui se découvre un corps nouveau, le désir de s'en servir, mais sans savoir comment.
Elle rencontre un homme d'environ 40 ans, qui est subjugué par sa jeunesse et son innocence. Ils décident de se revoir à Paris après les vacances, dans son appartement, où se déroule alors le reste de l'action. Dans ce lieu masculin, minimaliste (un lit, une salle de bains et des murs blancs) cet homme, après de mains tentatives (souvent douces, parfois impatientes) initie Marion à l'amour physique et ses préludes.

Le parti pris de se concentrer sur un seul aspect de la vie de cette jeune fille est artistiquement justifié. Les divers contrastes sont amenés subtilement et le thème (peu original il est vrai) de la lolita, petite fille dans un corps de femme, est bien exploité. Marion ne veut pas montrer ce corps nu et sa pudeur est en constante opposition avec la nudité de l'homme, dont le corps, pour une fois, (et on loue ici la délicatesse de la réalisatrice), est davantage dévoilé que celui de la "femme". Bien entendu, l'érotisme de la situation est créé par ce corps dissimulé, mais paradoxalement , la caméra s'appesantit sur des gestes répétitifs (une main caressant une épaule, un pied, par exemple), dans un jeu du chat et de la souris; on aimerait alors qu'ils en finissent !

Il est vrai que le propos est parfois réducteur (l'amour physique) que ces deux là n'ont pas grand chose à se dire, et tout semble rester en surface. Seule la naïveté de Marion peut émouvoir. Néanmoins, le choix de faire défiler au tout début du film ce que l'on nomme habituellement "générique de fin" est un procédé original, permettant au spectateur de terminer la projection sur une image, plus ou moins marquante selon qu'il se sera senti concerné ou non par les thèmes abordés.

B.L.