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L’argutie prochaine
Belle idée
que cette adaptation des Provinciales,
qui nous restitue, hélas non sans impuretés, beaucoup
de l’intelligente saveur de ces lettres fictives écrites
par un Blaise Pascal faussement amusé, et vraiment indigné
par l’évolution du catholicisme sous l’égide
des Jésuites. Nous sommes à l’heure de l’immense
querelle de Port-Royal, Antoine Arnaud a été condamné,
la question de la grâce divise le monde... Ici, Bruno Bayen
met en scène non seulement les Provinciales,
mais leur réalisation, ainsi que leur réception. Autour
du personnage de Pascal, petit malin en jeans campé par Thomas
Blanchard, pas forcément irritant, mais qui peine à
laisser entendre toute la profondeur de pensée en présence,
autour de lui, donc, un Jésuite diabolique (l’admirable
Jean-Baptiste Malatre), une marquise à vocation (Grétel
Delattre), une divertissante Marthe (Florence Loiret-Caille), et
un imprimeur (Guillaume Gouix) aux accents révolutionnaire,
remonté comme un gaucho, confirmant à discrétion
la volonté de rattacher la pièce à notre cher
monde contemporain.
Il y a décadence d’une civilisation, ou, dans ce cas-ci,
d’une religion, lorsque les termes qu’elle emploie n’ont
plus de sens ; d’une cuisante ironie, les Provinciales
jonglent délicieusement avec les sophismes et les absurdités
d’un catholicisme ergoteur, qui confond la morale et les jeux
de mots, bien évidemment selon ce qui l’arrange...
Le décor du monde du prêtre Jésuite, fort laid
(le décor comme le prêtre), relève de l’éternel
mauvais goût des puissants, qui n’est d’ailleurs
pas sans rappeler la récente Présentation au Pape
d’un vulgaire comique vulgaire (il est « probable »
que le Pape aime l’humour gras, diront les Jésuites,
ou plutôt : il est probable qu’il ne le déteste
pas), et, bon an mal an, l’effort de modernisation porte ses
fruits : il est fort tentant de rapprocher cette querelle jansénistes/jésuites
de la longue tradition française, de ce sport national, qu’est
la querelle politique, à l’époque contemporaine,
dramatiquement orchestrée selon nos deux vieilles entités,
Droite et Gauche. La même querelle, oui, avec son lot d’hypocrisie
et de mots concaves, où de petits détails linguistiques
(et surtout de grands pouvoirs autoritaires) permettent l’avènement
de grandes libertés (pour ne pas dire de grandes iniquités)
; on retrouve là comme ici la soi-disant « ouverture
» des uns, et chez les autres la tonalité moralisatrice,
sinon sacralisante, clairement opposable au soi-disant « bon
sens », ou « sens pratique » des uns, manière
vile de tirer le monde vers le bas, sous prétexte qu’il
l’est déjà, bas.
Et c’est d’ailleurs l’une des idées clefs
de la pièce que cette « adaptabilité »
du catholicisme, qui, pour accroître, ou au moins conserver,
le nombre de ses fidèles, et pour ne pas décourager
les « efforts », a glosé tant et si bien qu’il
a permis le péché – « le bien par le mal
», comme parodiera plus tard Lars von Trier dans Riget.
Alors comme maintenant, tout n’est que quête de pouvoir,
intérêt personnel et caractère sournoisement
belliqueux. In fine, ces intéressantes Provinciales
font certes sourire, de par leur subtilité, mais la dernière
scène du texte, nous plongeant dans le cauchemar de Port-Royal,
rappelle que sont en jeu, dans toutes ces querelles, bien plus que
des mots – des vies humaines.
Nicolas
Cavaillès
(février 2008)

http://www.theatre-chaillot.fr/
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