de Raymond Depardon

France 2000. Durée : 98 min


sortie le 24 avril 2002 (CNP Lyon)

 

Depuis quelque temps, le monde rural est à l'honneur au cinéma : Les Terriens d'Ariane Doublet, Les Glaneurs et la Glaneuse d'Agnès Varda et aujourd'hui Profils Paysans de Raymond Depardon. Le premier prenait le parti de la fiction et le second la forme du récit subjectif et poétique.
Raymond Depardon, quant à lui, fidèle à son métier de photographe reporter et à son premier film 1974, une partie de campagne (sorti récemment), demeure attaché à l'objectivité documentaire : pas ou peu d'interventions de sa part, une caméra presque toujours fixe, des plans inscrits sur une durée longue…

Profils Paysans est une trilogie dont nous pouvons découvrir en ce moment le premier chapitre : L'Approche. Car l'approche est bien le premier problème que rencontre le documentariste désirant se confronter au monde paysan (en tout cas celui des petits exploitants vieillissants) : les vieux exploitants sont méfiants, fuyants, mutiques… Et lorsqu'ils acceptent de parler devant la caméra c'est parfois en occitan ou en murmurant de manière inaudible. Drôle d'univers et drôles de personnages. Raymond Depardon explique en voix off tous les efforts qu'il a dû fournir pour gagner peu à peu la confiance, voire l'amitié, de ces paysans.

Ce premier film est donc une présentation, l'approche, d'hommes et de femmes vivant dans des fermes isolées et peu importantes. Depardon filme un peuple en voie de disparition sociologique; d'ailleurs, la plupart de ses "personnages" ont plus de soixante ans. Dans ce premier chapitre, nous les voyons peu à la tâche mais plutôt à l'intérieur des fermes, dans la cuisine surtout : discussions d'affaires avec des acheteurs de bétail, soupe prise en famille, lever et le petit déjeuner, visite d'un ami ou d'une infirmière…Le film est monté de manière chronologique et parallèle. Chaque séquence est un petit morceau de réalité "brute" : on y passe de la banalité du quotidien un peu ennuyeuse à la drôlerie d'une discussion ou d'une mimique adressée à la caméra, pour terminer sur une dernière partie très émouvante narrant la mort de René.
Il est un peu regrettable de ne pouvoir découvrir d'emblée la trilogie dans sa totalité. Une fois que le spectateur a réussi lui aussi à approcher cet univers rural, le film se termine et l'on a hâte de découvrir les deux prochains volets.

Jean-Emmanuel Denave
(avril 2002)

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