La
fessée, entre réalité et fiction.
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Une
mère d’élève est interviewée
devant l’école de son fils – et se prend
si bien au jeu que l’enfant craint d’être
en retard… Interrogée sur un sujet éducatif
(la fessée), elle ne peut résister au besoin
de formuler longuement son avis et se lance dans une véritable
diatribe anti-violence : ses idées envahissent la page,
les mots s’entassent et se percutent, tandis que l’enfant
tente d’attirer l’attention de cette mère
trop bavarde, qui continue cependant de s’insurger contre
cette pratique d’un autre temps – l’occasion
pour elle d’exprimer son admiration pour le modèle
suédois (« En suède, la fessée
est sévèrement réprimandée et
c’est une bonne chose… »). Mais l’on
comprend que les belles théories et les bonnes intentions
de la maman ne tiennent pas longtemps quand elle se retrouve
aux prises avec la réalité…
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A l’école
(que le petit a pu rejoindre malgré tout... avec un peu de
retard) s’enchaînent des paroles d’enfants, beaucoup
plus réalistes face à cette pratique qu’ils
subissent : ils échangent leur propre expérience de
la fessée (« c’est terrible », «
je crie juste avant que ça tombe »…), puis
un petit garçon entreprend de raconter Le Conte
du prince en deux à la classe : le ton change,
les illustrations et les décors aussi et ce récit
inséré, volontairement absurde, prend des allures
allégoriques et désuètes affirmées,
tout en condamnant ouvertement la pratique du châtiment corporel,
les peurs qu’il provoque et le sentiment d'injustice qu'il
engendre.
Pour
ou contre une « bonne » fessée ?
Cet superbe
album met dos à dos, très concrètement, mythe
et réalité, par le biais du récit à
tiroir : un excellent moyen de s’interroger sur la violence
physique et les comportements adultes parfois irréfléchis
et que l'on croit appartenir à un autre temps – mais
qui perdurent envers et contre tout. Les auteurs ont cependant la
sagesse de ne pas imposer leur point de vue ; de ne pas culpabiliser
les adultes, de dédramatiser la pratique de la fessée
pour ne pas donner aux enfants l'impression d'être uniquement
des victimes, tout en les laissant s'exprimer ; mais il est certain
que les jeunes lecteurs retiendront avant tout les mots des petits
élèves et s’identifieront aisément à
eux. Par le biais de l’humour Olivier Douzou et Frédérique
Bertrand ont su éviter les ornières de la morale et
même si la question, assurément complexe, demeure en
suspens, ils fournissent au moins l’occasion d’en débattre
!
B.
Longre
(juin 2005)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en
chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.

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