de Rainer Werner Fassbinder Traduction de Maurice Regnault
Mise en scène
Christian von Treskow
Avec la 60ème promotion

Du 19 février au 3 mars 2001




Comédiens Hélène Arnault, Aurélia Arnou, Simon Bigorgne, Sarah Capony Renaud Dehesdin, Anne Girouard, Jean-Baptiste Puech, Rafaèle Huou, Bertrand Suarez Pasos, Roman Suarez Pasos, Erika von Rosen, Cédric Weber.

Assistante à la mise en scène Marjorie Evesque
Scénographe Ludivine Defranoux
Ce spectacle est réalisé avec la collaboration de l'ensemble des élèves de l'ENSATT.

Les jeunes comédiens de la 60ème promotion de l'ENSATT prouvent ici qu'ils maîtrisent parfaitement le sens de la cruauté, une cruauté en série qui fait que le spectateur non-averti bascule d'entrée de jeu dans un univers instable, malsain et cynique, un théâtre qui ose déranger et s'engager. Le théâtre de la Cruauté d'Antonin Artaud, sensé libérer l'homme des contraintes de la morale et de la raison, est librement exploité par Fassbinder. Ce dernier appartenait à une génération qui, n'ayant pas été directement confrontée aux méfaits hitlériens, fut pourtant marquée par leurs répercussions sur la société allemande. Créée en 1969, cette pièce entend dénoncer, entre autres, comment la cruauté quotidienne et individuelle peut se métamorphoser, se répandre, et engendrer, comme dans l'Allemagne des années trente et quarante, un régime monstrueux, fondé sur la catégorisation des êtres en "inférieurs" et "supérieurs".
Inspiré par un fait divers, Fassbinder construit sa démonstration autour du récit de la sauvagerie d'un couple d'anglais, Ian et Myra Brady, dont les crimes odieux ébranlèrent l'Angleterre des années soixante. Ian Brady, fasciné par Hitler et les thèses nazies, et sa femme Myra eurent le temps de torturer et d'achever une dizaine d'enfants avant d'être arrêtés en 1965, quatre semaine après l'abolition de la peine capitale au Royaume-Uni. Ainsi, sur le thème du fascisme au quotidien, le récit de l'existence des deux criminels (véritable "exemplum") est ponctué de saynètes qui s'imbriquent les unes dans les autres, jouées par trois comédiens chaque fois différents (deux bourreaux, une victime). Tout le répertoire de la loi du plus fort est égrené dans ces courtes tranches de vie qui choquent et bousculent: brimades diverses, châtiments corporels, viols, insultes ... ; les barrières morales, les tabous et les règles sociales sont abolis et la violence, fascinante, demeure le seul repère tangible auquel le spectateur, mi-amusé, mi-répugné par tant d'excès, parfois à la limite du grotesque, semble pouvoir se raccrocher.
Pourtant, ces déchaînements humains n'ont rien de gratuit et la fonction de cette cruauté est particulièrement évidente dans les chorégraphies de groupe rigoureusement montées, qui font office de choeurs : on y dénonce en vrac le racisme social, la société consumériste, l'hypocrisie de la publicité et du marketing, la communication-religion, le pouvoir de l'argent ... toutes choses qui amènent l'individu à se comporter en automate, disparaissant dans le totalitarisme de la pensée unique.
S'il est vrai que la troisième et dernière partie de la pièce, constituée de variations dramatiques des saynètes de l'acte I (développant l'idée maintenant conventionnelle de la circularité de toute chose) mériterait d'être écourtée (on se lasse un peu du caractère répétitif des "numéros" ), le deuxième acte sort du schéma général et mérite bien d'être applaudi : les scènes courtes sont abandonnées afin que soit approfondie la "carrière" des deux "assassins de la lande", ainsi nommés par les tabloïds anglais. Ian et Myra apparaissent au coeur d'une petite boîte représentant leur intérieur étriqué, à l'image de leur étroitesse d'esprit : un véritable tableau vivant, une horrifiante maison de poupée secouée par les machinations et les orgasmes des deux meurtriers. C'est cette vision glaçante qui restera dans l'esprit des spectateurs, et non la "techno parade" finale qui paraît plutôt quelconque et vide de sens en comparaison.

Blandine Longre

 

"Christian von Treskow a choisi de confronter les jeunes comédiens de l'ENSATT à un texte de l'auteur et cinéaste allemand Rainer Werner Fassbinder. Dans Preparadise sorry now, de brèves scènes, toujours construites autour d'un rapport de forces entre trois personnages, s'enchaînent pour décrire un fascisme banal, conforme, normal. A partir d'un fait divers, l'histoire du couple de criminels « les assassins de Birmingham », Fassbinder nous parle d'une société où la violence des gestes et des mots, si terrible aux yeux du spectateur, est presque imperceptible pour les personnages tant elle est inscrite dans leur quotidien. Parfois crue, toujours cruelle, l'écriture de Fassbinder mêle dialogues, narration et incantations, créant une tension dramatique parfois à la limite du supportable."


ENSATT
04 78 15 05 07
4 rue Sœur Bouvier
69005 Lyon

Autres pièces
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Roberto Zucco de Koltès (octobre 2001)

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Répétition Publique
(Enzo Cormann)
La bonne âme du Setchouan (Brecht)



Fassbinder
http://web.uvic.ca/german/439/fassbinder.html

Page complète sur Arte
http://www.arte-tv.com/cinema/fassbinder/ftext/debat.htm

Les pièces de Fassbinder
http://www.arche-editeur.com/Catalogue/F/fassbinder2.htm

Une page complète sur les époux Brady (en anglais)
http://www.crimelibrary.com/serial4/moors/moorsindex.htm

Hommage à Fassbinder
http://www.anjou.com/premiersplans/fassbinder.html

L'ENSATT
http://www.artotal.com/form/ensatt.htm

Autres pièces
L'éveil du printemps
Répétition Publique