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Le
théâtre des Ateliers termine sa courte et riche saison
avec Premier Amour de Samuel Beckett. Ce monologue
aigre-doux est l'un des premiers textes écrits en français
par l'auteur, rédigé en 1945 mais publié seulement
en 1970, dans le sillage de son prix Nobel de littérature.
Méconnu, il rend compte à sa façon du sentiment
amoureux né, pour le narrateur, sur un banc public au bord
d'un canal en Allemagne (où Beckett a lui-même séjourné
après la guerre). Il y est question aussi de promenades à
travers les cimetières, de la mort du père, de constellations,
d'orties géantes arrachées par passion, de vie commune
dans un deux pièces, de grossesse, des turpitudes du langage
et de maints petits faits physiques ou psychiques qui ont tous leur
importance.
« La chose qui m'intéressait moi, roi sans sujets, celle
dont la disposition de ma carcasse n'était que le plus lointain
et futile des reflets, c'était la supination cérébrale,
l'assoupissement de l'idée de moi et de l'idée de
ce petit résidu de vétilles empoisonnantes qu'on appelle
le non-moi, et même le monde par paresse ».
Le moi, le monde, l'autre, la volonté, l'Amour avec un grand
« A », sont quelques-uns des faux semblants que le narrateur glisse
dans un même sac à paroles pour le jeter bien vite
dans les eaux du sarcasme.
On comprend alors les choix de mise en scène de Jean-Michel
Meyer : pour tout décor nous n'en aurons que l'envers, pour
tous accessoires un chapeau et une chaise grinçante, pour
toute lumière un faible halo blanchâtre au milieu des
ténèbres. Un dépouillement visant à
laisser le maximum d'espace aux mots et au jeu de Jean-Quentin Châtelain.
Au début, la voix de ce dernier surprend : nasillarde, traînante,
désabusée et légèrement accentuée
(l'acteur est genevois), elle ne correspond guère aux voix
blanches et neutres de rigueur lorsqu'il s'agit d'interpréter
Beckett. Châtelain bouscule nos habitudes auditives, explore
un registre nouveau et des tonalités surprenantes. Rapidement
néanmoins, il persuade son auditoire et l'emmène à
travers ce texte accidenté, sinueux, cynique souvent, drôle
toujours.
Sans extravagances ni effets de manches, l'acteur distille les mots
à nos oreilles, s'aidant de simples mimiques, de jeux de
regard vers le public, ou de quelques déplacements dans les
coulisses…son phrasé aux milles petites variations donne
vie au texte et parvient à transmettre tout l'humour (noir)
qui y est contenu. On riait déjà beaucoup à
sa lecture, on rit sans discontinuer en assistant à la pièce.
Premier Amour, texte qui n'était pas destiné
au théâtre et un peu oublié parmi la bibliographie
de Beckett, gagne grâce au travail de Meyer et de Châtelain
une ampleur singulière et sublime. Pendant plus d'une heure
trente, ce drôle de personnage et son chapeau vissé
au crâne électrise une scène nue et un public
désorienté avec bonheur.
A nous alors de lui adresser un coup de chapeau et de vous inviter
à ne pas manquer ce moment de théâtre des plus
rares.
Jean-Emmanuel
Denave
"Premier
amour n'est pas une pièce de théâtre,
mais une courte nouvelle, écrite directement en français,
où un homme raconte, précisément, ses premiers
émois, mais pas exactement sur le registre sentimental auquel
le thème invite. L'histoire même, assez ébouriffante,
peut se résumer rapidement : chassé à la mort
de son père de la maison familiale, le narrateur rencontre,
dans un cimetière qu'il affectionne, une femme qui finit
par lui proposer un gîte. Il soupçonne qu'il est amoureux,
il affirme qu'elle est prostituée. Quand naît leur
enfant, il s'enfuit. C'est aussi beau qu'un roman-photo. Mais c'est
plus rigolo."
Voir
aussi Oh les beaux jours,
du même auteur, au théâtre de la Croix-Rousse,
et Stéréo.
Théâtre
Les Ateliers
5, rue du petit david
69002 Lyon
réservations 04 78 37 46 30

Théâtre
Les Ateliers
http://www.theatrelesateliers.com/
Beckett
http://home.sprintmail.com/~lifeform/Beck_Links.html
http://bucensier.univ-paris3.fr/v_becket.htm
http://www.fabula.org/actualites/article418.php
Dossier
du Magazine Littéraire
http://www.magazine-litteraire.com/dossiers/dos_372.htm
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