du 20 au 27 avril 2001

au théâtre Les Ateliers, Lyon


de
Samuel Beckett
mise en scène Jean-Michel Meyer

avec Jean-Quentin Châtelain

 

Le théâtre des Ateliers termine sa courte et riche saison avec Premier Amour de Samuel Beckett. Ce monologue aigre-doux est l'un des premiers textes écrits en français par l'auteur, rédigé en 1945 mais publié seulement en 1970, dans le sillage de son prix Nobel de littérature.

Méconnu, il rend compte à sa façon du sentiment amoureux né, pour le narrateur, sur un banc public au bord d'un canal en Allemagne (où Beckett a lui-même séjourné après la guerre). Il y est question aussi de promenades à travers les cimetières, de la mort du père, de constellations, d'orties géantes arrachées par passion, de vie commune dans un deux pièces, de grossesse, des turpitudes du langage et de maints petits faits physiques ou psychiques qui ont tous leur importance.
« La chose qui m'intéressait moi, roi sans sujets, celle dont la disposition de ma carcasse n'était que le plus lointain et futile des reflets, c'était la supination cérébrale, l'assoupissement de l'idée de moi et de l'idée de ce petit résidu de vétilles empoisonnantes qu'on appelle le non-moi, et même le monde par paresse ».
Le moi, le monde, l'autre, la volonté, l'Amour avec un grand « A », sont quelques-uns des faux semblants que le narrateur glisse dans un même sac à paroles pour le jeter bien vite dans les eaux du sarcasme.
On comprend alors les choix de mise en scène de Jean-Michel Meyer : pour tout décor nous n'en aurons que l'envers, pour tous accessoires un chapeau et une chaise grinçante, pour toute lumière un faible halo blanchâtre au milieu des ténèbres. Un dépouillement visant à laisser le maximum d'espace aux mots et au jeu de Jean-Quentin Châtelain.
Au début, la voix de ce dernier surprend : nasillarde, traînante, désabusée et légèrement accentuée (l'acteur est genevois), elle ne correspond guère aux voix blanches et neutres de rigueur lorsqu'il s'agit d'interpréter Beckett. Châtelain bouscule nos habitudes auditives, explore un registre nouveau et des tonalités surprenantes. Rapidement néanmoins, il persuade son auditoire et l'emmène à travers ce texte accidenté, sinueux, cynique souvent, drôle toujours.
Sans extravagances ni effets de manches, l'acteur distille les mots à nos oreilles, s'aidant de simples mimiques, de jeux de regard vers le public, ou de quelques déplacements dans les coulisses…son phrasé aux milles petites variations donne vie au texte et parvient à transmettre tout l'humour (noir) qui y est contenu. On riait déjà beaucoup à sa lecture, on rit sans discontinuer en assistant à la pièce.
Premier Amour, texte qui n'était pas destiné au théâtre et un peu oublié parmi la bibliographie de Beckett, gagne grâce au travail de Meyer et de Châtelain une ampleur singulière et sublime. Pendant plus d'une heure trente, ce drôle de personnage et son chapeau vissé au crâne électrise une scène nue et un public désorienté avec bonheur.
A nous alors de lui adresser un coup de chapeau et de vous inviter à ne pas manquer ce moment de théâtre des plus rares.

Jean-Emmanuel Denave

"Premier amour n'est pas une pièce de théâtre, mais une courte nouvelle, écrite directement en français, où un homme raconte, précisément, ses premiers émois, mais pas exactement sur le registre sentimental auquel le thème invite. L'histoire même, assez ébouriffante, peut se résumer rapidement : chassé à la mort de son père de la maison familiale, le narrateur rencontre, dans un cimetière qu'il affectionne, une femme qui finit par lui proposer un gîte. Il soupçonne qu'il est amoureux, il affirme qu'elle est prostituée. Quand naît leur enfant, il s'enfuit. C'est aussi beau qu'un roman-photo. Mais c'est plus rigolo."

Voir aussi Oh les beaux jours, du même auteur, au théâtre de la Croix-Rousse, et Stéréo.


Théâtre Les Ateliers
5, rue du petit david
69002 Lyon
réservations 04 78 37 46 30


Théâtre Les Ateliers
http://www.theatrelesateliers.com/

Beckett
http://home.sprintmail.com/~lifeform/Beck_Links.html
http://bucensier.univ-paris3.fr/v_becket.htm

http://www.fabula.org/actualites/article418.php

Dossier du Magazine Littéraire
http://www.magazine-litteraire.com/dossiers/dos_372.htm