Michael Praetorius
Pro Organico
Intégrale de l’œuvre d’orgue
par Jean-Charles Ablitzer
Disque Leo, 2005

 

Une lacune bien comblée

Michael Praetorius (1571-1621), né non loin de Eisenach un peu plus de cent ans avant Jean-Sébastien Bach, est l’un des plus importants musiciens allemands du XVIIe siècle. Sa production, très abondante, est connue surtout par des œuvres polyphoniques de grande envergure comme Musae Sioniae (1244 morceaux spirituels), Eulogadia Sionia (60 motets), par ses madrigaux, ses airs de danse, et aussi par ses écrits théoriques (Syntagma Musicum). L’œuvre pour orgue, extraite de Musae Sioniae et de Hymnodia Sionia, méconnue et peu abondante, représente néanmoins une étape primordiale dans l’histoire de la musique d’orgue en Allemagne luthérienne, rappelant que Praetorius fut, entre autres, organiste au château de Gröningen, au service du duc Heinrich Julius de Braunschweig-Lüneburg.

Titulaire de l’orgue historique de la Cathédrale Saint-Christophe de Belfort, professeur à l’Ecole nationale de musique, Jean-Charles Ablitzer a pris l’excellente initiative de remédier à cette méconnaissance en enregistrant en juin 2005, après un minutieux travail de restitution, l’intégrale de l’œuvre organistique de Praetorius sur l’orgue Hans Scherer (1624) de Tangermünde. Ce disque réunit toutes les conditions pour livrer fidèlement au public la musique correspondante dans des conditions optimales : instrument présentant les caractéristiques des débuts de l’époque baroque en Allemagne, donc le plus adéquat pour rendre compte de la polyphonie de Praetorius ; interprète spécialisé dans l’orgue allemand des XVIIe et XVIIIe siècles, qui a notamment enregistré, outre de grandes œuvres de Jean-Sébastien Bach, une intégrale de Buxtehude.

Les dix pièces « pro organico », jouées avec une clarté qui met en valeur l’architecture et la précision du contrepoint, en même temps que la variété poétique de l’ensemble, sont composées de six hymnes à l’origine destinées aux vêpres, de trois grandes fantaisies sur des chorals luthériens, au développement exceptionnel, et de deux variations sur un cantique. Les amateurs d’orgue, de musique baroque, les mélomanes en général ne manqueront pas ce disque qui comble une lacune avec le talent mérité par le compositeur, et dont la présentation visuelle (des détails du buffet d’orgue auquel Praetorius était attaché) est à la hauteur de la qualité sonore.

Jean-Pierre Longre
(décembre 2005)

Jean-Pierre Longre enseigne la littérature contemporaine à l’Université Jean Moulin Lyon 3. Auteur d’études sur divers écrivains du XXe siècle, collaborateur de plusieurs revues, il a participé à la publication des romans de Queneau dans la Bibliothèque de la Pléiade, s’intéresse à la comparaison des arts (littérature, musique, peinture) et effectue des recherches sur les littératures francophones (Roumanie et Belgique en particulier). Dernier ouvrage paru : Raymond Queneau en scènes, Presses Universitaires de Limoges, 2005.

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