JAZZ
album et concert
(12prod.net, 2005)

 

Nacim Brahimi : Saxophone Alto
Eric Prost : Saxophone Tenor
Bruno Ruder : Rhodes - Piano
Greg Theveniau : Basse
Hervé Humbert : Batterie

En concert
le 8 juillet à Jazz dans le Parc
(Ambérieu-en-Bugey, 01)

Album soutenu par la SACEM


Poulpe errant

Bassiste polyvalent, très généreusement funky, Greg Théveniau met fin à des siècles de cogitation : qu’est-ce que la vie ? La vie est un poulpe… mais pas forcément visqueux et avachi, comme sur la pochette du disque : non, voilà un poulpe en mouvement, souple et séducteur, un poulpe qui groove... Ce n’était sans doute au début qu’une poulpe fiction informe, tant Greg Théveniau roule sa bosse musicale sans calculs froids ni plan de carrière, que pour le plaisir, au fil des rencontres ; mais les rencontres ont eu lieu : le batteur Hervé Humbert, bien sûr, compagnon de route de longue date (Morilla 5tet notamment), Nacim Brahimi (sax alto) et Bruno Ruder (piano), et au sax ténor le génial Eric Prost (Collectif Mu, Loops, Meï Teï Shô…). Cinq tentacules de marque pour un disque instrumental jazz-funk tout bonnement impressionnant…

Tout commence avec le groove musclé d’une basse funk : saut dans le temps, jusqu’au Head Hunters de Herbie Hancock (autre étrange couverture, d’ailleurs). Greg Théveniau annonce la multi-couleur : les amples improvisations jazz tranquilles des sax et du piano Rhodes subtil de Bruno Ruder seront en permanence harcelées par sa basse omniprésente, infatiguable, souple et invincible comme le poulpe. La connivence parfaite de cette basse énergique avec la batterie lumineuse d’Hervé Humbert (exceptionnel sur Le grand « i ») offre un terrain de jeu riche et mouvementé aux saxs lunaires (qui s’emparent de Bushry all over the world pour un dialogue retentissant sur les cimes veloutées du jazz funk) et au Rhodes limpide (le final marginal de H H is watching you).

Enregistré en une journée, pour une spontanéité et une intensité intactes, La vie est un poulpe s’élève progressivement vers un hard-funk toujours plus puissant : poussé par les déferlantes sombres de la basse, le Rhodes encadre un sax sauvage (excellent Lan Minw Sere) avant de s’emporter à son tour sur Chien errant, qui clôt l’album avec force étincelles.

Greg Théveniau emmène son poulpe toujours plus loin, et si ce hard-funk de haute volée fait ici et là place à des decrescendos vagabonds bien inspirés (Au café), c’est que la musique puise toute sa vitalité de ces balbutiements hasardeux, de ces errances conjuguées… le calme avant la tempête, le poulpe affûtant ses ventouses…

Nicolas Cavaillès
(juin 2005)

 

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