Les roses de cendre
Erik Poulet-Reney
Syros, 2005
Collection les uns les autres
Dès 13-14 ans


Le triangle rose

Suzelle, une jeune danseuse, a prévu de passer l’été chez sa grand-mère Mady, un séjour qu’elle attend chaque année avec joie. Mais son ami Mathis, danseur lui aussi, ne peut cette fois l’accompagner : il a choisi de privilégier sa carrière et de partir travailler un an à Berlin.

Dans le village de Mady, Suzelle retrouve pourtant un ami d’enfance, Romain, revenu présenter son compagnon à ses parents et leur annoncer qu’ils sont sur le point de se pacser. Dans le même temps, Mady semble étrangement agitée cet été-là, et sa petite-fille la trouve bien fatiguée ; c’est que le passé lointain ne cesse de revivre en elle, et plus particulièrement le souvenir de son frère Clément, homosexuel, jamais revenu des camps ; elle confie une partie de ce lourd secret à Suzelle : « La gestapo l’a arrêté, emprisonné. En janvier 1944. A Thann. Ils l’ont ensuite déporté au camp de Schirmeck. Il n’avait que dix-neuf ans. Ton âge, ma petite. Depuis, la vie me pèse comme de la poix sur tout le corps. (…) Je n’ai fait que survivre. Je suis morte dans ce camp avec lui. » Une histoire que la jeune fille transmet alors à Romain et à son ami Takis, et eux la remercie de les avoir ainsi éclairés: « On fera tout pour éviter aux vieux démons de se réveiller… »

L’ouvrage d’Erik Poulet-Reney est un roman de la mémoire et de l’expiation, un récit qui, sans être à proprement parler historique, à travers une histoire familiale singulière, combine habilement le passé et le présent (dans la forme narrative et à travers les thèmes abordés) pour mieux éclairer le lecteur sur le sort que les nazis réservaient, entre autres, aux homosexuels. Cette forme particulière de persécution (accompagnée de son lot d’arrestations, de déportations, d’exécutions…) est aujourd’hui mieux connue, mais a longtemps fait l’objet de non-dits directement liés au regard que les sociétés occidentales portaient sur l’homosexualité, il y encore peu. Les choses ont changé, et c’est ainsi que le Parlement allemand a demandé pardon aux citoyens homosexuels (pour « les atteintes portées jusqu’en 1969 (…) dans leur dignité humaine ») – un geste symbolique mais essentiel qui reconnaît les fautes du passé, et dont le texte est reproduit en fin de cet émouvant roman.

Blandine Longre
(décembre 2005)

Blandine Longre, agrégée d’anglais, est l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse, au théâtre (texte et représentation) et aux relations qu’entretiennent fiction et réel.

lire aussi
Le droit d’aimer, Combattre l’homophobie de Julien Picquart
Syros jeunesse, collection J’Accuse ! 2005

http://www.syros.fr/

http://www.chez.com/triangles/

http://www.france.qrd.org/assocs/lgp-idf/Asso/CP/deportation.html

http://homoedu.free.fr/article.php3?id_article=67