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Le triangle rose
Suzelle, une
jeune danseuse, a prévu de passer l’été
chez sa grand-mère Mady, un séjour qu’elle attend
chaque année avec joie. Mais son ami Mathis, danseur lui
aussi, ne peut cette fois l’accompagner : il a choisi de privilégier
sa carrière et de partir travailler un an à Berlin.
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Dans
le village de Mady, Suzelle retrouve pourtant un ami d’enfance,
Romain, revenu présenter son compagnon à ses
parents et leur annoncer qu’ils sont sur le point de
se pacser. Dans le même temps, Mady semble étrangement
agitée cet été-là, et sa petite-fille
la trouve bien fatiguée ; c’est que le passé
lointain ne cesse de revivre en elle, et plus particulièrement
le souvenir de son frère Clément, homosexuel,
jamais revenu des camps ; elle confie une partie de ce lourd
secret à Suzelle : « La gestapo l’a
arrêté, emprisonné. En janvier 1944. A
Thann. Ils l’ont ensuite déporté au camp
de Schirmeck. Il n’avait que dix-neuf ans. Ton âge,
ma petite. Depuis, la vie me pèse comme de la poix
sur tout le corps. (…) Je n’ai fait que survivre.
Je suis morte dans ce camp avec lui. » Une histoire
que la jeune fille transmet alors à Romain et à
son ami Takis, et eux la remercie de les avoir ainsi éclairés:
« On fera tout pour éviter aux vieux démons
de se réveiller… » |
L’ouvrage
d’Erik Poulet-Reney est un roman de la mémoire et de
l’expiation, un récit qui, sans être à
proprement parler historique, à travers une histoire familiale
singulière, combine habilement le passé et le présent
(dans la forme narrative et à travers les thèmes abordés)
pour mieux éclairer le lecteur sur le sort que les nazis
réservaient, entre autres, aux homosexuels. Cette forme particulière
de persécution (accompagnée de son lot d’arrestations,
de déportations, d’exécutions…) est aujourd’hui
mieux connue, mais a longtemps fait l’objet de non-dits directement
liés au regard que les sociétés occidentales
portaient sur l’homosexualité, il y encore peu. Les
choses ont changé, et c’est ainsi que le Parlement
allemand a demandé pardon aux citoyens homosexuels (pour
« les atteintes portées jusqu’en 1969 (…)
dans leur dignité humaine ») – un geste
symbolique mais essentiel qui reconnaît les fautes du passé,
et dont le texte est reproduit en fin de cet émouvant roman.
Blandine
Longre
(décembre 2005)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en
chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.

lire
aussi
Le
droit d’aimer, Combattre l’homophobie de Julien
Picquart
Syros jeunesse, collection J’Accuse ! 2005
http://www.syros.fr/
http://www.chez.com/triangles/
http://www.france.qrd.org/assocs/lgp-idf/Asso/CP/deportation.html
http://homoedu.free.fr/article.php3?id_article=67
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