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De dos, dans
une demi obscurité, un chef d'orchestre dirige un opus du
compositeur Nunes
puis les vagues déferlent avec violence
sur les rochers embués. Polyphonie, entrelacs de matières
hétérogènes, collage vertigineux: ainsi pourrait-on
décrire la(les) forme(s) du dernier film d'Oliveira.
Un seul fil pour relier les images hétéroclites, pour
diriger cette "poly-cinématographie" : la voix
du cinéaste lui-même qui se retourne sur son enfance
et sillonne les plis de sa mémoire. Celle du cinéma
et celle du Portugal aussi.
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Une
première image : la photographie floue de la maison familiale
maintenant en ruines. Un fragment de mémoire, tout comme
viendront d'autres photographies, d'autres fragments, d'autres
vestiges, séquences de films, récits, anecdotes.
Fragments de réels qui sont mêlés à
la fiction: des scènes de l'enfance d'Oliveira jouées
par des acteurs. Aussi assistons-bous à ces séquences
très belles où à un "champ documentaire"
est associé un "contrechamp fictif", ou l'inverse.
Champs du passé et contrechamps du présent, berceuses
de l'enfance et murmures chantés du vieillard. Allers
et retours, ou plutôt coexistence des temps dans une durée
propre au film. |
Souvent le cadre
s'ouvre sur une autre fenêtre, celle d'où Oliveira
enfant (joué par un jeune acteur) contemple la ville en contre
bas, mais aussi la pauvreté, son propre avenir, ses films
en germes
sa bouche collée à la vitre forme une
buée : buée de la respiration, flou des images-souvenirs,
buée de la vie même qui travaille les images et les
empêche de désigner avec clarté les souvenirs.
Voir les images du passé ne remplacera jamais la mémoire
vivante dit Oliveira.
Avec une grande pudeur, le cinéaste filme des blocs d'enfance
et de jeunesse : les opéras avec sa famille, les comptines,
les premiers émois amoureux, les pâtisseries, puis
plus tard la vie de bohème et les cafés à la
mode, la camaraderie, la passion naissante pour le cinéma.
Plus qu'une simple autobiographie, Porto de mon enfance est une
fenêtre ouverte sur une ville, un pays : séquence magnifique
d'une promenade en taxi à travers les rues obscures et escarpées
de Porto; premier film portugais; images de Pessoa lors d'une exposition
de fleurs; visages muets des grands marins ibères; livres
des poètes oubliés.
Ce film est une véritable partition avec ses lignes dédiés
à des instruments différents (photographie, documentaire,
film ancien, fiction, théâtre, chant, musique), et
ses rythmes (passé, présent, avenir). Son unité
: une bouleversante polyphonie de signes, orchestrée par
un cinéaste musicien au sommet de son art.
Jean-Emmanuel
Denave
(janvier 2002)

La
lettre ,
1999 (chronique en ligne)
Site
dédié au réalisateur
http://altern.org/cinerie/auteurs/manoel.htm
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