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Le petit chaperon rouge de Joël Pommerat
en tournée jusqu'en mai 2007 - dates
et lieux
mise en scène Joël Pommerat
Compagnie Louis Brouillard.
Nouvelles
variations sur un vieux thème : du théâtre à
lire et/ou à dire.
Il est des récits
intemporels, sources inépuisables de remaniements et d’interprétations
possibles, faisant appel, mieux que d’autres, à l’inconscient
collectif. Les auteurs le savent, qui s’inspirent du conte
du Petit chaperon rouge (et de ses diverses versions) pour
mieux détourner, réinterpréter, transgresser.
Une nourriture qui a tant été exploitée que
le va et vient créatif engendré tend à gommer
tout repère temporel et à conférer à
ce conte un caractère universel qu’il partage avec
quelques autres.
C’est le cas avec ces deux textes de théâtre,
publiés dans une collection jeunesse abordable dès
sept ou huit ans, et que les belles illustrations (respectivement
de Marjolaine Leray et Benjamain Bachelier) et la mise en page aérée
rendent très plaisants à lire seul ou à plusieurs,
en silence ou à haute voix. Le petit chaperon
rouge de Joël Pommerat demeure (presque) fidèle
à l’original, mais comporte des retournements imprévisibles
et des ajouts qui font tout son charme : c’est d’abord
une histoire de famille de notre temps, entre une mère très
occupée et une petite fille qui s’ennuie souvent (elle
aimerait prendre son indépendance), sans oublier la grand-mère,
« très fatiguée à cause de sa vieillesse
». Il y a effectivement un loup, mais beaucoup plus fonctionnel
que les autres personnages, et la petite, qui n’en a pas peur,
le rencontre le jour où sa mère lui a (enfin) permis
de se rendre seule chez sa grand-mère.
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Le chemin qui la mène vers la maison de la grand-mère
est, comme dans le conte initial, celui de l’enfance
encore vagabonde qui cherche toutefois à s’émanciper
; pour preuve cette confidence à la fois rationnelle
et délicieuse que l’enfant fait à sa grand-mère
(ou au loup… ?) : « ma mère et moi,
on s’entend bien mais des fois c’est vrai j’ai
un petit peu de mal à la supporter, elle s’inquiète
de tout, alors elle en devient vraiment pénible, elle
me prend pour une enfant. »
Avec des mots simples et par le biais de situations dans lesquelles
les jeunes lecteurs/spectateurs se retrouvent sans mal (en
dépit des légers décalages observables)
Joël Pommerat signe une version intelligente et charmante
du conte, cependant bien éloignée de la noirceur
contextuelle du Petit chaperon Uf
de Jean-Claude Grumberg.
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Ce dernier propose
une adaptation plus libre (mais pas moins réussie) qui parle
cette fois encore de la soif de liberté à laquelle
le conte est communément associé. On quitte la sphère
de l’intime et des relations transgénérationnelles
pour plonger dans le vaste monde. Ici, le loup est « déguisé
en caporal, parle français avec l’accent loup »
et s’appelle Wolf… Son animalité se trouve renforcée
par l’uniforme et par l’absurdité barbare des
lois et des règles qu’il semble inventer au fur et
à mesure de son long dialogue avec le petit chaperon - car
il a découvert, en examinant les papiers de l’enfant,
qu’elle était « Uf »… « Rouge
interdit Uf. Uf doit porter capuchon jaune » lui ordonne-t-il
d’emblée. Puis, quand il découvre ce que contient
le panier de l’enfant : « Beurre ! Interdit Ufs.
(Il rit de plaisir). Ah ah ah ! Beurre confisqué.
»… et ainsi de suite.
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Plus
la pièce avance, plus les droits de la petite s’amenuisent
et l’on observe ces scènes avec un sentiment
de révolte mitigé, d’autant plus amusé
que le ridicule du loup ne cesse de s’accentuer et que
les dialogues de sourds abondent. La transposition politique
et historique ne souffre d’aucune imperfection et le
message transparaît avec vigueur – en adéquation
avec ce que Jean-Claude Grumberg annonce en introduction :
« Connaître l’histoire, les histoires,
la vraie Histoire, à quoi cela sert-il ? Sinon à
alerter les chaperons d’aujourd’hui, à
avertir les enfants que la liberté de traverser le
bois pour porter à sa grand-mère un pot de beurre
et une galette n’est jamais définitivement acquise…
» Pièce en forme d’avertissement donc,
qui, dans un autre domaine que celle de Joël Pommerat,
prolonge tout autant le conte originel en de multiples échos
et lui apporte une vigueur nouvelle, en phase avec l’époque
- ce qui ne lui ôtent cependant en rien son caractère
profondément ludique et inventif. A lire et à
relire.
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B.
Longre
(novembre 2005)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; elle s’intéresse
tout particulièrement aux écritures contemporaines
(francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à la
littérature pour la jeunesse, au théâtre (texte
et représentation) et aux relations qu’entretiennent
fiction et réel.

de
jean-Claude Grumberg
Le
Petit Violon (Editions Actes Sud, 1993 et 1994)
L'Atelier
http://www.actes-sud.fr/
http://www.theatre-sartrouville.com/
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