La poésie québécoise des origines à nos jours
Laurent Mailhot et Pierre Nepveu

Éditions Typo, 2007

 

 

 

De Marc Lescarbot à Louis-Jean Thibault, quatre siècles de poésie

Laurent Mailhot et Pierre Nepveu, historien de la littérature pour le premier, respectivement poète pour le second, et tous deux essayistes, critiques, professeurs, publiaient en 1981 une importante anthologie de la poésie québécoise, « des origines à nos jours », qui répondait à un besoin de repères nécessaires au sein d’une abondante production. Or depuis 1980, la poésie québécoise s’est en grande partie transformée dans sa structure (retour appuyé au vers libre), sa thématique (le monde et les villes plutôt que le pays et le terroir), les moyens de publication et de diffusion. S’est transformée, et s’est considérablement enrichie, portée par un certain nombre de revues et de manifestations (Festival international de poésie de Trois-Rivières, Marché de la poésie de Montréal, récitals et lectures publiques…) qui « ont contribué à accroître la prise de parole poétique sur la place publique », selon les auteurs. Il fallait donc une nouvelle anthologie, et celle-ci, tout en reprenant et en mettant à jour la première, y ajoute la présence d’une cinquantaine de nouveaux poètes.

De Marc Lescarbot (1570-1642) à Louis-Jean Thibault (né en 1979), des pionniers de la Nouvelle-France aux jeunes auteurs d’aujourd’hui, le patrimoine est d’une richesse et d’une variété telles qu’on n’aurait jamais fini de citer les poètes qui jalonnent le chemin. Si les plus connus sont évidemment là (Emile Nelligan, Hector de Saint-Denys Garneau, Rita Lasnier, Anne Hébert, Claude Gauvreau, Gaston Miron, Gilles Vigneault, Roland Giguère, Jacques Brault, Paul Chamberland, Nicole Brossard, Claude Beausoleil (tiens, ni Félix Leclerc ni Michèle Lalonde – apparemment, celle-ci n’a pas voulu… mais son fameux Speak White se trouve à tous les coins de la toile mondiale), beaucoup de noms et beaucoup de textes, vus de France en tout cas, sont d’heureuses surprises ; Québécois pure souche, quelques voisins canadiens, quelques poètes amérindiens (souche encore plus pure…) et quelques autres issus de l’immigration se laissent découvrir avec beaucoup de plaisir et d’intérêt.

Inconvénients inhérents au genre : on peut se sentir frustré, se dire qu’il en manque (voir plus haut), que 700 pages ce n’est pas assez (ou que c’est trop)… Avantages : l’essentiel y est : quelques lignes biographiques puis quelques textes représentatifs des principales caractéristiques de chaque auteur. Le choix est toujours judicieux ; en tout cas, faisons confiance aux connaisseurs. Surtout, promenons-nous dans ce volume spacieux, choisissons nos parcours, nos haltes, laissons aller notre sensibilité et, si cela nous intéresse, allons voir ailleurs pour en lire davantage. Les anthologies sont faites pour cela.

Jean-Pierre Longre
(décembre 2007)

Jean-Pierre Longre enseigne la littérature contemporaine à l’Université Jean Moulin Lyon 3. Auteur d’études sur divers écrivains du XXe siècle, collaborateur de revues, il a participé à la publication des romans de Queneau dans la Bibliothèque de la Pléiade, s’intéresse à la comparaison des arts (littérature, musique, peinture) et effectue des recherches sur les littératures francophones (Roumanie et Belgique en particulier). Derniers ouvrages parus : Raymond Queneau en scènes (Presses Universitaires de Limoges, 2005) et Jean Prévost aux avant-postes (Collectif, avec William Marx, Les Impressions Nouvelles).

 

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