Le voyage de Poéma
Cécile Roumiguière

illustrations de Claire Delvaux
Tipik cadet, Magnard, 2007

 

 


Soeur contre frère

Poéma ne supporte plus Téiki, le bébé « roi » qui, depuis sa naissance, « mange le temps » de ses parents et empiète sur l’espace vital de la petite ; celle-ci se sent délaissée, mise à l’écart, regrettant l’époque où elle était la « préférée », la seule et l’unique. Peu à peu, une solution s’impose à elle : il lui faut se débarrasser de son frère l’usurpateur. Comment ? En l’abandonnant sur un atoll désert, de l’autre côté du lagon – une intention sans réelle malveillance, plutôt un geste de survie, afin de reprendre sa place et de réaffirmer son existence auprès de ses géniteurs. Elle s’organise méticuleusement et, au petit matin, embarque discrètement sur la pirogue familiale en compagnie de Téiki, sans se douter que diverses épreuves l’attendent, au cours desquelles il lui faudra… protéger son frère ; se succèdent des aventures et des rencontres improbables (avec un grand requin argenté, une raie manta, une tornade, des petits poissons multicolores) qui donnent à l’ensemble des allures de fable et feront comprendre à Poéma que finalement, elle tient au petit intrus, qu’il est possible de partager des choses avec lui. Elle revient alors sur sa décision et ne cède pas à la tentation – tous les habitants des fonds marins (poisson clown, grand dauphin, etc.), par leurs incitations ou leurs questions, l’encourageant à réfléchir à sa situation d’aînée.

Ce parcours initiatique, tendre mais dépourvu de mièvrerie, met en scène une petite fille débrouillarde, courageuse, tout aussi tenace que la petite Noura de L’Ecole du désert, qui ose faire marche arrière et se remettre en question – ce que certains adultes ne sauraient faire dans des circonstances similaires. Le genre est ici habilement renouvelé, en déplaçant les thématiques croisées du nouvel arrivant dans une fratrie et de la rivalité qui s’ensuit dans un contexte inhabituel (la Polynésie), presque hors du temps, s’enrichissant des aventures fantaisistes et des péripéties oniriques que vivent les deux enfants, tandis que les illustrations de Claire Delvaux montrent surtout des personnages aux visages expressifs, souvent joyeux, accompagnant le texte avec vivacité.

B. Longre
(décembre 2007)

Blandine Longre, agrégée d’anglais, est l’une des fondatrices de Sitartmag ; traductrice et critique littéraire, elle s’intéresse tout particulièrement aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse, au théâtre (texte et représentation) et aux relations qu’entretiennent fiction et réel.
http://blongre.hautetfort.com

 

http://www.cecileroumiguiere.com/

http://c.delvaux.free.fr

Lire aussi
L’école du désert
illustrations de Claire Delvaux - Tipik Cadet, Magnard jeunesse 2004

http://www.magnard.fr/jeunesse/