Spectacle déambulatoire

par la Compagnie du Bonhomme

du 10 au 15 juin 2003 à 20 h 30
Les Subsistances, Lyon

 

Le lien dans ce parcours ne se fait donc pas autour d'un sens préétabli, mais autour de sensations : isolement, violence des vies lorsqu'elles sont coupées de toute représentation sociale, normée, expression de fantasmes et de peurs nocturnes.
C'est en cela que ce parcours s'apparente à un cauchemar, car chaque cellule est travaillée selon la logique improbable des songes : associer des éléments concrets, quotidiens à des usages décalés, étrangers ou inquiétants. Nous voulons essayer cette rencontre entre le normal et l'impossible.
Un groom guide – ou non – oriente – ou non – des spectateurs perçus comme visiteurs : Ils sont libres de s'approcher, d'accélérer le rythme du parcours, de revenir observer ce qui les a intrigués.

Coproduction : Compagnie du Bonhomme, Compagnie Preview et Les Subsistances

d’après des textes de Sarah Fourage, et des apports d'Anaïs Nin, Thomas Poulard…

Les subsistances
Quai Saint-Vincent, Lyon
04 78 39 10 02

Conçu et interprété par Sarah Capony, Marie-Sophie Ferdane, Rudy Galiffi, Denys Laboutière, Carl Miclet, Marianne Pommier, Thomas Poulard

Scénographie – accessoires – costumes : Ludivine Defranoux et Laure Pichat
Vidéo : Serge Meyer
Création Lumières et Direction Technique : Johannes
Production : Aline Présumey

ça plaît que si…

Welcome to hotel California (interprété par les Eagles)… Tel est l’air qui nous accueille dans une salle d’attente où l’on profite quelques instants de cette mélodie jusqu’à ce qu’une voix forte, autoritaire et désagréable vous appelle par votre nom. Le concierge vous remet une clef puis invite le groupe composé de six ou sept personnes à le suivre jusqu’à un ascenseur aux portes duquel il nous abandonne. On monte au premier puis le grand noir. Un groom vous ouvre les portes de chambres qui présentent une scène reposant sur l’incongruité.
Incongruité entre l’image d’un univers familier (une chambre, une laverie, une salle de bains, une cuisine) et la déformation de ce même univers : une femme se lave avec une éponge grattoir et boit du liquide vaisselle. Dans une autre chambre, un homme regarde une série de diapositives accompagnée par un texte pilonnant l’anaphore : « le journal d’un fou, le journal d’un serial killer, le journal d’un connard… »
Cette performance déambulatoire nous convie à visiter chaque chambre d’un hôtel, le spectateur étant séparé de la scène qui se déroule par une vitre de plexiglas. Cet écran en plastique symbolise toute la distance existant entre la scène jouée et le spectateur-voyeur, qui n’est pas autorisé à pénétrer cette intimité.
Est-ce vraiment un spectacle ? Le spectateur est acteur, il découvre ce parcours ludique : dans un couloir noir, un gardien montrant le chemin, ouvre successivement des pièces. A l’intérieur se déroulent de courtes scènes mêlant textes et jeu de comédiens, à la frontière de l’installation d’art moderne et du spectacle vivant. La vision est étrange, le spectateur touche du doigt un monde parallèle, de l’étrange. Il agit en voyeur, volant une bribe d’intimité de la solitude humaine. Il est dommage que les textes ne fassent pas forcément toujours corps avec le jeu des comédiens, le sens intrinsèque de la scène nous échappe. L’image surgit brusquement, c’est un spectacle avant tout visuel et d’un grand esthétisme, avec une réalisation parfaitement maîtrisée.
Etonnant sans être détonnant, ce spectacle a l’immense mérite d’ouvrir l’esprit sur des modes d’expression peu ordinaires, quelque peu dérangeants sans être choquants, dont la grille interprétative est plus que jamais propre à chacun. On retient des images, des atmosphères mais tout paraît bien dérisoire, bien éphémère et aporétique.

Emilie Jullin et Miel Ludovic
(juin 2003)

Les subsistances
http://www.les-subsistances.com/