Anton Tchekhov

Adaptation et mise en scène
Eric Lacascade


Festival d'Avignon 2002

 

du même auteur
Le Chant du cygne et autres histoires (mise en scène de Planchon, 2001)
La Mouette (mise en scène de
Philippe Calvario, 2002)

avec
Jérôme Bidaux, Jean Boissery, Arnaud Chéron, Arnaud Churin, Murielle Colvez, Alain D'Haeyer, Christophe Grégoire, Stéphane Jais, Éric Lacascade, Marc Lador, Christelle Legroux, Daria Lippi Brusco, Millaray Lobos, Serge Turpin

Spectacle d'ouverture donné dans la Cour d'honneur du Palais des papes, Platonov, monté par Eric Lacascade, constitue une parfaite entrée en matière dans un festival d'Avignon, riche, audacieuse mais ô combien dépressive. Anton Tchekhov dans la version de Lacascade sonne plus actuel que jamais. Le drame, qui s'étend sur cinq heures, laisse percer à jour tous les affres de l'amour. Son principal protagoniste, Platonov, passe par tous les états de la passion. Il fanfaronne, se joue de ces dames, souffre, se détruit. Inconséquent à la bile malade, Don Juan ivre de la vie même, il sombre peu à peu dans la démence et la cruauté sous nos yeux hypnotisés.
Les acteurs, petites tâches lumineuses dans une scénographie usant à merveille de la verticalité de la nouvelle Cour d'honneur, se répondent à la perfection, révèlent au public ce que veut dire le mot " troupe ". Remarquable de justesse et d'investissement, Eric Lacascade et sa petite famille mènent la pièce d'une main de maître. Inspiré dans ces choix musicaux, le directeur du Centre Dramatique National de Caen fait preuve de très bon goût. Jugez plutôt : Steve Reich, Godspeed You Black Emperor ! ou Jim O'Rourke collent à merveille à l'univers décadent de ce Platonov nouvelle génération et participent grandement d'une mise en scène épique, à la mesure du lieu et de son imposante architecture. Jusqu'au feu d'artifice, la pièce atteint des sommets, mais la rupture induite par l'entracte lui cause bien du tort car sur la fin, Platonov n'évite pas l'écueil d'un pathos que l'on aurait souhaité moins pesant ou bien qui aurait eu le courage de sauter à pieds joints dans le grotesque et les incessantes invectives de ces femmes réclamant Platonov, homme défait, détruit, victime de lui-même jusque dans une fin apocalyptique et bouleversante.

Philippe Beer-Gabel
(juillet 2002)

http://www.festival-avignon.com

http://www.theatre-contemporain.net/tv/index.php3

http://www.denise-pelletier.qc.ca/fiches/auteurs/tchekhov.html

http://www.russie.net/litterature/tchekhov.htm