écrit et réalisé par Michel Piccoli
France 2001
durée 1h53
Sortie 12 décembre 2001


Semaine internationale de la Critique
Festival de Cannes 2001

avec Jerzy Radziwilowicz,
Dominique Blanc, Jade Fortineau.

 

Le second long métrage de Michel Piccoli est épais et pesant, et ce pour le meilleur et pour le pire.
Pour le pire c'est à dire un scénario sans grand intérêt : plusieurs personnages évoluent au sein d'un régime autoritaire et imaginaire post-communiste. La démocratie balbutiante n'a pas encore perdu ses mauvaises habitudes avec sa police secrète inquisitrice ou ses procédures administratives liberticides voire carrément meurtrières. A., personnage au passé aussi énigmatique que le K. de Kafka, est un ancien militant traqué pour d'obscures raisons qui cherche à rejoindre sa femme Sylvie partie en France.

En attendant, il se réfugie dans sa maison natale en bord de mer, accompagné de sa fille Joyce. Ce scénario relativement incompréhensible et galvaudé par le cinéma de Costa Gavras n'est que le prétexte à la naissance de personnages à la gravité accablante, prenant souvent « la pose » comme dirait Witold Gombrovicz (l'auteur de Ferdydurke), ou même singeant le jeu de Piccoli lui-même. C'est bien souvent agaçant et la première demi-heure est presque insupportable. Pour le meilleur : l'atmosphère pesante et épaisse du film insuffle peu à peu aux images une pâte singulière.
Et si les dialogues, le jeu des acteurs et la fiction restent plombées par le fantôme du réalisateur et ses idées narratives éculées, Piccoli et sa photographe Sabine Lancelin parviennent à créer un univers plastique surprenant. Un envoûtement progressive naît de rythmes picturaux rocailleux et telluriques, d'images filtrées de manière totalement irréelle (des cieux de charbon, des ocres foncés, des couleurs sombres en général), de séquences quasi muettes, d'inserts méditatifs et de plans trempés dans le mercure. Piccoli filme magnifiquement les scènes de plage et la mer, la maison de campagne, des visages émergeant de l'obscurité, des conversations téléphoniques entre A. et Sylvie telles des rêves en spirale.
Cet aspect plastique proprement étonnant sauve le film commencé sur un scénario catastrophe. L'envoûtement est tel que l'on vous invitera finalement à aller le découvrir.

Jean-Emmanuel Denave
(décembre 2001)

http://www.cinemas-de-recherche.org/films_soutenus/plage_propos.htm

http://www.cinemas-de-recherche.org/films_soutenus/plage.htm

http://www.liberation.com/cannes/critiques/20010512_plage.html