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Le second
long métrage de Michel Piccoli est épais et
pesant, et ce pour le meilleur et pour le pire.
Pour
le pire c'est à dire un scénario sans grand
intérêt : plusieurs personnages évoluent
au sein d'un régime autoritaire et imaginaire post-communiste.
La démocratie balbutiante n'a pas encore perdu ses
mauvaises habitudes avec sa police secrète inquisitrice
ou ses procédures administratives liberticides voire
carrément meurtrières. A., personnage au passé
aussi énigmatique que le K. de Kafka, est un ancien
militant traqué pour d'obscures raisons qui cherche
à rejoindre sa femme Sylvie partie en France.
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En
attendant, il se réfugie dans sa maison natale en bord
de mer, accompagné de sa fille Joyce. Ce scénario
relativement incompréhensible et galvaudé par
le cinéma de Costa Gavras n'est que le prétexte
à la naissance de personnages à la gravité
accablante, prenant souvent « la pose » comme dirait Witold
Gombrovicz (l'auteur de Ferdydurke), ou même singeant
le jeu de Piccoli lui-même. C'est bien souvent agaçant
et la première demi-heure est presque insupportable.
Pour le meilleur : l'atmosphère pesante et épaisse
du film insuffle peu à peu aux images une pâte
singulière. |
Et
si les dialogues, le jeu des acteurs et la fiction restent plombées
par le fantôme du réalisateur et ses idées
narratives éculées, Piccoli et sa photographe
Sabine Lancelin parviennent à créer un univers
plastique surprenant. Un envoûtement progressive naît
de rythmes picturaux rocailleux et telluriques, d'images filtrées
de manière totalement irréelle (des cieux de charbon,
des ocres foncés, des couleurs sombres en général),
de séquences quasi muettes, d'inserts méditatifs
et de plans trempés dans le mercure. Piccoli filme magnifiquement
les scènes de plage et la mer, la maison de campagne,
des visages émergeant de l'obscurité, des conversations
téléphoniques entre A. et Sylvie telles des rêves
en spirale.
Cet aspect plastique proprement étonnant sauve le film
commencé sur un scénario catastrophe. L'envoûtement
est tel que l'on vous invitera finalement à aller le
découvrir. |
Jean-Emmanuel
Denave
(décembre
2001)

http://www.cinemas-de-recherche.org/films_soutenus/plage_propos.htm
http://www.cinemas-de-recherche.org/films_soutenus/plage.htm
http://www.liberation.com/cannes/critiques/20010512_plage.html
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