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Est-il possible
d’écrire sur les guerres d’aujourd’hui,
qui plus est de mettre en scène leurs atrocités ?
Beaucoup répondront non, et ils auront raison. Le «
théâtre de la cruauté » n’est pas
une tentative de reproduction réaliste des noirceurs de l’humanité.
Comment donc faire en sorte que se manifestent théâtralement
la folie des meurtriers et la souffrance des innocents ?
Pietru Pizzuti
a choisi, à bon escient, de transgresser les conventions,
de renverser le système dramatique reposant sur les jeux
de l’illusion. Le protagoniste, nommé « l’auteure
», dialogue avec ses deux personnages, Nourit, représentante
des victimes, porteuse de vie, et Enfant-soldat, représentant
des bourreaux, porteur de mort, et victime lui aussi de ceux qui
l’ont conduit vers ce cauchemar. L’auteure les fait
parler, mais eux contestent le rôle qu’elle donne à
jouer et le rôle qu’elle joue («me vider pour
remplir ta page...»). «Je fais ce que je sais
faire», leur rétorque-t-elle, résistant
à la passivité à laquelle ils semblent vouloir
la réduire. Ce qu’elle sait faire, c’est utiliser
les mots, faire « parler la mémoire »,
écrire que « la haine est née avec le monde
», éventuellement « inventer ce qui
est vrai », c’est-à-dire trouver comment
proférer la vérité cachée. Finalement,
Nourit et Enfant-soldat – la vie et la mort – vont pouvoir
profiter du théâtre, de la scène bâtie
pour eux, donc dialoguer, l’auteure les ayant par la volonté
de sa dramaturgie mis en présence. Ils vont se connaître
comme humains, se reconnaître comme semblables et se dire
« l’amour du dernier des hommes qui pardonne à
son dernier prochain ».
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Avec
La résistante, brève
pièce en huit tableaux, Pietro Pizzuti, dramaturge,
comédien et metteur en scène belge d’origine
italienne, parvient à montrer ce qu’est le vrai
théâtre, qui sur l’absurde construit un
dialogue scénique percutant, porteur de « la
dernière espérance ».
Jean-Pierre
Longre
(octobre 2003)
Pietro
Pizzuti
(né à Rome en 1958) : Depuis
plus de vingt ans, il n'a cessé de jouer, de mettre
en scène, d'écrire pour le théâtre,
et de travailler activement sur tous les fronts entre la Belgique,
Paris et l'Italie, à la promotion des auteurs dramatiques
vivants.
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Jean-Pierre
Longre, enseignant en littérature du XXème siècle
à l'Université Jean Moulin Lyon 3, est l'auteur d'une
thèse sur Raymond
Queneau, de divers ouvrages ou articles sur des écrivains
contemporains et sur la comparaison des langages littéraire
et musical. Il a participé à l'édition
des romans de Queneau dans la " Pléiade ", et effectue
des recherches sur les littératures francophones (Roumanie,
Belgique, Québec).

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