La résistante
Lansman Editeur, Nocturnes Théâtre, 2003

Prix SACD-LANSMAN du Concours d’Auteurs de l’Union des Artistes 2002-2003 (Belgique)

 

 

Est-il possible d’écrire sur les guerres d’aujourd’hui, qui plus est de mettre en scène leurs atrocités ? Beaucoup répondront non, et ils auront raison. Le « théâtre de la cruauté » n’est pas une tentative de reproduction réaliste des noirceurs de l’humanité. Comment donc faire en sorte que se manifestent théâtralement la folie des meurtriers et la souffrance des innocents ?

Pietru Pizzuti a choisi, à bon escient, de transgresser les conventions, de renverser le système dramatique reposant sur les jeux de l’illusion. Le protagoniste, nommé « l’auteure », dialogue avec ses deux personnages, Nourit, représentante des victimes, porteuse de vie, et Enfant-soldat, représentant des bourreaux, porteur de mort, et victime lui aussi de ceux qui l’ont conduit vers ce cauchemar. L’auteure les fait parler, mais eux contestent le rôle qu’elle donne à jouer et le rôle qu’elle joue («me vider pour remplir ta page...»). «Je fais ce que je sais faire», leur rétorque-t-elle, résistant à la passivité à laquelle ils semblent vouloir la réduire. Ce qu’elle sait faire, c’est utiliser les mots, faire « parler la mémoire », écrire que « la haine est née avec le monde », éventuellement « inventer ce qui est vrai », c’est-à-dire trouver comment proférer la vérité cachée. Finalement, Nourit et Enfant-soldat – la vie et la mort – vont pouvoir profiter du théâtre, de la scène bâtie pour eux, donc dialoguer, l’auteure les ayant par la volonté de sa dramaturgie mis en présence. Ils vont se connaître comme humains, se reconnaître comme semblables et se dire « l’amour du dernier des hommes qui pardonne à son dernier prochain ».


Avec La résistante, brève pièce en huit tableaux, Pietro Pizzuti, dramaturge, comédien et metteur en scène belge d’origine italienne, parvient à montrer ce qu’est le vrai théâtre, qui sur l’absurde construit un dialogue scénique percutant, porteur de « la dernière espérance ».

Jean-Pierre Longre
(octobre 2003)

 

Pietro Pizzuti (né à Rome en 1958) : Depuis plus de vingt ans, il n'a cessé de jouer, de mettre en scène, d'écrire pour le théâtre, et de travailler activement sur tous les fronts entre la Belgique, Paris et l'Italie, à la promotion des auteurs dramatiques vivants.

Jean-Pierre Longre, enseignant en littérature du XXème siècle à l'Université Jean Moulin Lyon 3, est l'auteur d'une thèse sur Raymond Queneau, de divers ouvrages ou articles sur des écrivains contemporains et sur la comparaison des langages littéraire et musical. Il a participé à l'édition des romans de Queneau dans la " Pléiade ", et effectue des recherches sur les littératures francophones (Roumanie, Belgique, Québec).

 

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