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Les
rébellions dérisoires
Dans une chambre
miteuse, Ben et Gus attendent le signal habituel pour remplir leur
contrat : la routine… Sauf que, ce jour-là, un curieux
malaise traîne autour d’eux ; Gus s’inquiète,
Ben s’énerve – et un mystérieux monte-plats
se met en branle… Il y a dans cette pièce courte, à
deux personnages, tout le talent du dramaturge anglais Harold Pinter
(Prix Nobel 2005), qui, sous mine d’une simple conversation
entre collègues mal lunés, touche aux abîmes
psychologiques et sociales de la condition humaine : l’absurdité
de l’autorité, comme de l’obéissance,
l’art du malentendu, de la petite maladresse d’expression
qui vire au pugilat moral, la cruauté sociale, qui veut que
toujours le soumis soit dépossédé de lui-même,
les énigmes laconiques et le cynisme des hauts pouvoirs –
tout cela est subtilement véhiculé par les aléas
de la discussion, hachée, entre les deux personnages, et
par la bizarrerie de la situation : se passe-t-il réellement
quelque chose ? La stupidité, brute ou gentille, des deux
héros, finit par emporter le spectateur, pour malmener sa
tendance à ne pas questionner l’incompréhensible
; l’attente se peuple de tensions, d’incertitudes ridicules,
mais, dans un monde sans mode d’emploi, l’absence de
bon sens pourrait-elle être un atout ?
La mise en
scène resserrée de Kate McGatlin entoure ce huis clos
kafkaïen d’une ironie grinçante de légèreté,
puisant dans la naïveté des dessins animés comme
dans le solennel de certaines devises américaines (annuit
coeptis, novus ordo seclorum) pour embraser une condition humaine
tragiquement burlesque, candide à en mourir. L’ensemble
est porté par deux comédiens, Gilles Droulez (Ben)
et Gérard Dubuis (Gus), dans une communauté de jeu
– le réel flirtant avec le clownesque, le dialogue
dépassant les mots – rappelant les grands duos du théâtre
de Beckett, ou du cinéma de Jim Jarmush.
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Ainsi
Le Monte-Plats s’élève-t-il,
de bourrades professionnelles en silences misérables,
jusqu’à un mélange déconcertant
de contentement amusé et d’impatience tendue
: en croisant le cadrage univoque d’un théâtre
de l’absurde, à la Ionesco, et d’un théâtre
contemporain engagé, à la Edward Bond par exemple,
Harold Pinter s’inscrit dans un entre-deux d’une
remarquable finesse, qui ne manque pas de faire rire ni d’interloquer.
Nicolas
Cavaillès
(octobre
2006) |

http://www.haroldpinter.org/
Le Carré
30
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