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Le ton est donné
sans attendre : Un décor lugubre où s'entassent des
dossiers et des papiers jaunis ; sur la cheminée, un crâne.
Un homme, l'allure inquiétante, mi-gainsbourg mi-voyou, fait
son entrée au son d'un violon strident. Il se nomme Donowitz
et attend sa froide belle-soeur, Angelica, qui s'est enrichie en
reprenant l'entreprise familiale après les morts tragiques
de son mari et de son fils. Et Donowitz vient chercher sa part de
l'affaire. Jusqu'ici, rien de bien surprenant. Excepté le
fait que l'affaire en question, apparemment juteuse, repose sur
la vente macabre de concessions situées sur une ancienne
fosse commune, lieu d'exécution et d'inhumation de centaines
d'innocents durant la dernière guerre. Les descendants des
victimes sont donc invités (par la persuasive Angelica) à
acquérir une parcelle afin que leurs 'chers' disparus soient
honorés. C'est ainsi que Klima débarque à son
tour, prête à acquérir une concession mais aussi
bien déterminée à récupérer la
mâchoire de feu son père, exhumée par Tyrone,
l'enfant mort d'Angelica.
Nous sommes à Drau, une ville que l'on situe d'instinct quelque
part en Europe de l'Est, lieu imaginaire dans un temps indéterminé
qui évoque néanmoins d'autres lieux bien réels
où de semblables atrocités ou autres charniers ont
pu être découverts ... C'est dans ce lieu qu'évoluent
les protagonistes qui, en dépit des discordes et des joutes
verbales, incarnent tous trois convoitise, amoralisme et médiocrité
car leurs motivations sont identiques ; dans le même temps,
leur entêtement les rend par instants cocasses.
Tour à tour méfiants, accusateurs, muets, ils s'affrontent
autour de la mort et de l'argent ; Le discours est rapidement envahi
de corps calcinés, pillés, exécutés
et de transactions monétaires et d'explications comptables
qui semblent s'enrouler sur elles-mêmes et virer à
l'absurde. Car c'est bien d'argent qu'il s'agit : il dicte les conduites
et rythme l'enchaînement des scènes. Le jeu des trois
comédiens est précis, intense, et la diction, tout
particulièrement celle du comédien, est souvent scandée,
sporadique, faisant se dérouler des arguments tortueux en
phrases interminables et nerveuses qui s'éteignent dans un
souffle.
Un théâtre à l'atmosphère pesante extrêmement
bien rendue, qui dénonce subtilement comment l'argent peut
tarir toute vie de l'âme d'individus morts avant de l'être.
B.L.
Théâtre
Les Ateliers
5, rue du petit david
69002 Lyon
réservations : 04 78 37 46 30

Théâtre
Les Ateliers
http://www.theatrelesateliers.com/
La pièce
(site de la Comédie Française)
http://www.comedie-francaise.fr/saison/saison99_2000/pilgrim.htm
Une autre pièce : même auteur / même metteur
en scène
http://www.passion-theatre.asso.fr/spectacles/pagesspectacles/FICHE_1284.html
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