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D’aucuns,
parmi les gens de théâtre, affirment à qui veut
l’entendre qu’il n’y a plus aujourd’hui
de véritables dramaturges, plus de véritables textes
théâtraux, et qu’on est condamné aux reprises
ou aux adaptations. S’il n’en fallait qu’un pour
permettre de démentir ces propos, ce serait bien Jean-Marie
Piemme. Professeur à l’INAS (Institut National
Supérieur des Arts du Spectacle) de Bruxelles, il a écrit
depuis 1987 plus de 25 pièces, ainsi que plusieurs essais
sur le théâtre. Et l’abondance de la production
ne nuit pas à la qualité.
L’illusion
et Faim, soif, deux pièces publiées
en un seul volume, ont en commun de mettre en scène ce qui
est justement du ressort tout particulier du théâtre
: les rapports conflictuels ou harmonieux entre réalité
et illusion, entre veille et rêve ; et ainsi, tout en fondant
leur existence sur la fiction, de donner aux personnages qui les
peuplent l’épaisseur de l’humanité. «
Notre besoin d’illusion est ce que nous avons de plus
beau, il fait de nous des équilibristes, nous marchons sur
un fil à des centaines de mètres de hauteur, nous
frémissons dans la nuit, mais pas de peur, pas d’inquiétude,
nous frémissons de désir ! d’un tel désir
d’envol que même l’oiseau ne le connaît
pas. », dit l’un des personnages inventés/existants
de L’illusion.

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Mais
pour que les rêves se muent en volonté, pour
que l’illusion prenne corps, il faut y croire, contre
toute raison, selon l’image utilisée par Léa
dans Faim, soif : « Ce n’est pas
le soleil qui a fait fondre la cire des ailes d’Icare.
Le soleil ne fait pas des choses pareilles ! 1) Icare croit.
2) Icare cesse de croire. 3) Icare tombe. Tu vois le rapport
? Les oiseaux ne tombent jamais, parce que jamais tu ne verras
un oiseau cesser de croire qu’il vole ! ».
Léa, dans sa recherche d’une vraie vie, d’une
vie qui permettrait d’assouvir les désirs humains,
accomplit un travail de poète, proférant sur
la scène des mots qui créent un univers et son
envers, des univers et leurs envers ; les mots de Léa
et des autres, dans les deux pièces, donnent chair
aux personnages eux-mêmes, les faisant surgir vivants
de leur imagination ou de leur mémoire, les perdant
aussi : « J’aime infiniment fermer les yeux.
Je te devine avec tes joues de feu, immobile en personnage
d’une histoire qui attend un souffle pour s’animer
», dit Gloria à Julia dans L’illusion
(notons au passage cette prédilection pour des
prénoms féminins qui riment en « a »). |
Le monde ne
va pas comme on veut, mais il faut vouloir le faire aller. A la
fin du volume, « le taciturne » qui, comme le suggère
son nom, n’a pas dit grand-chose jusqu’à présent,
se lance dans une immense tirade dont l’une des dernières
phrases tire la conclusion des deux pièces : « L’homme
est fait pour les grandes utopies ». Rien de tel que
l’espace scénique pour figurer l’utopie.
Jean-Pierre
Longre
(juin 2003)
Jean-Pierre
Longre, enseignant en littérature du XXème siècle
à l'Université Jean Moulin Lyon 3, est l'auteur d'une
thèse sur Raymond
Queneau, de divers ouvrages ou articles sur des écrivains
contemporains et sur la comparaison des langages littéraire
et musical. Il a participé à l'édition
des romans de Queneau dans la " Pléiade ", et effectue
des recherches sur les littératures francophones (Roumanie,
Belgique, Québec).

du
même auteur : Les B@lges (Lansman,
2002)
http://www.lansman.org/
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