Phaenomen (I, II, II)
Erik L’Homme

Gallimard jeunesse, 2008

 

 


Quatre jeunes fantastiques (ou : aventures, pouvoirs, sandwiches et paranoïa)

Tandis que le premier volume sort en collection de poche, le troisième paraît en « grande » collection, clôturant la trilogie avec le titre En des lieux obscurs.
Le premier volume est plutôt réussi et l’on y retrouve quelques traits typiquement «Lhommiens» : un groupe d’enfants-héros, garçons et filles, qui mène l’enquête, un adulte repère, un soupçon de magie et de pouvoirs cachés, une touche d’esprit « club des cinq » qui fait alterner poursuites angoissantes et récit de goûters copieux ou examen de ce qu’il faut mettre dans le sac à dos.

Pour cette série, quelques trouvailles supplémentaires, et en premier lieu la belle idée qui consiste à prendre les héros dans une clinique pour enfants inadaptés et placés dans une institution par des parents dépassés. Les handicaps des enfants (obsessions et cauchemars de Violaine, rapport à l’espace décalé de Claire, vision colorée de Nicolas et hypermnésie d’Arthur) se transforment petit à petit en pouvoirs au moment où, face aux dangers, ils découvrent qu’ils peuvent les contrôler et y parviennent de mieux en mieux. Lorsque ce cap est franchi, on se retrouve dans une situation plus banale, celles des enfants-qui-ont-des-pouvoirs, un avatar des « quatre fantastiques ». Mais le temps entre les deux étapes, qui couvre le premier volume, n’en demeure pas moins intéressant et ces « pouvoirs » se manifestent de façon originale. Chaque chapitre commence avec un court monologue de l’un des personnages (un héros ou l’un de leurs poursuivants), ce qui permet d’accéder à des fragments de connaissance supplémentaires et parcellaires qui pimentent le récit en le complexifiant. Les mystères et les êtres ne se dévoilent que peu à peu.

Autre bonne idée, le choix du leader : une fille. En soi, cela n’a rien de très nouveau (le club des cinq encore) mais ici, la fille devient au fil des volumes de plus en plus meurtrière et inquiétante pour ses amis eux-mêmes, ce qui est bien loin cette fois d’Enid Blyton. On se rapproche alors de la fantaisie classique d’aujourd’hui (« le côté obscur de la force »…) en s’éloignant du roman policier. Passé le premier volume, l’ensemble se dégrade, tout en restant à un niveau convenable pour les amateurs d’aventures : aventures rocambolesques sans souci de cohérence réelle, mystères qui se résolvent miraculeusement, avions qu’on prend à toutes les pages et qui vont de continent en continent, etc. Le premier volume était plus sobre sur ce plan et proposait des atmosphères à la fois belles et crédibles.

Le plus gênant est l’arrière-plan donné à cette histoire à la fin du premier volume : on y retrouve les rumeurs révisionnistes sur l’alunissage d’Apollo qui n’aurait jamais eu lieu (mais cela se complique dans les tomes suivants, heureusement), les délires sur les secrets des Templiers qui se mêlent avec des histoires d’extraterrestres, une paranoïa générale. Tout cela finit par donner le tournis tout en éveillant idée que la seule vérité historique est détenue par des agences secrètes sans scrupules – américaines bien sûr.

Sur ce dernier point, une donnée intéressante est bien exploitée à travers les méthodes modernes utilisées par les poursuivants pour traquer les enfants : l’idée d’un monde sous contrôle. Celle-ci est totale et constante à travers les puces électroniques, les caméras de surveillance, ou les écoutes téléphoniques automatisées par mots-clefs. Voilà un cauchemar à la fois terrifiant et bien réel. Il n’était sans doute pas besoin d’en inventer beaucoup plus.

Anne-Marie Mercier-Faivre
(avril 2008 )

Anne-Marie Mercier-Faivre est professeure des Universités. Elle enseigne à l'IUFM de Lyon et à l'Université Lumière-Lyon 2.

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