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Quatre
jeunes fantastiques (ou : aventures, pouvoirs, sandwiches et paranoïa)
Tandis
que le premier volume sort en collection de poche, le troisième
paraît en « grande » collection, clôturant
la trilogie avec le titre En des lieux obscurs.
Le premier volume est plutôt réussi et l’on y
retrouve quelques traits typiquement «Lhommiens»
: un groupe d’enfants-héros, garçons et filles,
qui mène l’enquête, un adulte repère,
un soupçon de magie et de pouvoirs cachés, une touche
d’esprit « club des cinq » qui fait alterner poursuites
angoissantes et récit de goûters copieux ou examen
de ce qu’il faut mettre dans le sac à dos.
Pour
cette série, quelques trouvailles supplémentaires,
et en premier lieu la belle idée qui consiste à prendre
les héros dans une clinique pour enfants inadaptés
et placés dans une institution par des parents dépassés.
Les handicaps des enfants (obsessions et cauchemars de Violaine,
rapport à l’espace décalé de Claire,
vision colorée de Nicolas et hypermnésie d’Arthur)
se transforment petit à petit en pouvoirs au moment où,
face aux dangers, ils découvrent qu’ils peuvent les
contrôler et y parviennent de mieux en mieux. Lorsque ce cap
est franchi, on se retrouve dans une situation plus banale, celles
des enfants-qui-ont-des-pouvoirs, un avatar des « quatre fantastiques
». Mais le temps entre les deux étapes, qui couvre
le premier volume, n’en demeure pas moins intéressant
et ces « pouvoirs » se manifestent de façon originale.
Chaque chapitre commence avec un court monologue de l’un des
personnages (un héros ou l’un de leurs poursuivants),
ce qui permet d’accéder à des fragments de connaissance
supplémentaires et parcellaires qui pimentent le récit
en le complexifiant. Les mystères et les êtres ne se
dévoilent que peu à peu.
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Autre
bonne idée, le choix du leader : une fille. En soi,
cela n’a rien de très nouveau (le club des cinq
encore) mais ici, la fille devient au fil des volumes de plus
en plus meurtrière et inquiétante pour ses amis
eux-mêmes, ce qui est bien loin cette fois d’Enid
Blyton. On se rapproche alors de la fantaisie classique d’aujourd’hui
(« le côté obscur de la force »…)
en s’éloignant du roman policier. Passé
le premier volume, l’ensemble se dégrade, tout
en restant à un niveau convenable pour les amateurs
d’aventures : aventures rocambolesques sans souci de
cohérence réelle, mystères qui se résolvent
miraculeusement, avions qu’on prend à toutes
les pages et qui vont de continent en continent, etc. Le premier
volume était plus sobre sur ce plan et proposait des
atmosphères à la fois belles et crédibles. |
Le
plus gênant est l’arrière-plan donné à
cette histoire à la fin du premier volume : on y retrouve
les rumeurs révisionnistes sur l’alunissage d’Apollo
qui n’aurait jamais eu lieu (mais cela se complique dans les
tomes suivants, heureusement), les délires sur les secrets
des Templiers qui se mêlent avec des histoires d’extraterrestres,
une paranoïa générale. Tout cela finit par donner
le tournis tout en éveillant idée que la seule vérité
historique est détenue par des agences secrètes sans
scrupules – américaines bien sûr.
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Sur
ce dernier point, une donnée intéressante
est bien exploitée à travers les méthodes
modernes utilisées par les poursuivants pour traquer
les enfants : l’idée d’un monde sous
contrôle. Celle-ci est totale et constante à
travers les puces électroniques, les caméras
de surveillance, ou les écoutes téléphoniques
automatisées par mots-clefs. Voilà un cauchemar
à la fois terrifiant et bien réel. Il n’était
sans doute pas besoin d’en inventer beaucoup plus.
Anne-Marie
Mercier-Faivre
(avril
2008 )
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Anne-Marie
Mercier-Faivre
est
professeure des Universités. Elle enseigne à l'IUFM
de Lyon et à l'Université Lumière-Lyon 2.

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