Petit ogre veut un chien
Nathan, 2005

à partir de 6 ans

 

La "revanche" des enfants...

Petit ogre veut un chien, mais son père le dévore ; puis c’est le tour du lapin et du poisson… Petit ogre a beau pleurer, son père ne peut s’empêcher de manger les uns après les autres les animaux de son fils, dès que ce dernier part pour l’école… L'’enfant, qui a compris que son chien, son lapin et son poisson ne se sont pas envolés dans la nature, a une idée : il demande un éléphant de compagnie…
Petit ogre veut un chien rappelle un titre de la collection Les Belles histoires, Petit ogre veut aller à l’école : l’on trouve ici la même démarche d’apprentissage inversé, quand ce sont les enfants qui font, en quelque sorte, l’éducation de parents intellectuellement limités, incapables de résister à leur nature ou à leur pulsions – ou trop naïfs pour accéder par eux-mêmes à un savoir ou pour tirer des conclusions de leurs expériences… Motif récurrent dans les livres pour la jeunesse — comme dans Mon papa a peur des étrangers ( Rafik Schami et Ole Könnecke, La Joie de lire), où c’est l’enfant qui ouvre l’esprit de son père et l’aide à surmonter sa phobie de l'autre – mais c’est déjà le cas dans les contes où la démission, les agressions et les lâchetés parentales sont monnaie courante. La leçon à tirer ? Que ce serait aux enfants qu’il incomberait de trouver des solutions aux difficultés des adultes ? notions qui connaissent leurs dérives (dans la désacralisation de l'adulte et la croyance renouvelée en un angélisme enfantin - illusoire, chacun le sait...) C'est ainsi que le père de Petit ogre veut un chien est bien puni quand le «docteur des pompiers » lui coud la bouche – un moyen certes cruel mais nécessaire, pour le bien commun… Mais le père a beau n’être qu’un ogre – il reste un père et son image symbolique est particulièrement mise à mal ici – loin de la figure idéale, il est le loup qui avale tout rond les compagnons de son fils, engloutissant métaphoriquement les désirs et le bonheur du petit qui prend conscience de la pulsion maladive de son père…

Il reste que cet album plaît aux enfants et vaut le détour, ne serait-ce que pour les illustrations cocasses et colorées de Gaëtan Dorémus, que l’on connaît entre autres grâce à son Chien saucisse (Rouergue, 2002). A partir du récit d’Agnès de Lestrade, il a imaginé une famille ogre au teint d'un joli vert, aux larges dents espacées, un papa ogre dont les formes disproportionnées envahissent parfois la page, et surtout, de superbes cages prenant la forme des animaux qu’elles contiennent.

B. Longre
(mai 2005)

Blandine Longre, agrégée d’anglais, est l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse, au théâtre (texte et représentation) et aux relations qu’entretiennent fiction et réel.

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