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La
"revanche" des enfants...
Petit ogre veut
un chien, mais son père le dévore ; puis c’est
le tour du lapin et du poisson… Petit ogre a beau pleurer,
son père ne peut s’empêcher de manger les uns
après les autres les animaux de son fils, dès que
ce dernier part pour l’école… L'’enfant,
qui a compris que son chien, son lapin et son poisson ne se sont
pas envolés dans la nature, a une idée : il demande
un éléphant de compagnie…
Petit ogre veut un chien rappelle un titre
de la collection Les Belles histoires, Petit ogre veut aller
à l’école : l’on trouve ici la même
démarche d’apprentissage inversé, quand ce sont
les enfants qui font, en quelque sorte, l’éducation
de parents intellectuellement limités, incapables de résister
à leur nature ou à leur pulsions – ou trop naïfs
pour accéder par eux-mêmes à un savoir ou pour
tirer des conclusions de leurs expériences… Motif récurrent
dans les livres pour la jeunesse — comme dans Mon
papa a peur des étrangers (
Rafik Schami et Ole Könnecke, La Joie de lire),
où c’est l’enfant qui ouvre l’esprit de
son père et l’aide à surmonter sa phobie de
l'autre – mais c’est déjà le cas dans
les contes où la démission, les agressions et les
lâchetés parentales sont monnaie courante. La leçon
à tirer ? Que ce serait aux enfants qu’il incomberait
de trouver des solutions aux difficultés des adultes ? notions
qui connaissent leurs dérives (dans la désacralisation
de l'adulte et la croyance renouvelée en un angélisme
enfantin - illusoire, chacun le sait...) C'est ainsi que le
père de Petit ogre veut un chien
est bien puni quand le «docteur des pompiers »
lui coud la bouche – un moyen certes cruel mais nécessaire,
pour le bien commun… Mais le père a beau n’être
qu’un ogre – il reste un père et son image symbolique
est particulièrement mise à mal ici – loin de
la figure idéale, il est le loup qui avale tout rond les
compagnons de son fils, engloutissant métaphoriquement les
désirs et le bonheur du petit qui prend conscience de la
pulsion maladive de son père…
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Il
reste que cet album plaît aux enfants et vaut le détour,
ne serait-ce que pour les illustrations cocasses et colorées
de Gaëtan Dorémus, que l’on connaît
entre autres grâce à son Chien
saucisse (Rouergue, 2002). A partir du récit
d’Agnès de Lestrade, il a imaginé une
famille ogre au teint d'un joli vert, aux larges dents espacées,
un papa ogre dont les formes disproportionnées envahissent
parfois la page, et surtout, de superbes cages prenant la
forme des animaux qu’elles contiennent.
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B.
Longre
(mai 2005)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en
chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.

http://www.nathan.fr
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