|
Le duo Jo Hoestlandt
/ Nathalie Novi, à qui l'on doit aussi La
géante solitude, nous offre encore avec
cet album un livre débordant d’humanité. Un
mouchoir de ciel bleu dont il est question n’est autre
qu’un « petit bout de ciel » tombé
à terre par magie. Les nuages se chargant vite de masquer
son absence.
 |
Mais
que va t-il donc advenir à ce petit mouchoir bleu,
perdu, sur l’immensité de cette Terre ? Lui-même
ne le sait pas, jusqu’à ce qu’un homme
le voie et s’exclame «oh ! un petit mouchoir
bleu qui a perdu son chagrin !». Et voilà
notre bout de ciel parti à la recherche de son chagrin.
Non, le monde n’est pas gai, dessiné tout en
couleur sanguine par Nathalie Novi, les grands arbres sont
noirs et tristes, les hommes suivent leur ombre, immobiles,
tête basse.
Commence alors pour notre mouchoir un chemin initiatique sur
la route de la tristesse ; l’auteur nous dit «
Alors » en préambule de ce long périple,
comme une fatalité… Il ne trouve que chagrins
sur son chemin et il pense qu’il «ne faut
sans doute rien moins que tous les cieux pour consoler tant
de gens.»
|
Soudain, «
Il voit » le monde lui apparaître en couleurs,
noir comme la mort, les enterrements ; rouge comme le sang de la
guerre qui tue. Un magnifique champ rouge et vert s’offre
à nous à l’infini, avec un petit homme couché
sur le côté, une tâche rouge sur sa chemise blanche…
Evocation du Dormeur du val de Rimbaud et de l’univers
de Monet. Viennent ensuite le blanc immaculé de la maladie,
avec une fenêtre ouvrant sur un ciel bleu nuit, le gris du
désespoir où tout penche, même la vie, et le
rose de l’amour, contre lequel on ne peut rien, car il n’a
besoin de personne.
Mais la vie sourit « Enfin » au mouchoir de
ciel bleu, grâce à une petite fille sur un tourniquet,
tout droit sortie d’un tableau de Valloton. En pleurant, elle
ramasse le petit mouchoir et lui raconte sa peur : «Je
croyais tomber…ou peut être m’envoler, et alors
c’était à la fois tellement affreux et tellement
merveilleux… » Cette petite fille (qui n’est
pas sans rappeler le visage de La géante Solitude)
nous regarde avec des nuages de larmes plein les yeux, qui s’effaceront
bien vite. Le petit mouchoir pourra ainsi continuer son chemin.
Ce petit bout de ciel bleu a parcouru le monde, mais c’est
en enfance qu’il a pu soigner le chagrin car, dans ces yeux-là
« brillait aussi de la lumière. » ;
cette petite lumière que nous avons tous au fond de nous
et qui s’éteint parfois quand notre cœur est gonflé
de larmes.
Alors, petit ou grand, n’oublions pas de regarder quand le
ciel est bleu…
Cendrine
Genin
(décembre 2003)

http://www.editions-thierry-magnier.com/
http://www.ricochet-jeunes.org/auteur.asp?name=Hoestlandt&surname=Jo
http://www.ricochet-jeunes.org/illus.asp?name=Novi&surname=Nathalie
http://www.ac-versailles.fr/cedis/enligne/interbcd/009.htm
http://www.freinet.org/creactif/stsimon/johoestlandt.htm
|