Un mouchoir de ciel bleu
(T. Magnier, 2003)
A partir de 6 ans

 

Le duo Jo Hoestlandt / Nathalie Novi, à qui l'on doit aussi La géante solitude, nous offre encore avec cet album un livre débordant d’humanité. Un mouchoir de ciel bleu dont il est question n’est autre qu’un « petit bout de ciel » tombé à terre par magie. Les nuages se chargant vite de masquer son absence.

Mais que va t-il donc advenir à ce petit mouchoir bleu, perdu, sur l’immensité de cette Terre ? Lui-même ne le sait pas, jusqu’à ce qu’un homme le voie et s’exclame «oh ! un petit mouchoir bleu qui a perdu son chagrin !». Et voilà notre bout de ciel parti à la recherche de son chagrin. Non, le monde n’est pas gai, dessiné tout en couleur sanguine par Nathalie Novi, les grands arbres sont noirs et tristes, les hommes suivent leur ombre, immobiles, tête basse.
Commence alors pour notre mouchoir un chemin initiatique sur la route de la tristesse ; l’auteur nous dit « Alors » en préambule de ce long périple, comme une fatalité… Il ne trouve que chagrins sur son chemin et il pense qu’il «ne faut sans doute rien moins que tous les cieux pour consoler tant de gens.
»

Soudain, « Il voit » le monde lui apparaître en couleurs, noir comme la mort, les enterrements ; rouge comme le sang de la guerre qui tue. Un magnifique champ rouge et vert s’offre à nous à l’infini, avec un petit homme couché sur le côté, une tâche rouge sur sa chemise blanche… Evocation du Dormeur du val de Rimbaud et de l’univers de Monet. Viennent ensuite le blanc immaculé de la maladie, avec une fenêtre ouvrant sur un ciel bleu nuit, le gris du désespoir où tout penche, même la vie, et le rose de l’amour, contre lequel on ne peut rien, car il n’a besoin de personne.

Mais la vie sourit « Enfin » au mouchoir de ciel bleu, grâce à une petite fille sur un tourniquet, tout droit sortie d’un tableau de Valloton. En pleurant, elle ramasse le petit mouchoir et lui raconte sa peur : «Je croyais tomber…ou peut être m’envoler, et alors c’était à la fois tellement affreux et tellement merveilleux… » Cette petite fille (qui n’est pas sans rappeler le visage de La géante Solitude) nous regarde avec des nuages de larmes plein les yeux, qui s’effaceront bien vite. Le petit mouchoir pourra ainsi continuer son chemin.
Ce petit bout de ciel bleu a parcouru le monde, mais c’est en enfance qu’il a pu soigner le chagrin car, dans ces yeux-là « brillait aussi de la lumière. » ; cette petite lumière que nous avons tous au fond de nous et qui s’éteint parfois quand notre cœur est gonflé de larmes.
Alors, petit ou grand, n’oublions pas de regarder quand le ciel est bleu…

Cendrine Genin
(décembre 2003)

http://www.editions-thierry-magnier.com/

http://www.ricochet-jeunes.org/auteur.asp?name=Hoestlandt&surname=Jo

http://www.ricochet-jeunes.org/illus.asp?name=Novi&surname=Nathalie

http://www.ac-versailles.fr/cedis/enligne/interbcd/009.htm

http://www.freinet.org/creactif/stsimon/johoestlandt.htm