Les origines de l'homme
avant et après Lucy

Erick Seinandre

Larousse, 2004

 

Des origines de l'humain à son avenir, des savoirs et des questionnements incontournables.

Véritables guides anthropologiques, les deux dernières publications Larousse dans la collection des Petites Encyclopédies, sont des ouvrages de vulgarisation destinés au néophyte et à tous ceux qui s'interrogent sur leurs origines et leur passé, une manière de mieux se connaître : un éclairage essentiel si l'on veut apprendre à établir un lien entre mémoire, histoire et temps présents, à réconcilier similitude (de l'origine) et diversité (actuelle).

Les origines de l'homme, avant et après Lucy est signé Erick Seinandre (journaliste scientifique et auteur du Petit Atlas des Phénomènes Naturels, Larousse, 2003, avec Anne Debroise) qui a l'habitude d'adapter des données scientifiques complexes afin de les rendre accessibles au plus grand nombre - quand l'on part du généreux principe que la science en général se doit d'appartenir à tous et pas uniquement à quelques privilégiés à qui il aurait été donné les capacités à étudier l'humain (un matériau qui concerne bien chacun d'entre nous!).Un ouvrage qui, bien que tourné vers le passé, ouvre certainement de larges perspectives d'évolutions et d'ouvertures... loin du renouveau créationniste rétrograde qui frappe l'Amérique du Nord.
L'auteur s'appuie sur la découverte récente (1974), en Ethiopie actuelle, d'un squelette presque entier de bipède femelle, par Yves Coppens et Donald Johanson : surnommé Lucy en hommage à la chanson Lucy in the Sky with Diamonds des Beatles (un air que les membres de l'expédition appréciaient tout particulièrement !), cet Australopithecus afarensis "avait probablement une démarche chaloupée et trottinante, bien différente de la nôtre. Et il conservait une grande aptitude au grimper. Sa capacité crânienne est comparable à celle des grands singes." De nombreux traits (génétiques, physiologiques...) qui le rangent donc indiscutablement dans la catégorie des pré-humains. L'humanité s'est cependant emparée de l'image de cette nouvelle Eve primitive : on l'a souvent surnommée "notre grand-mère à tous", en commettant une erreur scientifique de taille que l'on est aujourd'hui en mesure d'expliquer : , "l'espèce à laquelle elle appartient n'est pas l'ancêtre de la nôtre", des données auxquelles Yves Coppens lui-même souscrit, pensant qu'il faut "chercher en amont de Lucy, vers 6 à 7 millions d'années, un pré-australopithèque qui aurait donné naissance à la fois aux australopithèques et au genre Homo." Et les dernières découvertes lui donnent raison ; par conséquent, Lucy est une cousine, éloignée de surcroît !

Cette inlassable quête des origines (dont Lucy n'est ainsi qu'un symbole), est parfaitement reconstruite au fil de ces pages fascinantes : un chapitre intitulé "L'origine des primates" (des premières formes de vie jusqu'au primates actuels, en passant par la "lente sortie des eaux", et les métamorphoses successives.) précède une exploration historique de l'évolution des grands singes (dont le gorille est l'un des derniers représentants), catégorie dont nous faisons partie ; l'occasion de constater un fait écologique inquiétant : "En dehors de l'homme, toutes les espèces de grands singes sont en voie de disparition. (...) A ce rythme, les grands singes non-humains peuvent avoir disparu de la planète d'ici à un siècle, nous privant non seulement de la présence d'animaux attachants et passionnants, mais également de sujets d'étude irremplaçables pour connaître les origines de l'homme."

Parallèlement, les analyses des codes génétiques nous renseignent aujourd'hui sur notre étonnante parenté avec les grands singes (gorille, chimpanzé et orang-outan) : "une similitude de 97.6 % entre l'ADN de l'orang-outan et celui de l'homme (...) 99% entre l'homme et le chimpanzé. (...) A titre de comparaison, le taux de similitude entre tous les humains actuels est de 99.9 %". Conclusion : nous avons bien un ancêtre commun (14 à 15 millions d'années), s'il était encore besoin de le prouver.
L'auteur nous entraîne ensuite dans l'univers australopithèque (des cousins), puis dans celui de l'Homo habilis (originaire d'Afrique), ancêtre de l'Homo erectus (en Asie) et de l'Homo heidelbergensis (en Europe). Des questions surviennent, tout aussi passionnantes, qui restent encore en suspens : quand est apparu le langage articulé ? Quand et comment la maîtrise du feu a-t-elle été vraiment acquise ? etc.

Un dernier chapitre décrit "L'aventure des hommes modernes", de Néandertal (qui n'était pas un Homo sapiens) à Cro-Magnon (une tout autre espèce), des migrations à la sédentarisation, de la naissance des arts au néolithique, véritable "révolution", tournant essentiel de notre histoire. L'excellent ouvrage d'Erick Seinandre s'achève sur une double page qui devrait mettre un terme à toute contestation (celle des héritiers, conscients ou non, des pseudo-sciences nées au XVIIIe et XIXe siècle, comme la phrénologie, qui ont propagé et propagent encore parfois la dangereuse notion de pluralité et de hiérarchisation raciales pour justifier main-mises impérialistes, économiques ou missionnaires...) : "Aux yeux du profane, les races humaines semblent une évidence. Pourtant, au regard de la science, le concept de race est totalement illusoire. Génétiquement parlant, l'homme actuel est l'espèce de primates la plus homogène. Toutes les populations humaines sont interfécondes (...) Et la pigmentation de la peau, la texture des cheveux, la forme du nez ou la taille corporelle ? Ce ne sont que des adaptations superficielles au milieu." A bon entendeur...

Même discours dans Les peuples premiers, des mémoires en danger de Jérôme Bimbenet, docteur en histoire, spécialiste en histoire des peuples.

Un ouvrage tout aussi pédagogique qui propose une découverte éclairée des populations en voie de disparition (les Yanomamis du Brésil) ou déjà disparus (entre autres les Caraïbes, les Arawaks ou les Fuégiens, victimes des contacts plus ou moins violents avec le colonialisme) et qui énumère les dangers qui menacent certaines populations à plus ou moins court terme (épidémies, malnutrition, catastrophes écologiques, conflits ethniques, etc.) tout en proposant quelques solutions de résistance, de survie et d'évolution.

L'auteur parle de ceux peuples "premiers" (que l'on nommait auparavant des "primitifs") avec respect et humanisme, portant sur eux un regard dégagé de tout ethnocentrisme : ils sont "la mémoire de l'humanité" et nous offrent "un lien privilégié avec notre passé".
Il s'interroge plus particulièrement sur la notion de "regard" et rappelle : "La science a démontré qu'il n'existe pas de races humaines, c'est-à-dire de subdivisions génétiques au sein de l'espèce humaine. (...) Les minimes différences observées concernent des éléments secondaires qui témoignent de processus d'adaptation à un milieu : couleur de la peau selon l'insolation, importance des globules rouges dans le sang selon l'altitude, immunisation par rapport à certains virus. Les métissages, les brassages des populations au cours des siècles ont conduit à une extrême diversité au sein de l'espèce humaine, au point que la seule chose que l'on puisse assurer est qu'il n'y a pas deux êtres humains semblables. Mais le regard porté sur soi et sur l'autre se résume souvent à accepter qui est proche et à rejeter qui est lointain."
CQFD : Ce qu'il fallait dire et démontrer !

B. Longre
(novembre 2004)

Blandine Longre, agrégée d’anglais, est l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse, au théâtre (texte et représentation) et aux relations qu’entretiennent fiction et réel.

dans la même collection (Larousse, 2004)
La population du monde
L'alimentation dans le monde
Le petit atlas des plantes cultivées
Le petit atlas des risques écologiques

http://www.larousse.fr

http://www.hominides.com/html/dossiers/yves_coppens.html

http://www.hominides.com/index.html