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La
Scène-Gerland
4 rue croix Barret
69007 Lyon
04 72 56 02 99
autres dates
22 janvier 2004 Espace Baudelaire, Rillieux (69)
23 janvier 2004 Centre Théo Argence, Saint-Priest (69)
Un
petit décalage
est tiré du texte de Birgit Vanderbeke Le Dîner
de moule, édité en 1995. C'est son premier succès,
et elle y traite des rapports de domination et de haine au sein
d'une famille d'apparence normale. Le titre de la pièce n'est
pas anodin, puisque la préparation d'un plat de moules pour
un dîner "spécial" en l'honneur du père,
est effectivement le point de départ. Magali Bonat,
la narratrice, seule sur scène, interprète la fille
de la famille, composée de quatre personnes.
La fille raconte
cette soirée passée à attendre le père,
afin de fêter sa promotion, pendant que la mère lave
et fait cuire les moules. "Je ne sais pas comment tout se
serait passé si nous avions pu manger à six heures,
tout à fait normalement. C'est d'ailleurs étonnant
ce que les gens peuvent faire quand quelque chose ne se déroule
pas normalement, un petit décalage par rapport à la
normale et tout est brusquement changé
".
Ce petit retard du père, d'habitude outrancièrement
ponctuel, déclenche une rébellion de la part des enfants
et de la mère, qui s'autorisent des peu à peu des
critiques, chose impensable d'habitude.
Les moules ne
sont pas un plat dont la mère " raffole " comme
elle se plaît à le répéter, ce qui est
déjà fortement annonciateur. Un reflet de leur vie,
finalement, qu'elle ne semble pas non plus avoir vraiment choisi.
Mais elle a le sens du sacrifice. Le thème du père
/persécuteur imprègne peu à peu la pièce.
Les propos de la mère, principale victime de ce tyran domestique,
sont rapportés fidèlement par la fille, tout comme
ceux du père, ce qui rend le monologue très vivant,
tenant compte des inflexions et du vocabulaire propre à chacun.
Cette attente du père débouche pour les deux enfants
et la femme sur un règlement de compte soigneusement orchestré,
qui va virer à la folie, une bouteille de vin aidant.
Ce dérèglement
des habitudes n'est que le déclencheur d'une crise sous-jacente,
qui menaçait d'exploser à tous moments. " Nous
nous sommes demandés pourquoi nous supportions tout ça
", s'interroge la fille. Sous-couvert de bons sentiments,
le père rabaisse constamment ses enfants, non-conformes à
ses aspirations de " famille-image d'Epinal ". Le mot
qui manque au vocabulaire de son père est " compréhension
" : issu d'un milieu modeste, il se veut le symbole de l'ascension
sociale, reniant ses origines, et voulant projeter l'image d'une
famille idéale, heureuse ; une femme coquette et dévouée,
une fille obéissante, un fils plein d'ambitions. Le compte-rendu
de la narratrice relate la tyrannie ordinaire d'un chef de famille
désirant ses proches tels qu'il les projette, pas tels qu'ils
sont. " La seule chose qui comptait dans cette famille était
de faire semblant d'être une vraie famille, telle que mon
père la voyait ", dit la narratrice.
Les critiques
envers le père vont crescendo, et sont souvent très
drôles, d'ailleurs le public rit beaucoup. Mais la pièce
revêt aussi des accents tragiques, abordant les thèmes
de la mort, de la soumission, de la censure. Elle dévoile
avec finesse les conséquences de la tyrannie patriarcale,
dans tout ce qu'elle a de sadique et de parfaitement invisible pour
les autres.
Seul le décor
et la mise en scène (de Laurent Vercelletto) pèchent
dans cette pièce. Ils sont en fait quasi inexistants : un
plateau orné d'un piano, d'un meuble et d'une lampe, entourés
de tissu, comme pour un déménagement. Pas de jeux
de lumières, juste de la musique, souvent incongrue et inutile,
et pas de jeu de scène : la comédienne est pratiquement
immobile pendant une heure et demie ! Sauf quand elle saute sur
le piano, ce qui provoque un effet de surprise, après tant
d'immobilisme !
Le spectateur se croit par moment dans un one-woman show très
enlevé, dans lequel nous emmène Magali Bonat, avec
talent et conviction. Elle est hélas desservie par la mise
en scène, qui la rend moins convaincante. Ce texte pourtant
si vif et plein d'humour, endort presque par moment, par manque
de mouvements
Quel dommage que si peu de moyens semblent avoir
été mis à disposition du texte, et l'on passe
à côté d'une pièce excellente. Un enregistrement
radio de la pièce existe (avec Magali Bonat pour la Radio
Suisse Romande en 2001) et l'on se dit que finalement, le support
s'y prête peut-être mieux, et qu'une lecture vivante
du texte suffirait
E.
Jullin
(décembre 2002)
Pièce
créée aux Théâtre des Ateliers, Lyon,
en novembre 2002
Théâtre
Les Ateliers
5, rue du petit david
69002 Lyon
réservations 04 78 37 46 30

pièces
mises en scène par Laurent Vercelletto
Cinéma Muet...
...s'obstinent, persévèrent,
s'enferrent
http://vercelletto.et.cie.free.fr/
Théâtre
Les Ateliers
http://www.theatrelesateliers-lyon.com
http://www.goethe.de/fr/bor/frilitv1.htm
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