13-18 janvier 2004
La Scène-Gerland, Lyon

d'après Le Dîner de moules
de Birgit Vanderbeke

(
traduit par Claire de Oliveira, éd. Stock, 1995)
Mise en scène Laurent Vercelletto

avec Magali Bonnat

 

La Scène-Gerland
4 rue croix Barret
69007 Lyon
04 72 56 02 99


autres dates

22 janvier 2004 Espace Baudelaire, Rillieux (69)
23 janvier 2004 Centre Théo Argence, Saint-Priest (69)

 

Un petit décalage est tiré du texte de Birgit Vanderbeke Le Dîner de moule, édité en 1995. C'est son premier succès, et elle y traite des rapports de domination et de haine au sein d'une famille d'apparence normale. Le titre de la pièce n'est pas anodin, puisque la préparation d'un plat de moules pour un dîner "spécial" en l'honneur du père, est effectivement le point de départ. Magali Bonat, la narratrice, seule sur scène, interprète la fille de la famille, composée de quatre personnes.

La fille raconte cette soirée passée à attendre le père, afin de fêter sa promotion, pendant que la mère lave et fait cuire les moules. "Je ne sais pas comment tout se serait passé si nous avions pu manger à six heures, tout à fait normalement. C'est d'ailleurs étonnant ce que les gens peuvent faire quand quelque chose ne se déroule pas normalement, un petit décalage par rapport à la normale et tout est brusquement changé… ". Ce petit retard du père, d'habitude outrancièrement ponctuel, déclenche une rébellion de la part des enfants et de la mère, qui s'autorisent des peu à peu des critiques, chose impensable d'habitude.

Les moules ne sont pas un plat dont la mère " raffole " comme elle se plaît à le répéter, ce qui est déjà fortement annonciateur. Un reflet de leur vie, finalement, qu'elle ne semble pas non plus avoir vraiment choisi. Mais elle a le sens du sacrifice. Le thème du père /persécuteur imprègne peu à peu la pièce. Les propos de la mère, principale victime de ce tyran domestique, sont rapportés fidèlement par la fille, tout comme ceux du père, ce qui rend le monologue très vivant, tenant compte des inflexions et du vocabulaire propre à chacun. Cette attente du père débouche pour les deux enfants et la femme sur un règlement de compte soigneusement orchestré, qui va virer à la folie, une bouteille de vin aidant.

Ce dérèglement des habitudes n'est que le déclencheur d'une crise sous-jacente, qui menaçait d'exploser à tous moments. " Nous nous sommes demandés pourquoi nous supportions tout ça ", s'interroge la fille. Sous-couvert de bons sentiments, le père rabaisse constamment ses enfants, non-conformes à ses aspirations de " famille-image d'Epinal ". Le mot qui manque au vocabulaire de son père est " compréhension " : issu d'un milieu modeste, il se veut le symbole de l'ascension sociale, reniant ses origines, et voulant projeter l'image d'une famille idéale, heureuse ; une femme coquette et dévouée, une fille obéissante, un fils plein d'ambitions. Le compte-rendu de la narratrice relate la tyrannie ordinaire d'un chef de famille désirant ses proches tels qu'il les projette, pas tels qu'ils sont. " La seule chose qui comptait dans cette famille était de faire semblant d'être une vraie famille, telle que mon père la voyait ", dit la narratrice.

Les critiques envers le père vont crescendo, et sont souvent très drôles, d'ailleurs le public rit beaucoup. Mais la pièce revêt aussi des accents tragiques, abordant les thèmes de la mort, de la soumission, de la censure. Elle dévoile avec finesse les conséquences de la tyrannie patriarcale, dans tout ce qu'elle a de sadique et de parfaitement invisible pour les autres.

Seul le décor et la mise en scène (de Laurent Vercelletto) pèchent dans cette pièce. Ils sont en fait quasi inexistants : un plateau orné d'un piano, d'un meuble et d'une lampe, entourés de tissu, comme pour un déménagement. Pas de jeux de lumières, juste de la musique, souvent incongrue et inutile, et pas de jeu de scène : la comédienne est pratiquement immobile pendant une heure et demie ! Sauf quand elle saute sur le piano, ce qui provoque un effet de surprise, après tant d'immobilisme !
Le spectateur se croit par moment dans un one-woman show très enlevé, dans lequel nous emmène Magali Bonat, avec talent et conviction. Elle est hélas desservie par la mise en scène, qui la rend moins convaincante. Ce texte pourtant si vif et plein d'humour, endort presque par moment, par manque de mouvements… Quel dommage que si peu de moyens semblent avoir été mis à disposition du texte, et l'on passe à côté d'une pièce excellente. Un enregistrement radio de la pièce existe (avec Magali Bonat pour la Radio Suisse Romande en 2001) et l'on se dit que finalement, le support s'y prête peut-être mieux, et qu'une lecture vivante du texte suffirait…

E. Jullin
(décembre 2002)

Pièce créée aux Théâtre des Ateliers, Lyon, en novembre 2002

Théâtre Les Ateliers
5, rue du petit david
69002 Lyon
réservations 04 78 37 46 30

pièces mises en scène par Laurent Vercelletto
Cinéma Muet...
...s'obstinent, persévèrent, s'enferrent

http://vercelletto.et.cie.free.fr/

Théâtre Les Ateliers
http://www.theatrelesateliers-lyon.com

http://www.goethe.de/fr/bor/frilitv1.htm