de Fernando Pessoa

mise en scène Hervé Pierre

avec Clotilde Mollet

du 13 au 16 mai 2002
TNP, Villeurbanne

 

du même auteur : Les poèmes d'Alvaro de Campos (C. Bourgois, 2001)

Le dispositif scénique est des plus dépouillés : une grande toile blanc cassé dressée oblitérant une scène qui ne sera pas utilisée, quelques planches jetées sur la fosse, une chaise au-dessus… Sur la chaise, vêtu d'une sorte de chasuble et une couronne de branchages sur la tête : un poète, un Christ sans dieu, un gardeur de troupeau, un enfant…? On ne sait exactement à qui Clotilde Mollet prête sa voix, comme il est difficile de savoir quel est le degré d'existence d'Alberto Cairo, l'un des nombreux "hétéronymes" de Fernando Pessoa. De lui, Pessoa disait qu'il était son "maître". Et il disait aussi : "Un jour de 1914, j'ai écrit une bonne trentaine de poèmes d'affilée, dans une sorte d'extase dont je ne saurais définir la nature. Ce fut le jour triomphal de ma vie, et je n'en connaîtrai jamais de semblable. Je débutai par un titre Le Gardeur de Troupeau et ce qui suivit fut l'apparition en moi de quelqu'un que j'ai d'emblée appelé Alberto Cairo".
La sobriété de la mise en scène, l'exiguïté de l'espace (une moitié seulement de la salle est utilisée), la voix blanche et les gestes lents de l'actrice donnent à la représentation un caractère intime et intense… Les mots s'égrènent de ses lèvres, filtrent peu à peu, s'insinuent, perlent à travers l'assistance. Tour à tour incrédule et ironique, Clotilde Mollet scrute son public, l'interroge du regard, le provoque doucement... pour l'entraîner avec elle. Tout comme Cairo regarde et interroge avec ironie les mots, les pensées, les croyances, les métaphysiques… Poète païen et matérialiste, digne héritier de Lucrèce, il tente, dans un geste paradoxal, de dire les choses et les sensations sans la gangue du langage. La réalité sans la conscience. La nature sans concept. La multiplicité des choses sans signification surajoutée.
C'est sur ce chemin menant à la palpation simple des choses qu'essaie de nous guider le gardeur de troupeau. Un chemin qu'indique la lumière du théâtre qui passe du public à l'actrice puis à la toile de fond qui elle-même se creuse à sa base. Avec sa voix, avec les mots du poète, Clotilde Mollet nous mène là où la conscience se dissipe pour se plier sur la surface des choses. Ce chemin est fait de mots mais en cours de route on les oublie, et l'on voit : les pierres, les arbres, les fleurs, l'enfant qui dévale le coteau de la colline.

Jean-Emmanuel Denave
(mai 2002)

TNP, Villeurbanne
04 78 03 30 00



TNP
http://www.tnp-villeurbanne.com

Fernando Pessoa
http://www.christianbourgois-editeur.fr/ficheauteur.asp?num=49

http://www.republique-des-lettres.com/p/pessoa.shtml

http://pintopc.home.cern.ch/pintopc/www/FPessoa/FPessoa.html

http://www.theatre-contemporain.net/spectacles/gardeur_de_troupeaux/

http://www.fernando-pessoa.com/

http://www.pum.umontreal.ca/theses/pilote/oddo/these.html