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Dans
un roman précédent, La chanson de Colombano,
traduit aussi par Patrick Vighetti et publié de même
par La fosse aux ours en 2002, Alessandro Perissinotto avait su
combiner intrigue policière et roman historique, en mettant
en scène un quadruple meurtre commis au XVIe siècle
dans les montagnes de Suse, meurtre dont fut accusé le tailleur
de pierres Colombano Romean. L’écrivain turinois récidive,
toujours brillamment, dans Train 8017,
avec des faits et des personnages d’une époque bien
plus récente, dans un contexte historique bien différent.
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sommes en 1946 (exactement entre le 13 juin et le 3 juillet),
c’est-à-dire peu après la Libération
de l’Italie, en une période qui mêle à
la joie d’une paix retrouvée les souvenirs difficiles
et les règlements de compte politiques. Adelmo Baudino
va mener une enquête toute personnelle et non officielle
sur des meurtres de cheminots liés, il s’en apercevra
rapidement, à une catastrophe ferroviaire qui a effectivement
eu lieu dans la nuit du 2 au 3 mars 1944 à Balvano
(province de Potenza). Cette enquête permettra à
Adelmo d’une part de renouer avec son passé d’inspecteur
de la police ferroviaire, en oubliant ses ennuis présents,
d’autre part de résoudre, avec l’aide de
son ami Berto, une énigme particulièrement ardue.
Plus profondément, et au-delà des dangers auxquels
il s’expose, c’est la haine des nazis et des fascistes,
une haine profondément ancrée en lui, qui le
guide : « Pour la première fois, il sentait
que son enquête n’était pas un simple jeu,
un pari sur son avenir : c’était un combat, une
guerre ; non, la guerre n’était pas terminée
». |

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Cette enquête
permet en outre au lecteur de voyager, dans le temps et dans l’espace
: selon un habile mélange de fiction et de réalité,
mieux connaître une période troublée dans laquelle
s’enchâsse l’évocation d’une autre
période troublée, dans un pays qu’en France
on classe trop rapidement, pour ce qui concerne les années
en question, dans une unique catégorie ; et mieux connaître
ce pays, où l’on voyage entre le Nord et le Sud, entre
Turin et Naples. Le plaisir n’est pas seulement lié
au récit historique et policier : il y a l’écriture,
les évocations pittoresques des régions traversées
(une vivante description de Naples par exemple), le rythme des énumérations
(dont certaines cependant connotent la mort violente), l’art
des dialogues et des monologues intérieurs… Il s’agit
donc bien de littérature, et nous devons savoir gré
à Patrick Vighetti, le traducteur, comme à l’éditeur
lyonnais La fosse aux ours, de faire connaître un écrivain
véritable, qui plus est un voisin.
Jean-Pierre
Longre
(mai 2004)
Jean-Pierre
Longre, enseignant en littérature du XXème siècle
à l'Université Jean Moulin Lyon 3, est l'auteur d'une
thèse sur Raymond
Queneau, de divers ouvrages ou articles sur des écrivains
contemporains et sur la comparaison des langages littéraire
et musical. Il a participé à l'édition
des romans de Queneau dans la " Pléiade ", et effectue
des recherches sur les littératures francophones (Roumanie,
Belgique, Québec).

http://www.gallimard.fr/
Le
Prix Rhône-Alpes du Livre 2002
avait été décerné à Patrick
Vighetti pour sa traduction de
La chanson de Colombano, d'Alessandro Perissinotto
(La Fosse aux ours, 2002)
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