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Une
ville « transnationale »
«
Le transnational, c’est ce qui excède le national,
le déborde », explique Michel Péraldi (qui
a coordonné cet ensemble « avec la complicité
de la revue Nejma
») ; et, poursuit-il, Tanger vit «dans un espace-temps
transnational euroméditerranéen ». Tout
ce dossier est en quelque sorte un développement et une illustration
de ces données introductives : Tanger est une ville à
la fois ouverte et fermée, si proche et en même temps
si lointaine – ce que symbolise la «Place des Fainéants
» (ou « Esplanade des Paresseux ») d’où
un multitude de regards immobiles clignent vers les côtes
d’Espagne, juste en face.
Comme de coutume,
ce numéro de La pensée de midi donne,
plus qu’un aperçu, une vision en profondeur de cette
cité complexe, entre Méditerranée et Atlantique,
entre Afrique et Europe, « grouillante Babel »
(Mohamed El Halim), « ville-seuil », «
ligne de brisure » et « ligne lumineuse
» (Abdelmajid Arrif), où « les rapports sociaux
qui s’y développent sont les indicateurs pertinents
de la transformation de la société marocaine
» (Carole Viché), même si les « nouveaux
cosmopolites » (espagnols, néerlandais, français,
marocains) qui la peuplent creusent « les écarts
culturels et moraux » (Michel Péraldi).
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Au
fil des textes, passent les silhouettes de célébrités
telles que Paul Bowles, Tennessee Williams, Truman Capote,
William Burroughs, celles des hippies des années 60,
des prostitués et des noctambules qui hantent encore
la « calle del Diabolo », celles des jeunes gens
qui se lancent le défi du passage vers l’Europe
; on dialogue avec Elena Prentice, peintre américaine
installée ici, on parcourt avec Mohcine la «
Casbah qui s’embourgeoise » et où
s’installe la « gentry » d’aujourd’hui
(Julien Le Tellier et Catherine Mattei) ; on découvre
l’histoire cinématographique de la ville (Simone
Schneider), et on mesure combien la notion de frontière
peut être fluctuante, combien la fermeture peut être
une terrible source de désespoir devant une mer «
morte » (Driss Knises). |
D’ailleurs
le « limes », nous dit Simon-Pierre Hamelin
dans un texte sensible et poétique, est pluriel : Tanger,
« univers dans un mouchoir de poche », est
traversée de frontières spatiales, temporelles, personnelles,
collectives, que l’on passe et repasse… Et pour inaugurer
le tout, S.-P. Hamelin, libraire et écrivain, éditeur
de la belle revue Nejma, propose des «
Contes tangérois » de Mohamed M’Rabet, «
récits doux, savoureux et cruels pour entrer à Tanger,
côté merveille ».
Ce numéro
de La pensée de midi est complété par les rubriques
habituelles. Dans son carnet, Hubert Nyssen consigne ses considérations
quotidiennes, littéraires, politiques (à l’époque
des élections présidentielles de 2007), avant les
pages critiques consacrées aux lectures, à la musique
(un « rap à Tanger » en harmonie avec
le dossier), les notes artistiques, culinaires, un débat,
un inédit… Une revue complète, dont l’essentiel
est bien ce « Tanger, ville frontière », qui
fait écho à des numéros antérieurs consacrés
à Alger, Palerme, Athènes, Beyrouth… À
suivre…
Jean-Pierre
Longre
(avril 2008)
Jean-Pierre
Longre enseigne la littérature contemporaine
à l’Université Jean Moulin Lyon 3. Auteur d’études
sur divers écrivains du XXe siècle, collaborateur
de revues, il a participé à la publication des romans
de Queneau dans la Bibliothèque
de la Pléiade, s’intéresse à la comparaison
des arts (littérature, musique,
peinture) et effectue des recherches sur les littératures
francophones (Roumanie et Belgique
en particulier). Derniers ouvrages parus : Raymond Queneau
en scènes (Presses Universitaires de Limoges,
2005) et Jean
Prévost aux avant-postes (Collectif,
avec William Marx, Les Impressions Nouvelles).

Présentation
numéro 13 (été 2004) : La
cuisine, un gai savoir
numéro 11 (Automne 2004) :
Athènes
http://www.lapenseedemidi.org
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