La pensée de midi n° 23
Tanger, ville frontière

Actes Sud, février 2008

 

 

 

Une ville « transnationale »

« Le transnational, c’est ce qui excède le national, le déborde », explique Michel Péraldi (qui a coordonné cet ensemble « avec la complicité de la revue Nejma ») ; et, poursuit-il, Tanger vit «dans un espace-temps transnational euroméditerranéen ». Tout ce dossier est en quelque sorte un développement et une illustration de ces données introductives : Tanger est une ville à la fois ouverte et fermée, si proche et en même temps si lointaine – ce que symbolise la «Place des Fainéants » (ou « Esplanade des Paresseux ») d’où un multitude de regards immobiles clignent vers les côtes d’Espagne, juste en face.

Comme de coutume, ce numéro de La pensée de midi donne, plus qu’un aperçu, une vision en profondeur de cette cité complexe, entre Méditerranée et Atlantique, entre Afrique et Europe, « grouillante Babel » (Mohamed El Halim), « ville-seuil », « ligne de brisure » et « ligne lumineuse » (Abdelmajid Arrif), où « les rapports sociaux qui s’y développent sont les indicateurs pertinents de la transformation de la société marocaine » (Carole Viché), même si les « nouveaux cosmopolites » (espagnols, néerlandais, français, marocains) qui la peuplent creusent « les écarts culturels et moraux » (Michel Péraldi).

Au fil des textes, passent les silhouettes de célébrités telles que Paul Bowles, Tennessee Williams, Truman Capote, William Burroughs, celles des hippies des années 60, des prostitués et des noctambules qui hantent encore la « calle del Diabolo », celles des jeunes gens qui se lancent le défi du passage vers l’Europe ; on dialogue avec Elena Prentice, peintre américaine installée ici, on parcourt avec Mohcine la « Casbah qui s’embourgeoise » et où s’installe la « gentry » d’aujourd’hui (Julien Le Tellier et Catherine Mattei) ; on découvre l’histoire cinématographique de la ville (Simone Schneider), et on mesure combien la notion de frontière peut être fluctuante, combien la fermeture peut être une terrible source de désespoir devant une mer « morte » (Driss Knises).

D’ailleurs le « limes », nous dit Simon-Pierre Hamelin dans un texte sensible et poétique, est pluriel : Tanger, « univers dans un mouchoir de poche », est traversée de frontières spatiales, temporelles, personnelles, collectives, que l’on passe et repasse… Et pour inaugurer le tout, S.-P. Hamelin, libraire et écrivain, éditeur de la belle revue Nejma, propose des « Contes tangérois » de Mohamed M’Rabet, « récits doux, savoureux et cruels pour entrer à Tanger, côté merveille ».

Ce numéro de La pensée de midi est complété par les rubriques habituelles. Dans son carnet, Hubert Nyssen consigne ses considérations quotidiennes, littéraires, politiques (à l’époque des élections présidentielles de 2007), avant les pages critiques consacrées aux lectures, à la musique (un « rap à Tanger » en harmonie avec le dossier), les notes artistiques, culinaires, un débat, un inédit… Une revue complète, dont l’essentiel est bien ce « Tanger, ville frontière », qui fait écho à des numéros antérieurs consacrés à Alger, Palerme, Athènes, Beyrouth… À suivre…

Jean-Pierre Longre
(avril 2008)

Jean-Pierre Longre enseigne la littérature contemporaine à l’Université Jean Moulin Lyon 3. Auteur d’études sur divers écrivains du XXe siècle, collaborateur de revues, il a participé à la publication des romans de Queneau dans la Bibliothèque de la Pléiade, s’intéresse à la comparaison des arts (littérature, musique, peinture) et effectue des recherches sur les littératures francophones (Roumanie et Belgique en particulier). Derniers ouvrages parus : Raymond Queneau en scènes (Presses Universitaires de Limoges, 2005) et Jean Prévost aux avant-postes (Collectif, avec William Marx, Les Impressions Nouvelles).

 

Présentation
numéro 13 (été 2004) : La cuisine, un gai savoir
numéro 11 (Automne 2004) : Athènes

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