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Un
Giro...
A côté des autoroutes de la rentrée littéraire,
il est bon quelquefois de vaquer sans destination dans certains
arrière-pays qui valent bien les récits balnéaires
en vogue (cf Houellebecq). En ces expéditions,
rien ne remplace un bon vélocipède. C'est ce que nous
proposent conjointement les éditions Desjonquères
et La fosse aux ours en publiant un rafraîchissant récit
de voyage. En octobre 1884, deux jeunes américains, Joseph
et Elizabeth Pennell, entreprennent de joindre Rome, depuis Florence.
Mode de locomotion : le vélocipède, c'est-à-dire
que l'âge heureux de la bicyclette n'étant pas encore
venu (caractérisé par la traction par chaîne),
ils chevauchent une sorte d'hybride curieux entre le tandem moderne,
le grand bi (traction directement sur le moyeu ) et le tricycle.
Ajoutez à cela l'état contemporain des ponts et chaussées
(ah, bonheur moderne des langues de bitumes infinies!), les multiples
jupes de madame et la persistance de la malaria dans la péninsule,
et vous comprendrez que ce projet anodin relève presque de
l'odyssée à une époque de tourisme balbutiant
et de cartographies douteuses. D'ailleurs, les amis du couple ne
les encouragent guère dans leur plans, non plus que les sceptiques
douaniers anglais. Mais, vous savez, ces ricains, quand ils ont
une idée tordue en tête...
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Elizabeth,
critique d'art et écrivain se charge pour nous de la
narration. Joseph, quant à lui, est artiste illustrateur,
l'éditeur nous apprend qu'il sera le premier artiste
étranger exposé à la galerie des offices
de Florence. Les quelques dessins de lui qui parsèment
le livre, sans être particulièrement éblouissants,
s'accordent en toute simplicité au pittoresque rural
décrit par Elizabeth : la grimace d'un moine au passage
de l'engin diabolique, une paysanne de Chiusure, un joueur
de flûte, et l'ordinaire insoupçonné d'une
Italie disparue se fait un peu palpable. La plume d'Elizabeth,
en outre, ne manque pas de sel et d'intérêt,
autant pour ses remarques avisées sur l'intérêt
du patrimoine culturel (la vilaine expression !) que pour
la relation des rencontres plus ou moins heureuses avec les
gens du cru : « Si les Ombriens autour d'Assise
étaient tous comme ça, saint François
avait été sage de se cacher dans les bois et
de se lier avec les animaux. » |
Le plus souvent,
en fait, les vélocipèdistes suscitent la curiosité
et l'admiration des autochtones (ainsi de ce paysan philosophe :
« vous avez un bon cheval [...] : il ne mange rien »!)
qui leur réservent un accueil chaleureux. Puis c'est surtout
de l'invariable optimisme des voyageurs que le livre tient sa légereté,
sa délicieuse ivresse, garantie sans EPO : « Nous
avancions toujours avec beaucoup d'ardeur et ressentions cette pure
joie de vivre qui, je pense, ne peut provenir que de bons exercices
en plein air et de rien d'autre. » La bicyclette adoucie
les moeurs : idéal pour retourner au bureau !
Jean-Baptiste
Monat
(août 2005)
Jean-Baptiste
Monat poursuit
des études de Lettres qui le mènent plus particulièrement
dans le domaine poétique français (il a travaillé,
entre autres, sur Armand Robin) et
déambule volontiers aux confins des genres littéraires,
vers certaines de leurs marges (la chanson notamment).

Lire
aussi
Vélo
! Toro !, Paris-Madrid à bicyclette 1893 d'Edouard de
Perrodil
Dessins d'Henri Farman
éditions le Pas d'Oiseau, 2006
http://perso.wanadoo.fr/pacemaker/index.html
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