L'Italie à Vélocipède
traduit de l'anglais par Matthieu Mas
Ed.Desjonquères/La fosse aux ours, 2005

 

 

Un Giro...


A côté des autoroutes de la rentrée littéraire, il est bon quelquefois de vaquer sans destination dans certains arrière-pays qui valent bien les récits balnéaires en vogue (cf Houellebecq). En ces expéditions, rien ne remplace un bon vélocipède. C'est ce que nous proposent conjointement les éditions Desjonquères et La fosse aux ours en publiant un rafraîchissant récit de voyage. En octobre 1884, deux jeunes américains, Joseph et Elizabeth Pennell, entreprennent de joindre Rome, depuis Florence. Mode de locomotion : le vélocipède, c'est-à-dire que l'âge heureux de la bicyclette n'étant pas encore venu (caractérisé par la traction par chaîne), ils chevauchent une sorte d'hybride curieux entre le tandem moderne, le grand bi (traction directement sur le moyeu ) et le tricycle.
Ajoutez à cela l'état contemporain des ponts et chaussées (ah, bonheur moderne des langues de bitumes infinies!), les multiples jupes de madame et la persistance de la malaria dans la péninsule, et vous comprendrez que ce projet anodin relève presque de l'odyssée à une époque de tourisme balbutiant et de cartographies douteuses. D'ailleurs, les amis du couple ne les encouragent guère dans leur plans, non plus que les sceptiques douaniers anglais. Mais, vous savez, ces ricains, quand ils ont une idée tordue en tête...


Elizabeth, critique d'art et écrivain se charge pour nous de la narration. Joseph, quant à lui, est artiste illustrateur, l'éditeur nous apprend qu'il sera le premier artiste étranger exposé à la galerie des offices de Florence. Les quelques dessins de lui qui parsèment le livre, sans être particulièrement éblouissants, s'accordent en toute simplicité au pittoresque rural décrit par Elizabeth : la grimace d'un moine au passage de l'engin diabolique, une paysanne de Chiusure, un joueur de flûte, et l'ordinaire insoupçonné d'une Italie disparue se fait un peu palpable. La plume d'Elizabeth, en outre, ne manque pas de sel et d'intérêt, autant pour ses remarques avisées sur l'intérêt du patrimoine culturel (la vilaine expression !) que pour la relation des rencontres plus ou moins heureuses avec les gens du cru : « Si les Ombriens autour d'Assise étaient tous comme ça, saint François avait été sage de se cacher dans les bois et de se lier avec les animaux. »

Le plus souvent, en fait, les vélocipèdistes suscitent la curiosité et l'admiration des autochtones (ainsi de ce paysan philosophe : « vous avez un bon cheval [...] : il ne mange rien »!) qui leur réservent un accueil chaleureux. Puis c'est surtout de l'invariable optimisme des voyageurs que le livre tient sa légereté, sa délicieuse ivresse, garantie sans EPO : « Nous avancions toujours avec beaucoup d'ardeur et ressentions cette pure joie de vivre qui, je pense, ne peut provenir que de bons exercices en plein air et de rien d'autre. » La bicyclette adoucie les moeurs : idéal pour retourner au bureau !

Jean-Baptiste Monat
(août 2005)

Jean-Baptiste Monat poursuit des études de Lettres qui le mènent plus particulièrement dans le domaine poétique français (il a travaillé, entre autres, sur Armand Robin) et déambule volontiers aux confins des genres littéraires, vers certaines de leurs marges (la chanson notamment).

 

Lire aussi
Vélo ! Toro !, Paris-Madrid à bicyclette 1893 d'Edouard de Perrodil
Dessins d'Henri Farman
éditions le Pas d'Oiseau, 2006

 

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