de Claude Debussy

du 29 février au 13 mars 2004
Opéra national de Lyon

Direction musicale Ed Spanjaard


Drame lyrique en cinq actes, 1902
Livret du compositeur d’après la pièce de Maurice Maeterlinck
En français

Opéra national de Lyon
place de la comédie
69001 Lyon
location 04 72 00 45 45

Mise en scène Peter Stein
Décors Karl-Ernst Herrmann
Réalisation des décors Ferdinand Wögerbauer
Costumes Moidele Bickel
Eclairages Yves Bernard

Chef des Choeurs Alan Woodbridge
Orchestre et Choeurs de l’Opéra de Lyon

avec
Tracey Welborn
Patricia Petibon
Paul Gay
Frode Olsen
Nadine Denize

La grâce et le doute

Le secret, le doute, sont au cœur de cet opéra. D’où vient Mélisande ? Nul ne sait. Comment la rencontre entre cette jeune fille éplorée, qui répète « ne me touchez pas », et le chasseur Golaud, égaré dans la forêt , mène-t-elle à ce mariage secret ? Quand, des mois plus tard, Golaud revient au château avec sa jeune épouse, « il n’en sait pas plus qu’au jour de leur rencontre ». Mais l’amour qui naît entre son jeune frère, Pelléas, et Mélisande le rend jaloux, espion, violent, au point qu’il le tue, ‘sans raison’ dit-il, ‘malgré moi’.

La mise en scène de Peter Stein, qui est une reprise d’une production plus ancienne, joue sur le noir et le blanc, le gris et l’argenté. Elle fait aujourd’hui figure de grand classique, avec ses suggestions géométriques : obliques de fond de scène, de l’escalier barrant l’espace, où est accueillie Mélisande à son arrivée au château, verticales du bois où s’est perdu Golaud, rondeurs des puits où elle perd son anneau, et Yniold sa balle d’or.
Les costumes s’accordent au décor et à ceux qui les portent. Chez Golaud, c’est une évocation tout en noir du guerrier médiéval, le vieil Arkel est en blanc, poudré par les ans. Pelléas a des tenues plus modernes, sans ostentation, qui soulignent sa jeunesse, sombres pour ses apparitions de jeune romantique, claire dans sa promenade de jeune homme qui s’éprend de Mélisande. Celle-ci porte des robes longues, intemporelles, blanches, bien sûr, ou doucement colorées.

Paul Gay (Golaud) domine la distribution, par sa prestance, sa présence scénique. Il rend toute la complexité du personnage, sa fascination pour Mélisande, mais aussi sa jalousie brutale, et ce désir morbide de savoir s’il s’est passé quelque chose entre elle et Pelléas. Une belle ligne de chant, alliée à une parfaite diction, en font le personnage central de l’opéra.
Patricia Petitbon (Mélisande) a la fraîcheur vocale et la fort jolie voix qui conviennent. Ce n’est pas une Mélisande éthérée, mais plutôt instable, marquée par l’effroi, souvent naïve, parfois un peu perverse. Tracey Welborn est un Pelléas jeune, innocent, un peu trop sans doute, au chant agréable, mais un peu pâle par rapport à Golaud. Arkel (Frode Olsen), malgré un beau timbre de basse, pèche par quelques faiblesses vocales dans les graves.
On peut regretter quelques maladresses : décor qui grince ou bruits de chute en coulisses, chevelure de Mélisande qui se déploie de façon un peu ridicule. Cependant on apprécie ce spectacle avec sa cohérence et sa fluidité.

L. Tourniaire
(mars 2004
)

l'Opéra de Lyon
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