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Haut vol : histoire d’amour est
un roman. C’est à dire un grand. Sans doute parce que
son auteur, Peter Carey, n’a rien formaté, qu’il
se permet toutes les folies, ne serait-ce qu’en nous épargnant
le récapitulatif des misères, la séquence (désormais
obligatoire dans nombre d’opus qui paraissent, du moins de
ce côté) faisons les courses au supermarché,
l’observation clinique d’un coït désenchanté,
l’examen post mortem d’un amour, la délectation
morose sur le temps qui passe et les rides qui affluent. Il zappe
la leçon de morale sous jacente à la scène
torride quand le roman est traduit de l’anglais, il ignore
les concepts tels que « petit monde germanopratin »
quand l’auteur est de par ici… soulignons que le thème
du livre est cependant l’hasbeenie. Un peintre démodé
ayant connu le succès nage désormais sur les bords
de la fraude et des passions.
Mais Peter Carey est australien et il s’en fout. Il s’assied
sur les clichés, s’autorise les images, vomit toute
forme de didactisme et ne nous prend pas pour des idiots puisque
(dieu ou diable ou tout ce qu’on voudra merci !) dans le roman
les points de vue changent, les narrateurs aussi, mais ce n’est
pas une raison pour les affubler d’une signalétique
précisant attention c’est Michael Boone qui parle,
le peintre déjanté alcoolisé et fou des «
verts sataniques », et là, careful ! C’est
Hugh son frère débile et néanmoins génial.
Un chapitre, un point, un autre chapitre et un autre point, et basta.
Et derrière
les frères et la trublionne aux cheveux paille, porteuse
d’un regard connaisseur de la valeur marchande, et bleu («
vous n’avez jamais vu un bleu pareil – des filaments
d’outremer, les bleus d’une opale, Seigneur, disposés
de façon à former un œil humain. »)
qui s’insinue dans leur duo pour leurs heurts et bonheurs,
c’est bien — même si l’histoire tourne autour
du tableau volé — c’est bien de l’immensité
du continent, brutal, troué de cataractes, « monstres
tumescents » qui noient les chiots, du gigantisme des
lofts et des toiles et des appétits de l’artiste qu’il
est question.
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De
sa quête inexplicable, et de cette formidable filouterie
du marché de l’art, qui, de Sydney à
Tokyo, de Manhattan à Paris (depuis Vincent, témoin-victime,
et Théo, frère-marchand) entraîne le
créateur dans un carrousel exténuant.
Et dans l’écriture à la fois débridée,
orchestrée et puissante de Peter Carey existe une
fraternité discrète avec Céline, Rabelais
et J.K. Toole. Au moins dans l’invention sans complexe,
le souffle, et les bijoux soudains enchâssés
dans une page vociférante : « Il était
en train de devenir cette créature des plus redoutées
– un vieux peintre amer dont les amis sont célèbres…
»
Aussi
dans la justesse hilarante, qui, dès la page 4, justifie
amplement l’enthousiasme que suscite le livre : «
je me montrai aussi docile qu’un vieux labrador pétant
tranquillement auprès du feu. »
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Jocelyne
Sauvard
(juin 2007)
Jocelyne
Sauvard est écrivain (romans, théâtre)
et journaliste. Elle anime aussi une émission littéraire
sur Idfm98, "Parlez-moi la vie". www.jocelynesauvard.fr

http://www.christianbourgois-editeur.fr
Littérature
anglophone
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