Whole wide world
Harper Collins, 2001
à paraître en français


Avant d'être un écrivain de science-fiction, Paul McAuley est un écrivain tout court. Son dernier roman prend diverses formes et peut s'interpréter de multiples façons (roman policier, thriller scientifique et informatique, quête existentialiste...) et bien que se déroulant à Londres en 2021 (ce qui n'est presque plus de la science-fiction, de nos jours), il nous plonge dans de dures réalités ; une anticipation modeste, la vision d'un monde dominé par l'Internet et les caméras de surveillance... rien de bien improbable !

Un inspecteur de police mis au placard depuis la dernière guerre informatique (Infowar) est soudain mêlé à un meurtre atroce et peu commun ; plusieurs personnes, via le web, ont assisté à cet assassinat en ligne et, obsédé par cette mort peu conforme, notre antihéros se met en chasse, sans hésiter à braver les ordres de différents départements de police. Non par bravoure ou héroïsme, non plus par sens du devoir... plutôt pour que cessent ses obsessions. Narrateur et personnage principal, il est un homme psychologiquement brisé et traîne avec lui un lourd secret depuis l'infowar, des événements qu'il ne parvient pas à oublier ; mais cela n'altère en rien sa détermination et son sens de l'humour; car c'est un ton ironique un peu tranchant qui se dégage de l'ensemble de l'ouvrage, et qui montre que personne n'est dupe : une ironie un peu amère qui vise tout aussi bien les gouvernements et les nouveaux puritains (la Grande-Bretagne est l'un des seuls pays à avoir opté en faveur de lois visant à sévèrement réprimer les abus sur le réseau mondial), des forces de police qui se battent entre elles pour un pouvoir bien éphémère, ou encore des multinationales qui détiennent les vrais pouvoirs car capables d'épier, grâce à la vidéosurveillance, les faits et gestes des citoyens (on pense à l'ouvrage de Reg Whitaker, The end of privacy).

Le suspense est là de bout en bout, le doute s'insinue de tous côtés, et certains passages font véritablement froid dans le dos ; mais plus que dans un simple thriller, on suit sans relâche les affres psychologiques d'un personnage qui n'a pas la prétention de "sauver" le monde, mais qui est pourtant l'un des seuls à le remettre en question, et, tout comme le titre, à s'interroger sur ce monde qui n'est plus le vaste monde d'autrefois ("wide world"), où il est maintenant impossible de se dissimuler, d'échapper aux regards et à la multitude d'informations qui circulent et envahissent nos esprits.

B. Longre
(décembre 2001)


du même auteur
La lumière des astres, J'ai lu , 2000
Sable rouge Flammarion, 2000
Féerie J'ai lu, 1999
Quatre cents milliards d'étoiles, J'ai lu, 1998
Les conjurés de Florence, Denoël, 1998

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