Dans
la grande tradition du thriller érudit, un roman nuancé
sur la guerre entre les genres...
Ce roman noir
ne possède certes pas l’envergure des mystères
signés Charles Palliser ou Ian Pears, mais l’enquête
menée est palpitante, ambiguë à souhait, et aucun
des personnages ne semble à l’abri de nos soupçons,
chacun paraissant dissimuler quelque effroyable secret.
Le récit suit plus particulièrement Larry, qui a découvert
dans sa propre maison le corps ensanglanté de son meilleur
ami Rob, un incorrigible coureur de jupons qu’un « ange
vengeur » semble avoir rattrapé, et Jo, une jeune femme
autonome, passionnée par les contes et les représentations
féminines à travers les âges, instigatrice d’un
club littéraire très restreint et, accessoirement,
amie de la veuve. Justement, le soir du meurtre, le club «des
femmes usées» (littéralement – constamment
victimes des hommes) était réuni, un heureux hasard
qui met à l’abri du soupçon les quatre participantes,
dont Jo et l’épouse de la victime. Quant à Larry,
pourtant très affecté par la mort violente de son
ami, son alibi laisse à désirer…
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Comme
pour multiplier notre plaisir de lecteur, l’auteur entremêle
astucieusement plusieurs thèmes, se concentrant en
particulier sur les tensions qui régissent les rapports
entre les sexes et les genres ; il dévoile une image
polymorphe de la femme, en construisant par petites touches
le portrait de divers personnages qui, sans être nécessairement
approfondis, n’en demeurent pas moins pertinents ; de
la mangeuse d’hommes à l’épouse
délaissée, cent fois trompée (et cependant
maîtresse de la situation), de la supposée victime
à la non moins supposée meurtrière, de
celle qui clame son indépendance à celle qui
réclame un soutien masculin, de la princesse à
la sorcière, de la fée à l’ensorceleuse…
Les hommes en sortent amoindris, victimes de leur peur souvent
inconsciente du féminin, inaptes à la vie en
couple ou tout simplement incapables de sortir d’une
enfance pourtant révolue, éternels adultescents
que le féminin fascine et rebute à la fois. |
C’est
ainsi que le meurtre de Rob le Don Juan se lira comme une version
moderne et inversée de l’une des théories qui
expliqueraient les actes de Jack l’éventreur (un phénomène
réel élevé au rang d’un mythe) via la
psychanalyse ; et qui ferait du Ripper (l'éventreur) un homme-enfant,
terrorisé par le féminin, n’ayant trouvé
d’autre échappatoire que le meurtre sauvage. Comme
pour confirmer cette thèse, on trouve, en toile de fond,
l’omniprésence d’une irremplaçable protagoniste
: Londres. A la fois celle du susnommé Jack et de l’énigmatique
Virginia Woolf, celle des docks rénovés et du quartier
de Whitechapel, une ville où les époques se confondent,
où les rôles se renversent, et où l’éventreur,
à force d’avoir trop lu Virginia Woolf, est peut-être
devenu éventreuse… Efficace et réjouissant.
Blandine
Longre
(juin 2005)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en
chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.

Bloomsbury
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