The used women’s book club
(Bloomsbury, 2004)

 

Dans la grande tradition du thriller érudit, un roman nuancé
sur la guerre entre les genres...

Ce roman noir ne possède certes pas l’envergure des mystères signés Charles Palliser ou Ian Pears, mais l’enquête menée est palpitante, ambiguë à souhait, et aucun des personnages ne semble à l’abri de nos soupçons, chacun paraissant dissimuler quelque effroyable secret.
Le récit suit plus particulièrement Larry, qui a découvert dans sa propre maison le corps ensanglanté de son meilleur ami Rob, un incorrigible coureur de jupons qu’un « ange vengeur » semble avoir rattrapé, et Jo, une jeune femme autonome, passionnée par les contes et les représentations féminines à travers les âges, instigatrice d’un club littéraire très restreint et, accessoirement, amie de la veuve. Justement, le soir du meurtre, le club «des femmes usées» (littéralement – constamment victimes des hommes) était réuni, un heureux hasard qui met à l’abri du soupçon les quatre participantes, dont Jo et l’épouse de la victime. Quant à Larry, pourtant très affecté par la mort violente de son ami, son alibi laisse à désirer…

Comme pour multiplier notre plaisir de lecteur, l’auteur entremêle astucieusement plusieurs thèmes, se concentrant en particulier sur les tensions qui régissent les rapports entre les sexes et les genres ; il dévoile une image polymorphe de la femme, en construisant par petites touches le portrait de divers personnages qui, sans être nécessairement approfondis, n’en demeurent pas moins pertinents ; de la mangeuse d’hommes à l’épouse délaissée, cent fois trompée (et cependant maîtresse de la situation), de la supposée victime à la non moins supposée meurtrière, de celle qui clame son indépendance à celle qui réclame un soutien masculin, de la princesse à la sorcière, de la fée à l’ensorceleuse… Les hommes en sortent amoindris, victimes de leur peur souvent inconsciente du féminin, inaptes à la vie en couple ou tout simplement incapables de sortir d’une enfance pourtant révolue, éternels adultescents que le féminin fascine et rebute à la fois.

C’est ainsi que le meurtre de Rob le Don Juan se lira comme une version moderne et inversée de l’une des théories qui expliqueraient les actes de Jack l’éventreur (un phénomène réel élevé au rang d’un mythe) via la psychanalyse ; et qui ferait du Ripper (l'éventreur) un homme-enfant, terrorisé par le féminin, n’ayant trouvé d’autre échappatoire que le meurtre sauvage. Comme pour confirmer cette thèse, on trouve, en toile de fond, l’omniprésence d’une irremplaçable protagoniste : Londres. A la fois celle du susnommé Jack et de l’énigmatique Virginia Woolf, celle des docks rénovés et du quartier de Whitechapel, une ville où les époques se confondent, où les rôles se renversent, et où l’éventreur, à force d’avoir trop lu Virginia Woolf, est peut-être devenu éventreuse… Efficace et réjouissant.

Blandine Longre
(juin 2005)

Blandine Longre, agrégée d’anglais, est l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse, au théâtre (texte et représentation) et aux relations qu’entretiennent fiction et réel.

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