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Alors
que sort sur les écrans français l'adaptation de Spider
(de David Cronenberg, avec Ralph Fiennes et Bradley Hall), Gallimard
publie la traduction du roman de Patrick McGrath.
Spider décevra
très certainement les amateurs de métamorphoses kafkaïennes
ou de terreurs fantasmagoriques... En vérité, ce roman
est terrifiant, mais pour de tout autres raisons : ce qui se métamorphose
réellement, c'est notre propre perception d'un être
humain qui, de bout en bout, demeure pourtant bien le même,
mais qui, au fil de son journal intime, se révèle
progressivement comme étant tout autre...
Dennis Cleg
est un diariste exceptionnel et inquiétant, qui confesse
dès le début les troubles psychologiques qui l'accablent
: "j'ai toujours trouvé étrange d'être
capable de me souvenir d'un incident survenu dans mon enfance avec
clarté et précision, et cependant, les événements
qui sont arrivés hier sont comme flous". D'emblée,
il fait aussi allusion à la tragédie qui a frappé
sa famille vingt ans auparavant, un drame que l'on découvre
peu à peu : des lambeaux de souvenirs livrés par la
conscience ravagée d'un homme dont les souffrances mentales
et physiques paraissent intolérables. Après vingt
ans passés au Canada, Dennis Cleg est de retour à
Londres ; il vivote dans une sinistre pension de famille située
dans l'East End, une maison dirigée par la terrible Mrs Wilkinson,
qui semble avoir sur lui une étrange emprise et qui lui rappelle
une autre femme, celle qui a détruit sa famille. "Spider"
(ainsi surnommé par sa mère dans son enfance, sans
doute pour son allure dégingandée) passe de longues
journées pluvieuses à observer la Tamise, à
se rouler de misérables cigarettes, à errer dans le
brouillard londonien, ne cessant de remettre au lendemain une visite
dans Kitchener Street, la rue de son enfance... Une époque
qu'il se remémore dans les moindres détails et qu'il
livre à son journal (qu'il dissimule sous le lino de sa chambre)
: sa mère, une femme frêle, douce et patiente ; son
père, un plombier accablé par la monotonie de son
existence, qui préférait passer ses soirées
au pub du coin et ses dimanches dans son petit jardin maraîcher
; un père qui fouettait régulièrement son fils
dans la cave, comme pour mieux exorciser sa médiocrité
; une chambre humide et glaciale où le petit Spider affronte
chaque nuit d'horribles cauchemars... Son père ne tarde pas
à trouver une maîtresse, Hilda, une forte tête,
qui fascine et répugne le jeune garçon tout à
la fois.
Peu à peu, d'autres souvenirs affluent à la surface
de sa mémoire (plutôt sélective) et un autre
lieu, celui de " l'exil ", est évoqué, puis
raconté dans le détail. Dans le même temps,
les souvenirs d'enfance se font plus rares, comme si Dennis Cleg
tentait de refouler certains faits. Ses obsessions se font plus
obstinées et ses fantômes intérieurs semblent
envahir progressivement l'espace qu'il occupe : chaque nuit, de
mystérieuses créatures organisent de drôles
de concerts dans le grenier situé au-dessus de sa chambre,
une insupportable odeur malfaisante le hante et son corps paraît
subir d'improbables transformations internes...
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Patrick
McGrath dresse un portrait psychologique étourdissant,
avec vue privilégiée sur l'intérieur
d'un esprit tourmenté et morcelé : c'est ce
procédé narratif qui donne toute sa force au
roman, tout en maintenant le lecteur dans une ambiguïté
et un malaise permanents. Seuls quelques indices disséminés
çà et là permettent de deviner une réalité
qui n'est pas celle du protagoniste, et d'imaginer une vérité
qui serait peut-être autre... Il est presque impossible
de démêler le vrai du faux, les faits des fantasmes,
quand on sait combien le narrateur semble incontrôlable
et peu fiable : mais là réside toute la puissance
de ce fascinant roman.
Blandine
Longre
(novembre 2002)
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L'Editeur
http://www.penguin.co.uk/
Gallimard
http://www.gallimard.fr
Le
film de David Cronenberg
http://www.spider-lefilm.com
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