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PARADIS
(un temps à déplier), avant tout ce sera du
TEMPS. Une œuvre totale sur le TEMPS. Infini. Total.
Et aussi parcellaire. On verra devant soi de l’écoulement
meuble. Du temps que l’on pourrait presque toucher avec
ses mains (jusqu’aux coudes et jusqu’à
enfoncer sa poitrine, son visage dedans) comme on entre dans
l’eau, de la neige ou du sable. Du temps comme matière
première et comme personnage principal. En s’adossant
sur le temps infini, on entre dans de nouvelles surfaces blanches
et orange où les mots à l’économie
tombent, lestés comme des cailloux au fond d’un
puits, multipliant les cercles. Les acteurs et les danseurs
que l’on voit dans ce cube de temps agissent, bougent,
dansent parfois, fabriquent des machines poétiques,
procèdent à des associations surprenantes d’objets,
produisent des déchets de corps et articulent un monde
où, fixes pour toujours dans ce temps suspendu, IL
LEUR DEVIENDRAIT POSSIBLE DE TOUT DIRE ET DE TOUT FAIRE :
peut-être alors le début de l’ENFER.
Pascal Rambert
paris, juin 2002
Grand
Théâtre
Du mercredi au samedi 20h30, mardi 19h30, dimanche 15h30
Théâtre
National de la Colline
15, rue malte-brun
75980 PARIS CEDEX 20
Tél location 01 44 62 52 52 |
diffusion
lumières Pierre Leblanc
guitare(s)
électrique(s) et composition Alexandre Meyer
prototypes laines Kate Moran
exécutés par Danielle Sarlabous
avec
Clémentine Baert, David Bobée, Nicolas
Granger, Gilles Groppo, Grégory Guilbert, Antonin Ménard,
Kate Moran, Cécile Musitelli, Sophie Sire, Vincent
Thomasset, Virginie Vaillant
production
Compagnie Side One Posthume Théâtre (pascal rambert),
Théâtre National de la Colline en co-production
avec Bonlieu, Scène nationale d’Annecy, Centre
dramatique national de Normandie – Comédie de
Caen, Le Cargo, Scène nationale de Grenoble
la
pièce en tournée
du
28 janvier au 5 février 2004
Caen,
Comédie de Caen - Centre Dramatique National de Normandie
du
19 au 20 mars 2004
Anvers, De Singel Theater
du
24 au 25 mars 2004
Annecy,
Bonlieu - Scène Nationale d'Annecy
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Il n’y
a plus rien
Insaisissable
Rambert… Génie œcuménique, fumiste hermétique,
il incarne incontestablement un sacré personnage. Le personnage.
Il n’y a personne d’autre dans les pièces de
Rambert que Rambert lui-même. Rambert et ses obsessions temporelles.
Rambert et ses amours. Rambert et ses voyages. Rimbaldien Rambert,
son paradis temps déplié, son temps concentré
servi par ses acteurs aux ego suintant jusque dans les murs, aux
ego avivés jusqu’à la moelle, il l’aura
assurément longuement fermenté. Chaotique, fragmentaire,
sa pièce, ou plutôt devrait-on dire sa "chambre"
en ce qui le concerne, élimine les mots du champ des possibles
pour se faire chant abstrait, pure incarnation de l’espace,
jeux de sons et de lumières, interrogations du regard, effleurements
des peaux et des divers matériaux présents sur la
scène.
Il n’y a rien d’autre à voir et à entendre
que Rambert et ses acteurs, la relation de Rambert à lui-même,
la relation des acteurs à Rambert, la relation masochiste
de Rambert à ses acteurs que l’on pourrait résumer
par le titre d’un film de Rainer Werner Fassbinder : "L’Amour
est plus froid que la mort". Mode, poseur, pute mais spirituel,
son théâtre n’a rien à dire mais tout
à exposer car ce qui se fait entendre dans les micros étoiles
filantes tombant du ciel à l’origine du caractère
froid et fascinant de son théâtre, n’a que peu
de consistance. Seul compte ici la matérialisation du temps
et de son écoulement ou plutôt de son lent effacement,
de son caractère malléable, désuet et reproductible
à l’infini : mortuaire. Vivre l’instant présent
tout en ayant conscience de sa relative durée. Oui et ici
en la matière c’est chacun pour soi mais en même
temps. Et pour tout le monde. De leur descente du public, de leur
déshabillage appliqué, de leur présence, arrogante
et violente, les acteurs ne font qu’incendier la salle, s’incendier
eux-mêmes, torches vivantes libérant les pulsions collectives.
Acteurs en chaleur, hystériques, l’écume aux
lèvres, prêts à agresser le voisin qui oserait
tirer la couverture trop à lui, ils sont les multiples bras
de Rambert himself. Plus que jamais matériaux, les acteurs
alors vidés d’eux-mêmes sont libres de se donner
à voir comme corps vibrant sur la scène, parties d’un
seul et même instrument.
Et pourtant malgré cette curieuse et quasi divine osmose,
Paradis (un temps à déplier)
n’a rien de paradisiaque. Lave en fusion en provenance d’un
volcan en pleine éruption, cette pièce, écho
lointain, très lointain de toutes formes de théâtre
"classique" abolissant tout ce qui existe sans pour autant
révolutionner quoi que ce soit, a un impact des plus troublants.
Et ce non pas à cause du concept fumeux "d’écriture
en temps réel" terme quelque peu excessif ou du
moins qui ne trouve pas ici son aboutissement, mais bien à
travers de ce qui se joue ici, l’expression des tensions lors
de la création, la synchronisation des mouvements chorégraphiques,
la fusion du chœur théâtral jusqu’à
la destruction du noyau en de multiples acteurs individuels et individualistes
qui ne délivrent paradoxalement qu’une seule et même
parole dans un temps évanescent. Encore que le paradoxe est
explicable puisque la pièce raconte, si tant est qu’elle
raconte quelque chose de racontable, le choix des acteurs pour Paradis,
l’éviction de certains comme dans n’importe quelle
émission de télé réalité…
Confus, torturé, le théâtre des origines de
Rambert est tribal, originel, pur, autant de caractéristiques
que l’on retrouve chez Philippe Garrel au cinéma. Protéiforme,
violent et organique, la dernière création de Rambert
n’a définitivement rien d’un paradis, paradis
à peine sous-tendu par les accords et arpèges répétitifs
du guitariste guest star habillé du plateau Alexandre Meyer,
mais bien au contraire n’est que descente en enfer, enfer
artificiel et onirique, réacteur d’avion en pleine
action.
Philippe
Beer-Gabel
(Janvier 2004)

http://www.colline.fr
du
même auteur
Le début de l'A (Les
solitaires intempestifs, 2001)
Race (Les solitaires intempestifs,
1997)
De
mes propres mains (Les
solitaires intempestifs, 1997)
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