De mes propres mains
(Les Solitaires Intempestifs, 1997)

 

Du même auteur
Paradis (Un temps à déplier) Théâtre de la Colline, janvier 2004
Le début de l'A (Les solitaires intempestifs, 2001)
Race (Les solitaires intempestifs, 1997)


La tête dans une main et un revolver dans l'autre, il tâche de comprendre ce qui en lui l'a poussé à être ce qu'il est devenu : un homme encore grandement affamé, mais néanmoins chassé du fastueux banquet de la vie.
Car on ne se tue pas repu, mais par excès d'appétit. Mais tout réclame de fouiller encore, de chercher toujours, non pas l'origine du mal, quoique, mais la chaîne inhumaine de ce "peu de choses", "ce ne sont que peu de choses, dit-il, mais mon cœur est serré", morbides grelots qui résonnent aux oreilles des hommes, répétant en cadence à ceux qui veulent l'entendre : tue-toi.
Il faut pousser plus avant, car à chaque instant de la quête peut aussi surgir des profondeurs un salut.
Ou pas.


Aventure passionnante que l'exploration de la constellation Rambert. De mes propres mains, pièce en six actes mais finalement divisée en deux parties, conte le fabuleux déclin d'un double de l'auteur. " Si mon cœur ", monologue où le cœur animal lui en fait baver jusqu'à la lie, où la conscience exerce une pression extraordinaire pour enfin se découvrir, pour décliner une identité assumée, constitue une ouverture lyrique à la hauteur de ce qui suit. Cette première partie, prologue du désastre ou épilogue d'une hypothétique résurrection, devrait se lire le long d'un quai de métro, que dis-je, devrais se lire, devrait être proférée plutôt pour mesurer l'exaltation de ces vers grandioses. Toute ponctuation est proscrite. La langue pratiquée ici est celle de Jon Fosse et de son Mélancholia I, celle qui torture Lars Hertervig, le peintre qui tuera tous les peintres qui ne savent pas peindre. Du moins la ressemblance est troublante. On y dénote le même aspect obsessif dans ces vers qui s'enlisent, se retournent, se dégagent, empruntent de nouvelles lignes de fuites avec de nouveaux personnages. Tout de guingois, rempli de l'ivresse de la haine, le personnage incarné en son temps par Charles Berling pénètre dans les couloirs de la pensée où palpitent des désirs contradictoires et désinvoltes.
Poème de longue haleine, De mes propres mains et l'œuvre de Pascal Rambert en général possèdent une oralité martiale. La parole décalque l'espace théâtral et découpe le cerveau pour y voir ce qui s'y trame. La force de cette prose suicidaire, poésie par delà les hommes et ses infractions, donnent à entendre toute la colère que d'être homme, d'aimer, de se voir chien à la merci de la belle, de constater froidement toute l'impuissance de sa petite condition. Rambert erre, moisit en pleine déréliction, joue avec pistolets et couteaux avant de plonger tête la première dans ce voyage intérieur.
La fulgurance de sa prose, conscience dévorante fardée du désir de jouissance, traduit à merveille ce que l'on nomme 'le mouvement d'écriture'. A la lecture de ses lignes, l'impression que la pensée est en avance sur l'écrit sonne comme une évidence. Les maux s'entrechoquent, les personnages apparaissent, disparaissent au gré des syncopes, changements de temps, d'histoires, sans jamais nuire à la réception, et non à la compréhension du texte, car il s'agit bien de réception physico-chimique plus que de compréhension. Parfois, le sentiment que Rambert creuse une fosse commune traverse l'esprit du lecteur. Ou bien, que la rage, la violence, l'intelligence de cette écriture est au service d'une cause inconnue. La pensée prend le dessus et dicte les mouvements du corps, de la main et de la plume.
Pascal Rambert est grand, un grand poète du XXIe siècle, un poète qu'il ne faut négliger sous aucun prétexte, pas même l'excuse de ne supporter ce lyrisme exacerbé où amour et mort flirtent avec indécence.

Philippe Beer-Gabel
(mai 2002)



Aux éditions Les Solitaires Intempestifs
Le début de l'A, 2001
Asservissement sexuel volontaire 2000
Récit de la préparation de Gilgamesh jusqu'à la première répétition en Avignon 2000
Long Island 1998
Race 1997
De mes propres mains 1997

Aux éditions Actes Sud
John et Mary suivi de Les dialogues 1992
Les parisiens 1989
Le réveil 1988

http://www.solitairesintempestifs.com/

http://www.theatre-contemporain.net/auteurs/rambert/pdgpr.htm

http://www.colline.fr/site/asservi1.htm

http://www.colline.fr/site/asservi2.htm

http://www.colline.fr/site/lexi5ram.htm