Le début de l'A
(Les solitaires intempestifs, 2001)

 

mis en scène par Julien Bouffiers

4-15 novembre 2003
Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines
Scène nationale
Tél. : 01 30 96 99 00
www.theatresqy.org

21-22 janvier 2004 : Théatre de L'Ephémère
8 pl Jacobins
72000 Le Mans
Tel. : 02 43 43 89 89

14-15 avril 2004 : au Théâtre d'Auxerre
54, rue Joubert
89000 Auxerre

avec Vanessa Liautey, Alex Selmane Dimoné (guitare, chant)

 

De bruit et de fureur

Texte de commande pour France culture, Le début de l'A rappelle à nos bons souvenirs le jouissif et jouissant Asservissement Sexuel Volontaire. Mise en scène l'année dernière au Théâtre de la colline, la pièce aux effluves révolutionnaires soulevait de nombreuses questions, et faisait l'objet de nombreux débats, les uns criant aux génies, les autres à l'arnaque. Quoi qu'il en soit, solitaire intempestif, Pascal Rambert l'est sans aucun doute, tançant l'écriture comme le toréador empoigne le taureau condamné : avec force et brio. Tranchante et sensitive, l'écriture Pascal Rambert fond sur sa proie pénétration ensoleillée. Extravaguant et fantasque, Le début de l'A, articulé autour d'une chanson kitsch et touchante, fonde une frasque amoureuse provoquant bruits et fracas.
Pascal le bien nommé Le Parisien à la flèche connaît bien son sujet. Il a fière allure, tire juste, atteint sa cible, connaissant bien la nature humaine. L'amour ainsi défini sous la forme d'un contrat pourrait se voir défiguré. Il en est tout autre. Rambert le transfigure. Rare sont les livres à toucher de si près à l'essence n de l'amour, à ces riens, ces moments d'attentes, ces jouissances à la va-vite, ces jeux d'enfants, tellement enfantin : larmoyant. Le destin convoque ici deux êtres de chairs et de sang, La contactée / Le contactant qui, séparés par des kilomètres d'océan, éprouvent les affres de l'amour à distance. Paris / New York, quelques épisodes de chairs et de sangs dans les toilettes, chambres d'hôtels et autres sièges en cuirs de voitures de sport. Les mots passent d'une bouche à l'autre, quelques pensées de chairs et de sangs, quelques actes fondateurs, tendent à l'atemporel. Que l'on veuille faire procès de la flagornerie avec laquelle Rambert use des formes narratives et abuse de la figure, soit, mais nul ne peut nier son talent quant à la restitution de la sensation amoureuse, à son sens de la métaphore, du romanesque dans des images éculées voir dans le cliché.
Non seulement l'urgence amoureuse est présente, la folie et l'ampleur de son action palpable, mais Rambert touche à un point nébuleux du théâtre que l'on ne peut s'empêcher de citer :

Le Parisien à la flèche
" […] la foule crie nous voulons de l'amour du désir une scène pénible nous voulons des corps suppliciés des jambes à perte de vue de la perte enfouie dans des poitrines de fleurs nous voulons un schéma de vie maintenue dans un désir qui se maintiendrait droit nous voulons des tiges des choses qui montent vers le haut des conques salines nous voulons toucher et manger nous voulons boire pleurer jouir nous voulons le début de l'amour tous les jours à Prague à Paris à New York nous voulons tout changer dit la foule devant le corps exposé de sa contactée sur le balcon de la chambre 24
Dans la chaleur de mes bras oui"

Ce qu'exprime Le Parisien à la flèche, Pascal Rambert l'offre. Ce que le public exige, il le donne. La fusion de cette passion amoureuse tissant un lien invisible dans les glaces de sex-shop, les allées d'aéroport, dans les taxis connaît un tour nouveau, inévitable et fait théâtre. L'amour se confronte à l'exercice de la mort après un violent accident de voiture tandis que le couple remonte vers la capitale. Unité indestructible, les amants poursuivent leur idylle par delà la mort. Candeur, éloquence, glamour outrancier, Pascal Rambert séduit, séduit encore, séduit toujours, crash en point de mire. On fait un signe de la main en guise d'adieu en espérant rapidement une mise en scène de ce très beau texte qu'il serait dommage de bouder pour quelques questions éthiques.

Philippe Beer-Gabel
(janvier 2002)

du même auteur
Paradis (Un temps à déplier) Théâtre de la Colline, janvier 2004

Aux éditions Les Solitaires Intempestifs
Asservissement sexuel volontaire 2000
Récit de la préparation de Gilgamesh jusqu'à la première répétition en Avignon 2000
Long Island 1998
Race 1997
De mes propres mains 1997

Aux éditions Actes Sud
John et Mary suivi de Les dialogues 1992
Les parisiens 1989
Le réveil 1988

http://www.solitairesintempestifs.com/

http://www.theatre-contemporain.net/auteurs/rambert/pdgpr.htm

http://www.colline.fr/site/asservi1.htm

http://www.colline.fr/site/asservi2.htm

http://www.colline.fr/site/lexi5ram.htm