La Relation parodique
Daniel Sangsue

Corti (Les essais), 2007

 


Daniel Sangsue présente ici un ouvrage qui rassemble les travaux qu’il avait publiés auparavant sur ce sujet, en les actualisant. La première partie, théorique, a été écrite à partir de son essai publié sur le sujet chez Hachette en 1994, aujourd’hui épuisé. La deuxième reprend différentes études réalisées pour des communications et publications jusqu’ici dispersées.

A travers ce titre, présenté par l’auteur dans son avant-propos comme déjà parodique, puisqu’il reprend celui de Jean Starobinsky dans la Relation critique, Daniel Sangsue montre toute la complexité de son objet. La parodie est extrêmement difficile à définir, puisqu’elle dépend de la lecture qu’en fait le lecteur qui percevra (ou non) le lien que le texte entretient avec un autre et la nature de ce lien. Elle est aussi difficile à situer car l’Histoire littéraire lui assigne une place variable selon qu’on la considère comme texte mineur, fantaisie, ou comme un acteur essentiel pour le renouvellement des genres. Enfin, le terme même de « parodie » a des sens fluctuants. Pour explorer ce continent, souvent abordé mais auquel manque toujours une théorie qui fasse consensus, Daniel Sangsue procède en suivant plusieurs approches.
Une partie théorique se penche sur l’histoire littéraire et remonte à Aristote pour montrer que la fameuse case vide de son système pourrait bien être la parodie (puisque la comédie reprend la tragédie dans le genre bas, l’épopée aurait pu l’avoir comme doublon symétrique – place que l’on accorde habituellement au roman). Passant par les seizième et dix-septième siècles, durant lesquels l’imitation et la réécriture de textes célèbres est une pratique courante et fort bien acceptée, laissant de côté le 18e qu’on retrouvera plus tard, mais peu, avec Sterne, l’auteur voit un véritable tournant dans le dix-neuvième siècle, lorsque la parodie devient proche de la satire et de la caricature, provoquant la gène de critiques comme Lanson. Les pages consacrées au vingtième siècle montrent à travers les formalistes russes, Bakhtine, Genette, Margaret Rose, Michele Hannoosh, Linda Hutcheon, et le groupe de recherches canadien de Queen’s University, l’intérêt nouveau pour cette forme d’écrit et sa réception.
Après cet historique de l’intérêt porté à la parodie par la critique et les théories de la littérature, Daniel Sangsue propose d’en esquisser une poétique, à travers une définition qui élargisse le champ de ce que d’autres poéticiens comme Genette ont limité à l’excès : la parodie est ici présentée comme « la transformation ludique, comique ou satirique d’un texte singulier ». Qu’elle soit un hommage rendu au texte source, ou une critique de ses excès (ou les deux à la fois), la parodie joue différents jeux.
La deuxième partie de l’ouvrage présente des études de textes ou de dispositifs parodiques : la fonction des seuils (très intéressante et fondamentale, qui aurait pu prendre place en première partie pour développer davantage la question de la réception), les préfaces, l’incongruité, l’humour noir,… ou les avatars de Joseph Delorme, des récits de voyage (17e-19e siècles), de la veine médiévale, etc.
Autant d’éclairages sur des textes souvent mineurs (leur appartenance au 19e siècle pour la plupart contraint à ces choix) qui permettent d’illustrer certaines des réponses proposées par l’ouvrage à la question de la place et de l’importance de la parodie dans la littérature.

Anne-Marie Mercier
(avril 2008 )

Anne-Marie Mercier est professeure des Universités. Elle enseigne à l'IUFM de Lyon et à l'Université Lumière-Lyon 2.

 

http://www.jose-corti.fr/

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