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Daniel
Sangsue présente ici un ouvrage qui rassemble les travaux
qu’il avait publiés auparavant sur ce sujet, en les
actualisant. La première partie, théorique, a été
écrite à partir de son essai publié sur le
sujet chez Hachette en 1994, aujourd’hui épuisé.
La deuxième reprend différentes études réalisées
pour des communications et publications jusqu’ici dispersées.
A travers ce
titre, présenté par l’auteur dans son avant-propos
comme déjà parodique, puisqu’il reprend celui
de Jean Starobinsky dans la Relation critique, Daniel Sangsue
montre toute la complexité de son objet. La parodie est extrêmement
difficile à définir, puisqu’elle dépend
de la lecture qu’en fait le lecteur qui percevra (ou non)
le lien que le texte entretient avec un autre et la nature de ce
lien. Elle est aussi difficile à situer car l’Histoire
littéraire lui assigne une place variable selon qu’on
la considère comme texte mineur, fantaisie, ou comme un acteur
essentiel pour le renouvellement des genres. Enfin, le terme même
de « parodie » a des sens fluctuants. Pour explorer
ce continent, souvent abordé mais auquel manque toujours
une théorie qui fasse consensus, Daniel Sangsue procède
en suivant plusieurs approches.
Une partie théorique se penche sur l’histoire littéraire
et remonte à Aristote pour montrer que la fameuse case vide
de son système pourrait bien être la parodie (puisque
la comédie reprend la tragédie dans le genre bas,
l’épopée aurait pu l’avoir comme doublon
symétrique – place que l’on accorde habituellement
au roman). Passant par les seizième et dix-septième
siècles, durant lesquels l’imitation et la réécriture
de textes célèbres est une pratique courante et fort
bien acceptée, laissant de côté le 18e qu’on
retrouvera plus tard, mais peu, avec Sterne, l’auteur voit
un véritable tournant dans le dix-neuvième siècle,
lorsque la parodie devient proche de la satire et de la caricature,
provoquant la gène de critiques comme Lanson. Les pages consacrées
au vingtième siècle montrent à travers les
formalistes russes, Bakhtine, Genette, Margaret Rose, Michele Hannoosh,
Linda Hutcheon, et le groupe de recherches canadien de Queen’s
University, l’intérêt nouveau pour cette forme
d’écrit et sa réception.
Après cet historique de l’intérêt porté
à la parodie par la critique et les théories de la
littérature, Daniel Sangsue propose d’en esquisser
une poétique, à travers une définition qui
élargisse le champ de ce que d’autres poéticiens
comme Genette ont limité à l’excès :
la parodie est ici présentée comme « la transformation
ludique, comique ou satirique d’un texte singulier ».
Qu’elle soit un hommage rendu au texte source, ou une critique
de ses excès (ou les deux à la fois), la parodie joue
différents jeux.
La deuxième partie de l’ouvrage présente des
études de textes ou de dispositifs parodiques : la fonction
des seuils (très intéressante et fondamentale, qui
aurait pu prendre place en première partie pour développer
davantage la question de la réception), les préfaces,
l’incongruité, l’humour noir,… ou les avatars
de Joseph Delorme, des récits de voyage (17e-19e siècles),
de la veine médiévale, etc.
Autant d’éclairages sur des textes souvent mineurs
(leur appartenance au 19e siècle pour la plupart contraint
à ces choix) qui permettent d’illustrer certaines des
réponses proposées par l’ouvrage à la
question de la place et de l’importance de la parodie dans
la littérature.
Anne-Marie
Mercier
(avril 2008 )
Anne-Marie
Mercier est
professeure des Universités. Elle enseigne à l'IUFM
de Lyon et à l'Université Lumière-Lyon 2.

http://www.jose-corti.fr/
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