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Les
papillons blancs est une pièce engagée humanitairement
; politiquement, pas vraiment : la politique, qui a décidé
de la guerre, semble en effet bien loin de ce camp de réfugiés
qui se sont abrités de l'autre côté de la montagne,
dans un pré. ils y sont depuis trois mois et l'inaction est
propice à l'échange de souvenirs douloureux - quoique
la plupart d'entre eux s'exilent dans un silence obstiné
- mais surtout à une errance des esprits dont certains sont
menacés de démence, à force de répéter
les mêmes mots et de ressasser les mêmes pensées
: chacun cherche à échapper à la folie qui
rôde tout en se réfugiant (de nouveau ...) dans un
rôle qui les rassure : Le jeune homme ne quitte plus sa kalachnikov
et s'est enfermé dans le personnage d'un guerrier patriote,
incarnant ainsi un nationalisme obsessionnel et destructeur. De
même, le vieil homme, plutôt que d'affronter la situation
avec réalisme, préfère s'exiler dans un mea
culpa irritant, s'accusant d'être responsable de la guerre.
La femme, elle, hantée par un choix terrible qu'elle a dû
faire, est proche du gouffre et se réfugie dans de longs
évanouissements.
Viennent alors Paul et Ermira - ce n'est pas sans raison qu'ils
sont les seuls à porter un nom - les rédempteurs de
cet univers chaotique, qui n'ont pas besoin de se dissimuler : leur
candeur et leur envie de vivre leur suffisent. L'un accompagné
de son accordéon et d'un atlas, qui, faute de les guider
dans leur périple, se révélera utile pour embellir
le camp, et l'autre de l'enfant qu'elle porte, ils provoquent leurs
compagnons et tentent de les tirer d'une torpeur contagieuse ; quoi
de plus adéquat qu'une petite fête pour oublier les
patates bouillies et la peur ambiante !
C'est l'arrivée d'une autre femme qui a fui la ville qui
va les convaincre d'aller affronter une paix semée d'embûches
... bien réelles (des mines antipersonnel, les "papillons")
et aussi d'esquiver les embuscades de leurs esprits accoutumés
à la guerre.
Les comédiens sont convaincants et les paroles tombent avec
justesse, emplissant un espace nocturne approprié astucieusement
illuminé : des jeux de lumière subtils suggèrent
plus qu'ils n'imposent et les mouvements circulaires d'un projecteur
accompagnent à merveille la marche dans la montagne. Il en
est de même pour une mise en scène qui, par le biais
de quelques accessoires, évoquent plus qu'elle ne montre,
laissant la vie sauve à notre imaginaire.
On regrettera néanmoins un symbolisme parfois trop appuyé
et convenu (le fauteuil roulant illustrant inertie ou mort, ou Ermira
dansant en serrant une arme contre elle et son enfant ...). Mais
le texte est là, sobre et épuré, souvent poignant
et empreint de purs sentiments. Par-dessus tout, on admirera la
témérité d'un auteur qui ose aborder des thèmes
actuels et dénoncer des situations intolérables tout
en demeurant soucieux de les traiter avec esthétisme.
B.Longre
(juillet 2000)
Pièce
jouée pour la première fois
du 30 juin au
2 juillet 2000
au Petit Odéon de Fourvière
dans le cadre des Nuits de Fourvière/ théâtre
de la Croix-Rousse
En
complément de chaque représentation, deux associations
tentaient de sensibiliser le public :
Handicap International : installation
d'un tapis de mines factices, assez impressionnant, dans les jardins
des théâtres.
Triangle Génération Humanitaire
présentait une exposition de photographies intitulée
: "Albanie / Kosovo, un an après" par Philippe
Merchez.
Théâtre
de la Croix Rousse, Lyon 4°
renseignements
et location : 04 72 07 49 49
voir aussi les
chroniques de Il voulait voir naître
une étoile filante, Les
liaisons dangereuses
et Les Etreintes autres
créations de Philippe Faure.
Handicap
international
http://www.handicap-international.org/
autre création
http://www.passion-theatre.asso.fr/spectacles/pagesspectacles/FICHE_1365.html
Le théâtre
de la Croix-Rousse
http://www.croix-rousse.com/
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