Théâtre de la Croix-Rousse
du 27 février au 10 mars 2001


texte et mise en scène
Philippe Faure

décor Alain Batifoulier
lumière Frédéric de Rougemont

 

Les papillons blancs est une pièce engagée humanitairement ; politiquement, pas vraiment : la politique, qui a décidé de la guerre, semble en effet bien loin de ce camp de réfugiés qui se sont abrités de l'autre côté de la montagne, dans un pré. ils y sont depuis trois mois et l'inaction est propice à l'échange de souvenirs douloureux - quoique la plupart d'entre eux s'exilent dans un silence obstiné - mais surtout à une errance des esprits dont certains sont menacés de démence, à force de répéter les mêmes mots et de ressasser les mêmes pensées : chacun cherche à échapper à la folie qui rôde tout en se réfugiant (de nouveau ...) dans un rôle qui les rassure : Le jeune homme ne quitte plus sa kalachnikov et s'est enfermé dans le personnage d'un guerrier patriote, incarnant ainsi un nationalisme obsessionnel et destructeur. De même, le vieil homme, plutôt que d'affronter la situation avec réalisme, préfère s'exiler dans un mea culpa irritant, s'accusant d'être responsable de la guerre. La femme, elle, hantée par un choix terrible qu'elle a dû faire, est proche du gouffre et se réfugie dans de longs évanouissements.
Viennent alors Paul et Ermira - ce n'est pas sans raison qu'ils sont les seuls à porter un nom - les rédempteurs de cet univers chaotique, qui n'ont pas besoin de se dissimuler : leur candeur et leur envie de vivre leur suffisent. L'un accompagné de son accordéon et d'un atlas, qui, faute de les guider dans leur périple, se révélera utile pour embellir le camp, et l'autre de l'enfant qu'elle porte, ils provoquent leurs compagnons et tentent de les tirer d'une torpeur contagieuse ; quoi de plus adéquat qu'une petite fête pour oublier les patates bouillies et la peur ambiante !
C'est l'arrivée d'une autre femme qui a fui la ville qui va les convaincre d'aller affronter une paix semée d'embûches ... bien réelles (des mines antipersonnel, les "papillons") et aussi d'esquiver les embuscades de leurs esprits accoutumés à la guerre.
Les comédiens sont convaincants et les paroles tombent avec justesse, emplissant un espace nocturne approprié astucieusement illuminé : des jeux de lumière subtils suggèrent plus qu'ils n'imposent et les mouvements circulaires d'un projecteur accompagnent à merveille la marche dans la montagne. Il en est de même pour une mise en scène qui, par le biais de quelques accessoires, évoquent plus qu'elle ne montre, laissant la vie sauve à notre imaginaire.
On regrettera néanmoins un symbolisme parfois trop appuyé et convenu (le fauteuil roulant illustrant inertie ou mort, ou Ermira dansant en serrant une arme contre elle et son enfant ...). Mais le texte est là, sobre et épuré, souvent poignant et empreint de purs sentiments. Par-dessus tout, on admirera la témérité d'un auteur qui ose aborder des thèmes actuels et dénoncer des situations intolérables tout en demeurant soucieux de les traiter avec esthétisme.

B.Longre
(juillet 2000)

Pièce jouée pour la première fois
du 30 juin au 2 juillet 2000
au Petit Odéon de Fourvière
dans le cadre des Nuits de Fourvière/ théâtre de la Croix-Rousse

En complément de chaque représentation, deux associations tentaient de sensibiliser le public :
Handicap International : installation d'un tapis de mines factices, assez impressionnant, dans les jardins des théâtres.
Triangle Génération Humanitaire présentait une exposition de photographies intitulée : "Albanie / Kosovo, un an après" par Philippe Merchez.

Théâtre de la Croix Rousse, Lyon 4°
renseignements et location : 04 72 07 49 49

voir aussi les chroniques de Il voulait voir naître une étoile filante, Les liaisons dangereuses et Les Etreintes autres créations de Philippe Faure.

Handicap international
http://www.handicap-international.org/


autre création
http://www.passion-theatre.asso.fr/spectacles/pagesspectacles/FICHE_1365.html

Le théâtre de la Croix-Rousse
http://www.croix-rousse.com/