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Papa
invisible
Magali
Turquin, qui dédie cet album à son « père
pardonné », donne ici la parole à un enfant
«né sans papa ». C’est en tout
cas ce que prétend la mère, bien décidée
à élever seule son petit garçon. Mais celui-ci
n’est pas dupe, et pour combler le vide qu’il ressent,
il s’invente l’histoire d’un « papa
seul », un papa-barque qui aurait « une ancre
énorme à la place du cœur», un poids
qui l’empêcherait d’avancer et de venir le retrouver.
Dans l’incapacité de se confier à sa mère,
il se parle à lui-même, s’interroge sur l’absence
et le manque, sur l’histoire de ses parents (car il sait «
bien que les bébés ne se font pas tout seuls »…
et qu’il faut être deux pour que naisse un enfant),
sur les raisons bien mystérieuses des adultes, sur les larmes
et la fierté excessive de sa mère… des questions
auxquelles il tente de répondre, mais qui restent souvent
en suspens, face à la multiplicité d’hypothèses
qui s’esquissent et s’entremêlent dans son esprit.
Des notions essentielles sont abordées dans cette belle histoire
poignante et poétique, mise en images avec inventivité
par Yan Thomas : des illustrations fantaisistes, très colorées,
en apparence brutes et naïves (silhouettes de profil, mélange
de matières, superpositions, pochoirs, etc.), pourtant chargées
d’un symbolisme qui fait écho au texte lui-même
et le réinterprète avec intelligence, y ajoutant ainsi
d’autres lectures possibles et y amplifiant les métaphores
liées au monde maritime, qui renvoient autant à la
mère (via le liquide amniotique) qu'au père (parti
au large, aussi inaccessible qu'un marin disparu).
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Même
si l’ensemble est douloureux, c’est avec ses mots
à lui que le jeune narrateur se libère de sa
colère, de ses désespoirs et de ses fantasmes,
ébauchant des rêves et d’autres vies possibles.
Le langage reste libérateur, mais le ton est empreint
d’une candeur assez lucide qui a le mérite de
ne pas tout dévoiler, laissant des non-dits dans l’ombre
– sans pour autant que me lecteur se sente frustré.
Blandine
Longre
(juillet 2007)
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Blandine
Longre, agrégée d’anglais,
est l’une des fondatrices de Sitartmag ; traductrice et
critique littéraire, elle s’intéresse tout
particulièrement aux écritures contemporaines (francophone,
anglophone, asiatique, orientale etc.), à la littérature
pour la jeunesse, au théâtre (texte et représentation)
et aux relations qu’entretiennent fiction et réel.

http://www.editions-du-jasmin.com
http://magaliturquin.hautetfort.com
| à
redécouvrir

L'éditeur |
Chant
Ouvert de
Magali Turquin,
Editions Bérénice, 2004
Magali
Turquin, poétesse, signe là son tout premier
recueil, après plusieurs publications en revue. Selon
Max Pons, directeur de la revue La Barbacane, "Magali
Turquin a pour elle : fraîcheur, humour et surtout clarté.
(...) Elle ne succombe pas à la mode détestable
d'une poésie absconse, fumeuse ou par trop alambiquée."
On trouve en effet dans ces vers libres une limpidité
rassurante ; une épure cependant trompeuse, derrière
laquelle s'énonce une violence noire qui s'insinue
à petits pas, comme dans cette comptine de la cruauté,
où le jeu de mots n'a rien de gratuit : "Sang
blanc faux semblant / dans le caniveau, canettes de lait étendue
/ sur le pavé, pas lapé, lapidé / à
coups de pied". Ailleurs, la tradition bucolique
est détournée, l'érotisme déconstruit,
en petits blasons, le sentiment amoureux prend des formes
inattendues, et par instants, tout se joue dans l'observation
pointue puis métamorphosée de petits détails
quotidiens ("le café est troublé de
cette sensuelle fraîcheur de lait..."). Légende
ordinaire, contrastant avec le reste de l'ouvrage, appartient
à la tradition du haïku, de brèves évocations
qui laissent rêveur... Plusieurs voix/voies prennent
ici corps, à la portée de tous, à condition
que l'on veuille bien se laisser porter... B.L.
(novembre 2004) |
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